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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 00:07

 

 

centrafrique-carte

 

M’inspirant de la théorie de la rationalité limitée de Herbert A. SIMON, prix Nobel d’économie en1978 qui, dans une synthèse complexe de psychologie et d’économie, soutient que « le dirigeant ne peut pas avoir réponse à tout », je suis enclin à moins de radicalité mais à plus de modération et de mesure dans mes propos : Refusant par tempérament de m’ériger en donneur de leçons. Certes il est toujours plus facile de dénoncer que de proposer mais je ne perds pas de vue le contexte historique par trop velléitaire de de la RCA qui est à la fois dans une période post-conflit et une période de rébellions armées. Je reste néanmoins convaincu que l’union sacrée des centrafricains est le plus petit commun dénominateur. Par conséquent, j’ai la faiblesse de croire que mon pays peut dans un sursaut patriotique, se rassembler dans l’unique intérêt du peuple centrafricain. Aussi faut-il  mettre tout en perspective et contextualiser chaque prise de position d’autant plus qu’il n’y a pas de surhomme au sens nietzschéen du terme. L’essentiel n’est-il pas que le dirigeant soit moins mauvais et toujours à la quête du moindre mal comme l’indiquent les théories modernes de management ?

Ceci étant, des faits divers d’une exceptionnelle gravité doublée d’une singulière banalité qui ont défrayé la chronique ces temps derniers ne peuvent laisser indifférent : élections contestées, corruption passive de certaines élites, détournements supposés ou réels des deniers publics, baccalauréat galvaudé et marchandé, enfants assassinés, droit de cuissage érigé en conditionnalité, des soins refusés aux malades qui n’ont pas d’argent, groupuscules politico-militaires sans assises populaires, ni idéologiques  dictant la loi de la baïonnette, des pans entiers de la population contraints à l’exil dans leur propre pays, des rebellions exogènes s’installant impunément sur le territoire national comme dans un moulin, des filles et des fils du pays assassinés, violés ou enlevés aux fins de servir d’esclaves aux étrangers, etc… Nous assistons au règne souverain de la dictature des contre-valeurs où les moins vertueux sont applaudis tandis que l’honnête citoyen est acculé jusqu’à son dernier retranchement. Disons-le tout net : Toutes ces avanies ne font pas rire. Loin s’en faut. Elles sont révélatrices, si besoin en était, du déficit chronique de l’éthique qui est l’une des causes du bégaiement continu de l’histoire de notre pays.

L’Ethique : De quoi s’agit-il ?

Une parenté étymologique rapproche morale et éthique mais la morale n’est pas l’éthique. La morale se rapporte au bien et au mal, à la norme et à la loi. Elle varie dans l’espace et dans le temps. La morale, c’est ce que l’on fait par devoir tandis que l’éthique est ce que l’on fait par amour en mettant en œuvre le sentiment. Elle renvoie à l’idée du juste  et de l’injuste. Paul RICOEUR, philosophe et humaniste chrétien, définit l’éthique comme «une  visée de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes ». L’action politique doit par conséquent être sous-tendue par l’éthique qui est une quête permanente du bien-être du citoyen. Cette quête se fait avec les autres et pour les autres.

Je participais l’autre jour à Paris, à un séminaire de formation sur la rhétorique organisé par un grand parti politique français. L’un des orateurs a posé une question qui est loin d’être anodine tant elle est récurrente depuis l’époque helléniste : Fait-on de la politique pour s’enrichir au plan personnel ou pour apporter des solutions aux problèmes du peuple ? Il y en a qui pense que la politique, c’est d’abord conquérir le pouvoir pour le pouvoir avec tous ses avantages et ensuite le conserver par tous les moyens en utilisant mensonges, tromperies, assassinats, etc. Cette tendance semble majoritaire chez bon nombre de dirigeants africains depuis les indépendances. Même le très brillant président, Maître Abdoulaye WADE, récemment pris en flagrant délit de tripatouillage de la constitution sénégalaise, n’est pas très différent du Président Laurent GBAGBO à qui il conseillait  pourtant avec beaucoup d’éloquence de quitter le pouvoir. Ne parlons pas du président Faure GNASSINGBE EYADEMA du Togo, dont on a pu voir sur les télévisions du monde entier, les militaires courir dans les rues de Lomé avec des urnes volées et bourrées lors de l’élection présidentielle du 24 avril 2005. Nicolas MACHIAVEL, théoricien politique italien du XVIe siècle, a soutenu cette idée dans son livre  Le Prince  qui a influencé beaucoup d’hommes d’état au nom de l’efficacité plutôt que de la morale. Le compatriote, Médard POLISSE-BEBE, prépare actuellement une thèse de Doctorat en philosophie politique sur Nicolas MACHIAVEL, à l’Université de Paris. Il serait enrichissant qu’il abordât le sujet à l’aune de la réalité politique centrafricaine.

