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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 22:43




 

Petit à petit, la Chine prend le dessus

Afrik.com lundi 9 novembre 2009  par Bedel Baouna

Non, la Françafrique n’agonise pas ; elle n’est pas en mauvaise santé. Loin de là. Cependant, la Chinafrique lui assène des uppercuts imparables, si bien que les hématomes sont très visibles. Le lion est défié par le tigre sur son territoire, la savane africaine. Pas plus tard qu’hier, le premier ministre chinois Wen Jiabao annonçait que la Chine fournirait dix milliards de dollars de prêts bonifiés à l’Afrique, lors de la première journée du Forum Chine-Afrique à Charm el-Cheikh, en Egypte.

En mars 2009, Nicolas Sarkozy effectuait une tournée dans trois pays africains, francophones et dotés de richesses minières - le Congo-Kinshasa, le Congo-Brazzaville et le Niger. Cette visite sonnait comme une façon de montrer à la Chine que la France est toujours présente en Afrique. Certes, le lion a perdu sa crinière ! Mais il veille sur ses lionceaux. Et pour cause : peu de temps après, Mamadou Tandja fait un coup d’Etat, en s’accordant trois ans supplémentaires, sans réaction violente de la France. Denis Sassou Nguesso est réelu en juillet, dans les conditions que l’on sait. Joseph Kabila, lui, est ambigu : un pas vers la France ; deux pas vers la Chine. Les Bongo sont encore là ; Paul Biya dort sur ses deux oreillers. Seuls Idriss Deby et François Bozizé restent à portée de buffles locaux, malgré la vigilance du lion.

Mais rien n’arrête le tigre. Son appétit est si immense qu’il a même acquis 1,6 pour cent de Total, symbole de puissance du lion gaulois. Autre démonstration de force en date (ou plutôt du cynisme chinois), la signature d’un contrat de 7 milliards de dollars avec la Guinée de l’imprévisible Dadis Camara, au moment même où l’Union européenne accuse le capitaine de "crime contre l’humanité". Et, aux termes de l’accord conclu à Conakry le 9 octobre, la Chine, via le China International Fund Limited, prospectera les réserves de pétrole offshore et exploitera les gisements de bauxite - la Guinée en est le premier producteur mondial. En retour, selon Le Financial Times, les Chinois bâtiront les hôpitaux, les routes, les ports... Ce que la France a été incapable de faire dans les pays où elle est passée. Le ministre des Mines guinéen, Mohamed Thiam, ne cache pas sa joie dans le Figaro du 15 octobre : "Le deal porte sur une durée de cinq ans. (...) La Guinée est l’un des pays dont les réserves naturelles sont les plus importantes du monde, et la Chine, l’un des pays qui ont le plus besoin de ressources." Un contrat qui donne des ailes à la junte et qui nargue les Européens, en particulier le lion. Une pluie inespérée dans le désert politico-économique qu’est la Guinée. Nul doute que les pâturages seront luxuriants. Comme pour le Soudan - l’un des principaux fournisseurs en pétrole de la Chine -, saisir le Conseil de Sécurité de l’ONU est une perte de temps : la Chine opposera son veto. Ils sont en Angola depuis longtemps ; les Chinois ont associé les Angolais à l’exploitation du pétrole guinéen. Le drapeau rouge flotte sur le Congo-Brazzaville, une ancienne "propriété française". Les Chinois y sont même des chauffeurs de bus. A Bacongo, un arrondissement de Brazzaville, ils ont bâti des maisons inabordables et inhabitables. Outre le Maghreb, les Chinois ont conquis la Guinée équatoriale et le Nigeria.

