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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 14:49

 

 

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(HNS Info 21/05/2010)



De retour de République Centrafricaine où elle a occupé pendant plus d’un an la fonction de chef de mission, Chloé Schmitt revient sur les activités d’ACF dans ce pays trop souvent oublié de l’aide internationale. Après la dernière urgence nutritionnelle de l’automne 2009 dans le sud du pays, peut-on croire à une amélioration de la sécurité alimentaire des populations ou doit-on se préparer à une nouvelle urgence ?


Une situation politique fragile


La situation politique de la République Centrafricaine (RCA) reste depuis plusieurs années, fragile. Depuis 2005 des affrontements entre les groupes d’opposition armés et l’armée régulière provoquent d’importants déplacements de population dans le nord du pays. C’est dans ce contexte de conflit et de violence que sont arrivées la plupart des ONG. Action contre la Faim pour sa part, a été appelée en RCA par UNICEF afin de mener une évaluation de la situation nutritionnelle. « Même si les résultats n’étaient pas alarmants, ACF a décidé d’intervenir car il n’y avait quasi aucune capacité de prise en charge de la malnutrition dans le pays », précise Chloé. Le premier projet d’ACF en RCA, en 2006, qui se poursuit à ce jour, a donc consisté à renforcer les capacités du Ministère de la Santé à Bangui et à Bossangoa, sur la détection et la prise en charge thérapeutique de la malnutrition.


Soutenir les populations déplacées au Nord malgré le contexte sécuritaire


« Très vite, en 2007, d’autres programmes ont été mis en place, notamment dans la sous-préfecture de Markounda, à la frontière tchadienne, en appui aux populations victimes du conflit suite aux combats entre rebelles et forces gouvernementales ». Car pour éviter ces conflits, une grande partie des habitants ont quitté leurs villages. « La plupart d’entre eux ont fui à moins de 10 kilomètres. Ils se sont réfugiés près de leurs champs, loin des pistes où avaient lieu les affrontements », raconte Chloé. Pour aider ces déplacés à reprendre le cours de leur vie, les équipes d’ACF développent des programmes de sécurité alimentaire avec un appui à la relance agricole, mais aussi d’eau et assainissement avec la construction de puits de brousse et des campagnes de promotion de l’hygiène, et de santé mentale avec une aide psychologique aux victimes des conflits. Toutefois, la peur ne quitte pas les villageois. « Pendant longtemps, au début de l’intervention des humanitaires dans la zone, même quand c’étaient nos équipes qui arrivaient dans les villages, tout le monde restait caché. Au moindre bruit de moteur, ils craignaient l’arrivée d’un danger », explique Chloé.


Malheureusement, en janvier 2009, suite à deux incidents de sécurité, ACF se voit contrainte de fermer la base de Markounda. Les missions qui y étaient menées sont alors relocalisées : après une évaluation approfondie, les activités de santé mentale et d’eau et assainissement sont lancées à Paoua, près de Markounda, qui connait les mêmes problématiques humanitaires ; des programmes d’eau et assainissement sont également mis en place à Bossangoa. Mais à Markounda le manque d’eau se fait rapidement ressentir. « Les communautés nous ont écrit pour nous demander de revenir travailler sur l’accès à l’eau », raconte Chloé. Face aux alertes de plus en plus pressantes, une nouvelle évaluation des besoins en eau et de la situation sécuritaire est alors menée. « Suite aux résultats de l’évaluation, nous avons décidé début 2010 de revenir à Markounda où nous avons déjà réalisé trois forages positifs et où nous nous apprêtons à remettre en service trente points d’eau améliorés ». Les problèmes de sécurité restent très préoccupants et nécessitent, au quotidien, un dialogue avec les responsables locaux pour s’assurer que la présence et le travail des humanitaires sur le terrain seront protégés.