Pour moi le but de la politique, c’est d’assurer le bien public. En d’autres termes, on ne peut faire de la politique que si l’on est apte à apporter des solutions ou des débuts de solution  aux préoccupations concrètes et quotidiennes du peuple. Vivre ensemble dans une communauté historique implique, pour le dirigeant, la recherche continue du bien-être de tous, si ce n’est de la majorité. C’est en cela que l’éthique trouve sa pleine justification dans la mesure où elle met l’homme au centre des préoccupations et recherche en permanence ce qui est meilleur pour lui.

 Passons maintenant à une autre dimension non moins importante: L’éthique est avant tout recherche du sens. Le dirigeant indique le chemin à suivre, impulse une dynamique et montre l’exemple. Aussi toute action posée doit-elle avoir un sens. Que puis-je faire pour apporter un  peu de bonheur autour de moi ? A travers ce prisme, la politique est  recherche de l’excellence par la disqualification de la médiocrité. A tout le moins, elle  cesse d’être simplement la récompense des thuriféraires et zélateurs mais devient la promotion des compétences, même des  adversaires putatifs. A cet égard, la France peut être un modèle pour nous. Comment ne pas apprécier que la commission des finances de l’Assemblée nationale de ce pays soit présidé par un député de l’opposition et la cour des comptes par un opposant socialiste ? Pourquoi par exemple le conseil économique et social ou même l’inspection générale d’Etat de la République centrafricaine ne serait-il pas présidé par Jacob MBAITADJIM, Joseph KOYAGBELE, Jean Edouard KOYAMBOUNOU, que sais-je encore? Ils ont le savoir (diplômes), le savoir-faire (expériences) et le savoir-être (bonne moralité). Nous n’avons pas le droit de gâcher toutes nos valeurs et compétences au nom d’on ne sait quelle clé de répartition manichéiste. Je préjuge que ces compatriotes, politiquement mûrs, seront à même de discerner l’intérêt national de l’intérêt partisan. Si intérêt partisan il y a.

L’éthique comme fondement de la politique serait stérile si elle n’est pas nourrie par l’empathie, cette disposition subjective et intuitive à se mettre à la place de l’autre,  de celui ou celle qui n’a rien à manger, qui n’a pas de vêtement, qui ne peut se soigner, qui ne peut s’instruire, qui ne peut se loger. D’ailleurs il ne peut y avoir de politique digne de ce nom sans la compassion du prochain, compassion dont Jésus-Christ en a parlé dans la parabole du « Bon samaritain » de l’Evangile. Dès lors l’impératif catégorique cher à Emmanuel KANT s’impose d’emblée. Loin d’être le repère des aventuriers ou autres braconniers de tous poils en mal de recyclage, la politique est l’expression ultime de l’amour du prochain. Faire de la politique, c’est d’abord aimer le peuple. Et aimer le peuple, c’est rechercher son bonheur. Le contraire, c’est de l’imposture.

Des institutions justes pour l’égalité de tous

Il n’y a pas d’éthique sans institutions justes. Le rôle des dirigeants est de favoriser les conditions d’existence des institutions justes où l’égalité et l’équité sont des vertus cardinales. Il est difficile de comprendre que la justice centrafricaine ait pris un si grand marteau pour vouloir écraser « de minuscules mouches » que sont les journalistes Faustin BAMBOU et Sirius SANDI (que je salue amicalement) mais ne s’autosaisisse pas pour faire éclater la vérité sur de gravissimes crimes économiques présumés évoqués par une certaine presse courageuse. Seule la justice peut nous dire, au nom du peuple, si cela est vrai ou pas. Mais on ne peut pas faire comme si de rien était.