Mais, ici et là, la résistance s’organise. Aussi, dans sa chasse aux antilopes, le grand fauve asiatique a essuyé un revers de taille, début septembre : le Nigeria, un mastodonte africain, a refusé de lui vendre six millions de barils de pétrole. Toujours selon le Figaro, le ministre du pétrole nigérian, Odein Ajumogobia, tonne : "... nous n’allons pas leur donner tout ça." D’aucuns se méfient de l’argent chinois, un déluge de postillons fétides, qui pourrait davantage inonder l’Afrique de dettes. Le yen n’endigue en rien le chômage ou la pauvreté ; les économies locales n’en voient pas la couleur. La Chine apporte sa propre main d’oeuvre. "L’Angola-mode" - matières premières contre l’aide financière, l’assistance technique, bourses aux étudiants angolais, etc - effraie-t-elle ?

Dans la foulée, Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la coopération, annonce dans une interview au Figaro que l’aide publique au développement passera à 3,5 milliards d’euros pour 2010, afin "d’y maintenir le drapeau français et d’y conserver une influence qui permette, ensuite, à nos entreprises de s’y développer". Une aide essentiellement destinée en Afrique subsarienne, dans 14 pays. L’éducation et la santé en seront les secteurs prioritaires. Mais sera-ce suffisant pour canaliser les appétits du tigre chinois ?

La France fait le forcing

Au dix-neuvième siècle, un Suisse, Henri Frédéric Amiel, dressa dans un livre un portrait implacable du Français. Extrait : " Il (le Français) évite les descriptions pour mieux se lancer dans les généralisations. Il imagine qu’il comprend l’homme dans sa globalité alors qu’il ne casse même pas la dure coquille de sa personnalité et qu’il ne comprend aucune autre nation que la sienne." Oui, le Français a du mal à comprendre l’Autre, aussi a-il cette facilité de donner trop souvent des leçons. Une morale qui relève du bruit d’assiète : il ne va pas assez loin. Fier, prétentieux, arrogant, le Français veut apparaître le meilleur partout, mais il est limité. Il met "une formule, une école de pensée au-dessus de la réalité". Et sait que la France n’existe plus, en dépit du forcing de Nicolas Sarkozy (parfois avec talent — la présidence française a été très visible et active, quoique très coûteuse). Le président iranien nargue la France. Eduardo Santos n’a que faire de la morale française : la Sonangol, la société pétrolière d’Etat, n’a pas hésité une seconde à s’allier avec le CIF chinois pour exploiter le pétrole guinéen. Le plus dramatique, c’est que quelques dirigeants de pays francophones ont rejoint la meute de la raillerie : Laurent Gagbo boude la France ; Paul Kagamé, lui, répugne désormais à la langue de Molière (A quoi sert la Francophonie ? A rien !)

Economiquement, la France est un maillon faible. Elle a bradé son tissu industriel et n’a conservé que la haute technologie — Airbus, Rafale, etc. Le made in France, peu à peu, disparaît ; la France s’est plus éprise de la logistique que de la production.

Politiquement, le temps où les Jospin, Chevènement, Juppé, Léotard, Seguin et d’autres encore faisaient jouir les téléspectateurs ou les auditeurs, dans les émissions politiques, est révolu. Place à l’ennui. Avec les hommes politiques comme Frédéric Lefebvre et Arnaud Montebourg, la France est à pleurer. Aucune profondeur politique. Ni de constance - du moins pour le second. Bien que de bords différents, ces deux jeunes hommes, au demeurant sémillants, sont plus sarkozistes que Sarkozy lui-même : facétieux, éparpillés, volubiles... Des disciples de Socrate - ils ont réponse à tout !

Mais l’Afrique s’amputerait elle-même en éconduisant la France, sous prétexte qu’elle n’existe plus. La France est comme une Mère nourricière. L’histoire et la géographie sont plus proches de la France que de la Chine. Des siècles d’amour haineux. Le 14 juillet 2010, plusieurs armées africaines défileront sur les Champs-Elysées pour leurs cinquante ans d’indépendance. Ce n’est pas la Chine qui aurait eu cette belle initiative. Aucun pays africain n’a le mandarin pour langue officielle. La France doit être une l’épouse légitime — un mariage fondé sur des rapports transparents - ; la Chine ; une maîtresse incontournable. L’Inde - une panthère - et le Brésil - un puma - ont, eux aussi, leur place dans la riche savane africaine.

 

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