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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 21:10

 

 

BRAECKMAN-TSHISEKEDI.JPG

 

Carnet de Colette BRAECKMAN 28 novembre 2011

 

Le vote sanction

 

D’ici la proclamation officielle des résultats, le 6 décembre prochain, la fièvre électorale ne quittera pas le Congo. Mais dès demain, d’autres jeux vont s’engager : l’analyse des résultats officieux,  les spéculations sur les futures alliances gouvernementales, sur la majorité qui se dégagera à l’Assemblée nationale. Mais dans l’immédiat, quelques leçons se dégagent déjà de ce scrutin.


La première, malgré les critiques, c’est que la Commission nationale indépendante, dans des conditions hors normes, a réussi un pari dont la veille encore tout le monde doutait. La seconde, c’est que, dans le climat de violence et de suspicion qui régnait voici quelques jours, un report, de quelques jours ou de quelques semaines,  aurait été plus dangereux encore que des élections, aussi imparfaites et perfectibles au Congo qu’ailleurs. La troisième, c’est que les Congolais, dans leur très grande majorité, ont fait preuve de civisme et de discipline. Il suffisait de voir les policiers qui surveillaient calmement les centres de vote, la courtoisie des assesseurs, le calme des témoins, figés des heures durant dans leur tâche d’observation pour s’en convaincre, même s’il y eut, ici et là, de la confusion et  des impatiences.

 

La quatrième conclusion, sans préjuger du résultat arithmétique, c’est que les Congolais ont fait usage du plus élémentaire des droits démocratiques : ils ont sanctionné leurs élus. Puni les députés qui se sont votés des indemnités de 6000 dollars par mois en oubliant leurs électeurs. Congédié bien des arrogants qui croyaient qu’il leur suffirait de distribuer quelques T shirts en dernière minute.

 

Ils ont adressé un message sévère à un gouvernement –en principe de centre gauche !- qui a oublié le social et permis à la gangrène de la corruption de s’étendre. Dans de larges couches de la population, le discours de Tshisekedi a fait mouche. Pas seulement parce qu’il a tenu des propos démagogiques, parfois haineux et provocateurs, parfois ethnistes, promettant de renvoyer « le bonhomme » Kabila au Rwanda.

 

Le vieux leader a fait mouche parce que, de manière plus incantatoire que chiffrée, il a promis le changement. L’opposant historique a su catalyser la colère des sans voix, des sans travail, des sans pain, des sans école ; il a bénéficié d’un vote-sanction, dont la sévérité doit faire réfléchir tous ceux qui aspirent à garder ou à prendre le pouvoir.


Colette BRAECKMAN

 

 

Tous les Congolais sont devenus experts ès élections


29 novembre 2011


Se défendant des accusations de fraude et d’irrégularités, le pasteur Ngoy Mulunda, président de le commission électorale indépendante, s’est défendu. Il a fait parler les chiffres : sur 63.865 bureaux de vote, 485 seulement ont connu des problèmes. Autrement dit, 99,2% des bureaux ont fonctionné normalement… L’opinion n’est cependant pas tendre avec la CENI, elle fustige la confusion des listes électorales, l’absence de matériel en certains endroits, l’ouverture tardive de certains bureaux. Cependant force est de constater que, compte tenu des circonstances particulières du pays, ce scrutin représente  de toutes manières un exploit. Du reste, la CENI fait preuve de souplesse : dans certains bureaux de Lubumbashi, où de nouveaux bulletins ont été amenés d’Afrique du Sud après l’incendie volontaire de plusieurs ballots, on votait encore lundi…

 

Partout ailleurs, les Congolais se sont trouvé un nouveau passe-temps : carnet et bic en mains, ils parcourent les bureaux électoraux de leur quartier, notent avec gourmandise les voix recueillies par les candidats à l’élection présidentielle et, accessoirement, relèvent les succès des futurs députés. D’un bout à l’autre du pays, les portables grésillent, les résultats s’échangent d’une province à l’autre.


Puisque les opérations ne sont pas terminées, puisque les résultats officiels ne seront communiqués que le 6 décembre prochain, la CENI s’abstient soigneusement de toute estimation des résultats. Mais dans la rue et dans les état- majors des partis, chacun est devenu expert es élections.  A Kinshasa, nous joignant aux curieux du quartier, nous avons relevé les résultats affichés sur les portes de plusieurs dizaines de bureaux de vote, à Matonge, Barumbu, Bandal, Gombe… Partout le spectacle  était le même : des agents de la CENI  tombant de sommeil, qui balayaient les salles de classe avant de se retirer, des résultats soigneusement affichés, validés par la signature des témoins.. Et partout aussi des résultats qui se  ressemblaient : deux tiers des voix pour Etienne Tshisekedi, un tiers pour Joseph Kabila, une dizaine pour Vital Kamerhe, et rien, absolument rien, pour les autres, sauf, ici et là dans les quartiers bourgeois une voix ou l’autre pour Kengo wa  Dondo.


Au quartier général du PPRD, le parti de Kabila, quelques silhouettes traînent sous les arbres. La fièvre des jours précédents est bien retombée. Les militants semblent fatigués, eux aussi sont accrochés à leur portable sur lequel les chiffres s’alignent. Ils répètent qu’arithmétiquement, le président, le seul qui a fait campagne jusque dans les coins les plus reculés de ce vaste pays, ne peut que l’emporter et que le total des voix jouera en sa  faveur. Il n’empêche que, politiquement, le discours de Tshisekedi a fait mouche, à Kinshasa, dans l’Equateur où il a recueilli les voix de Bemba, dans le Bandundu, dans les deux Kasaï, dans le Bas Congo, dans une partie du Katanga tandis qu’au Nord et Sud Kivu, qui en 2006 avaient voté  massivement pour Kabila, c’est Vital Kamerhe l’enfant du pays, qui l’a emporté.


Colette BRAECKMAN

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