Loin de la zone de conflits, l’urgence nutritionnelle au Sud


Mais l’année 2009 a également connu d’autres rebondissements. « Mi-juillet, nous avons mené une évaluation rapide de la situation nutritionnelle à Berberati, au sud-ouest du pays. Les résultats étaient alarmants, le taux de malnutrition aigüe sévère chez les enfants de moins de 5 ans était de 7%, alors que le seuil d’alerte fixé par l’OMS est de 2% ». Plusieurs mesures sont alors prises rapidement. « Nous avons ouvert un Centre Nutritionnel Thérapeutique en partenariat avec l’hôpital de Berberati afin de traiter gratuitement les enfants les plus touchés par la malnutrition. Quatre structures de traitement ambulatoires ont également été mises en place pour diagnostiquer les enfants atteints de malnutrition sévère et, selon la gravité, prendre en charge les enfants en ambulatoire ou les référer à l’hôpital de Berberati. Enfin, des visites à domicile quotidiennes ont été effectuées par des employés locaux d’ACF dans le but de sensibiliser les habitants. On leur a notamment expliqué les symptômes de la malnutrition, les moyens de prévention et l’existence d’une prise en charge gratuite » précise Chloé.


Car il faut dire que dans certaines régions de la RCA, il existe des tabous alimentaires et des croyances culturelles qui peuvent être aggravantes pour les enfants. « Il se dit par exemple dans certaines régions qu’une femme enceinte ou avec un enfant en bas âge ne doit pas manger de poisson de rivière sous peine de déclencher une malédiction », explique Chloé. Une croyance qui prive les jeunes enfants d’un des rares apports protéiques disponibles. D’où l’importance de sensibiliser et de former les familles à la reconnaissance de la malnutrition.

A Berberati, grâce à l’ensemble de ces actions, environ 1 500 enfants malnutris ont pu être pris en charge par ACF en 2009. Et les choses ne s’arrêtent pas là. « Depuis février 2010, nous sommes entrés dans une phase de transfert de compétences. Nous avons formé du personnel, fait des dotations en matériel médical, en PlumpyNut [pâte très nutritive à base d’arachide] et en lait thérapeutique », explique Chloé. Et c’est ainsi que début mai, les équipes d’ACF ont pu se retirer de la région et laisser aux structures locales le soin de détecter et prendre en charge la malnutrition aigüe sévère.


Un avenir incertain, tant sur le plan politique qu’humanitaire


Malgré les progrès réalisés, l’avenir n’en est pas moins préoccupant. Fin 2008, un processus de « Dialogue Politique Inclusif » a eu lieu, marquant un pas important vers la pacification du pays avec la signature d’un accord de paix par plusieurs parties au conflit. Si des avancées vers la stabilisation du pays ont eu lieu depuis malgré l’émergence de nouvelles zones de conflit sur le territoire, les élections présidentielles qui devaient avoir lieu en avril ont finalement été annulées pour des raisons techniques et suite à un boycott de l’opposition. L’Assemblée nationale va donc devoir résoudre le vide constitutionnel qui interviendra dès le 11 juin, date de fin de mandat de l’actuel président.


Sur le plan humanitaire aussi, des questions restent en suspens. « La période de soudure, en juin prochain, pourrait constituer un risque d’une potentielle nouvelle urgence à Berberati », redoute Chloé, « nous n’avons aucun recul sur les années précédentes car il n’existe aucunes statistiques, nous ne savons donc pas du tout comment cela va se passer ». En effet dans cette période de quelques mois qui suit les récoltes, les populations sont tributaires de la richesse de leurs réserves et de leur pouvoir d’achat. Or les enquêtes menées par les équipes d’ACF à l’été 2009 puis au début de l’année 2010 permettent de penser que les ménages vont faire face à de graves difficultés. C’est pourquoi ACF a recommandé qu’un programme de sécurité alimentaire soit mis en place dans la région de Berberati en relais des programmes de nutrition : distribution de coupons permettant d’acheter des produits maraichers sur les marchés, distribution de semences et d’outils pour relancer l’agriculture, et séances de formation aux bonnes pratiques alimentaires et nutritionnelles.


Ce programme n’a à ce jour pas trouvé de financement et c’est aujourd’hui une des rares certitudes qui persiste en RCA : le pays souffre d’un manque de soutien de la part des bailleurs de fonds. « Le problème, c’est que seules les zones de conflits sont considérées, alors que la RCA est un pays qui souffre avant tout d’une grande pauvreté. L’espérance de vie y diminue tous les 6 mois ! Dans ce contexte, il est évident que le moindre choc prend d’énormes proportions. », conclut-elle. Ce fût le cas à l’automne 2009 où la fermeture des mines de bois et de diamants a engendré la crise que nous avons connue. Tout porte à croire qu’une nouvelle difficulté économique ou politique pourrait avoir les mêmes conséquences cette année.



Source / auteur : Action contre la faim


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