La corruption et le passe-droit sont, aujourd’hui comme hier, érigés en règles. On ne peut faire aucun papier administratif sans « graisser les pattes ». A l’église, ce dimanche j’écoutais avec fierté le compte-rendu d’un pasteur de retour de Bangui où il était allé en mission pour deux semaines. J’étais moins fier lorsqu’il déclara  que la corruption et le détournement gangrènent la République centrafricaine. Ils sévissent même dans les églises. Beaucoup de pasteurs sont hélas corrompus, a-t-il péroré avec consternation. Merci pasteur pour la publicité! Ce constat est corroboré par le classement de Transparency International qui situe en 2010 la RCA au 154e rang sur 178 pays selon l’indice de la perception de la corruption.

Que dire de ce jeune fonctionnaire qui, à peine intégré dans la Fonction publique et affecté à la frontière ouest du pays, au bout de quatre années seulement, construit une luxueuse villa à Bangui et fait  l’honneur de sa famille, de son quartier ? Tandis que le professeur d’université qui, après 28 ans de bons et loyaux services mais trimballant vaille que vaille plusieurs mois d’arriérés de salaires  n’a pu construire ne serait-ce qu’une petite bicoque en semi dur. Il est l’objet de moquerie de la famille aux places mortuaires. Moralité, pour être bien vu, il faut voler. Quel contre-exemple !!

A ce stade de réflexion,  je prends la liberté pour faire une digression : Je me souviens d’un jeune centrafricain brillamment reçu au bac C avec mention Assez Bien mais dont le nom a été purement et simplement rayé de la liste des admis, après la délibération du jury mais avant la proclamation officielle à la radio, à cause de la consonance de son nom qui laissait supposer qu’il appartînt à la « mauvaise ethnie ». Une de ses connaissances haut placée, fort des témoignages concordants de certains membres du jury, est allé plaider son cas  auprès du Ministre. Après vérification des copies, ce compatriote était rétabli dans ses droits. Dieu merci, il est aujourd’hui médecin quand bien même le coupable de la forfaiture n’ait jamais été inquiété. Cette histoire authentique soulève  nombre de questionnements : Et ceux qui n’ont pas de bonnes relations sont-ils condamnés à subir une telle injustice? Combien de  centrafricains meurent-ils de faim, croupissent-ils en prison, sont-ils recalés aux examens et concours, ne sont-ils pas recrutés dans les entreprises, n’ont-ils pas de promotion dans leur travail ni bénéficié des soins à l’hôpital ou des bourses d’études à cause de la consonance  de leur nom ? Cela est injuste ! Le tribalisme est une maladie qui tue. Nous devons le combattre au même titre que le SIDA.

Pour terminer, je vous convie à faire avec moi un détour jusqu’à la Grèce antique pour retrouver PLATON. En effet, dans son livre, La République, ce philosophe soutient que le but de l’Etat est de faire régner la vertu, c’est-à-dire instaurer une société juste gouvernée par des « philosophes-rois » qui doivent avoir les qualités suivantes: sagesse, courage, tempérance et justice. A partir de là, une question se pose avec acuité et actualité: Ya-t-il encore un « sage », au sens de Platon, pour sortir la république centrafricaine de la misère morale et matérielle dans laquelle croupit le peuple? La réponse qui vient spontanément à l’esprit est oui tant il y a beaucoup de cadres éminents avec une probité intellectuelle au-dessus de tout soupçon, pris individuellement aussi bien dans la majorité que dans l’opposition. En vérité, la meilleure réponse vient de BORDEAUX où mon ami Céphas MABADA MABAYE a affirmé, dans un article publié sur internet, que « revenir à Christ » est la condition préalable de la refondation de la République Centrafricaine. Je souscris entièrement à cette thèse.

 

                                                                                      Alain LAMESSI

                                                                                      Docteur en Psychopathologie-CAFDES

                                                                                      Directeur MAS

 

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