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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 00:44

 

 

 

Adrien Poussou

 

 

 

J’ai longtemps cherché un mot qui dise avec exactitude la nature du régime qui s’est installé par la force des armes sur la terre de nos pères depuis le coup d’État du 15 mars 2003.

Sommes-nous sous une dictature ? Acheminons-nous doucement, sournoisement,  irréversiblement et sûrement vers une monarchie ? Que dis-je, ne sommes-nous pas déjà en monarchie ? J’en étais d’ailleurs à me demander si c’était vraiment nécessaire de se perdre en conjecture, se focalisant sur le sens des mots au lieu de se pencher sur les vrais maux qui gangrènent la société centrafricaine. Mais les violences intercommunautaires de ces derniers jours sont venues me conforter et me prouver que ces différentes interrogations montrent assez bien qu’il existe des mots qui sont piégés. Dictature et Monarchie en font partie. Et qu’il valait la peine de s’y attarder. 

C’est pourquoi, avant toute chose, il serait important que nous nous entendions sur le sens  de ces mots. Car, et comme quelqu’un l’a si bien dit, il est piteux de faire le savant, alors qu’on ne sait pas et qu’on se trompe grassement.

Ouvrons sans tarder une porte et commençons sans par la dictature. Historiquement, le dictateur à Rome, dictator, c’était celui à qui, dans un temps tourmenté, on remettait les pleins pouvoirs, suspendant provisoirement la République pour une durée de six mois. Cependant, et on l’a vu, le mot a été sali et galvaudé ces derniers siècles, de sorte que toutes les exactions, tous les crimes ont été inscrits au sinistre palmarès des dictateurs.

Poussons délicatement la porte entrouverte et tombons sur la monarchie, le second mot de notre liste. Étymologiquement, la monarchie est le commandement d’un seul. Comme pour la dictature, en lieu de s’en tenir à la racine des mots, nos contemporains préfèrent leur écho et, surtout, ce que produit cet écho dans la mémoire collective. L’on conviendra que  l’écho de monarchie, c’est la royauté, donc un pouvoir héréditaire. Bozizé entend-il installer une monarchie au bord de l’Oubangui ? Avec son pouvoir personnel ne sommes-nous pas depuis belle lurette en monarchie ? Tout l’indique.  

Je me suis donc évertué à forger un mot qui puisse décrire avec exactitude l’obscur, l’invraisemblable et le très contestable régime qui prétend gouverner notre pays. C’est alors que j’ai trouvé « boubouroucratie ». Boubourou, l’imbécile, l’idiot, le con,  et cratie, gouverner. Surtout que je n’ai pas souvenir d’avoir vu, dans notre sous région de la CÉMAC (Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale), un pouvoir aussi méprisé, malmené par un autre comme l’est celui de Bozizé en face de son parrain tchadien (lire chadien pour se rappeler de l’ex président Patassé).

En témoigne la gestion des douloureux événements de Bangui par le pouvoir de Bozizé. Faut-il le rappeler, depuis le 31 mai, Bangui, est le théâtre de violences intercommunautaires liées au meurtre de deux garçons âgés de quatre et cinq ans, dont les corps suppliciés ont été retrouvés à l’arrière d’un véhicule appartenant à un ressortissant tchadien. Comme il fallait s’y attendre, ledit crime a aussitôt entrainé une réaction de représailles contre la famille du présumé meurtrier.

Pour calmer le déchainement de la haine, dixit Francis Bozizé, et afin de rétablir l’ordre, le présumé auteur du crime et certains individus de nationalité tchadienne ont été placés en garde à vue pour nécessité d’enquête. Quoi de plus banal dans un pays dit de droit ?  

Mais ces arrestations n’ont pas l’heur de plaire aux tchadiens et notamment à un obscur chargé de mission de Bozizé, un certain Mahamat Tahir qui a promis rien moins que la guerre à notre pays. Comme le rapporte le quotidien banguissois Le Démocrate dans son édition du 1er juin, ce funeste personnage aurait déclaré devant le ministre en charge de la sécurité publique, Claude Richard Ngouandja, je cite : « vous voulez mettre le feu, mais allez-y. Pouvez-vous tenir si on activait la FOMAC Tchad ? D’ailleurs le chef d’état-major général de l’armée tchadienne est arrivé. Vous allez voir ». Fin de citation.

Peut-on en aussi peu de mots traduire tant d’arrogance et tant de mépris pour l’armée d’un pays, fût-elle celle de la préfecture du Tchad ? Peut-on en aussi peu de mots user de tant de condescendance qui sont autant d’injures pour le peuple centrafricain ?

Ces mots sont d’autant plus humiliants qu’ils ont été prononcés devant un ministre de Bozizé. Que le pays soit ainsi déconsidéré, peu lui chaut. Il est resté de marbre, comme on dit, alors que les menaces et les intimidations lui étaient directement adressées. Pourquoi réagirait-il d’ailleurs, puisque depuis sa nomination à la tête du ministère de la sécurité publique, l’on assiste à un regain d’activités des faiseurs de fiches qui ne laissent rien présager de bon quant au sort de la démocratie, de la liberté et des droits de l’homme.  

De quel  magistère, de quelle autorité, de quelle chaire ce Mahamat Tahir, sujet tchadien, qui ne connaît nullement l’histoire du valeureux peuple centrafricain peut-il lui adresser ces humiliants poncifs ? Croit-il pouvoir nous massacrer tous, pour installer ses frères sur nos terres, tout simplement parce que Bozizé est le vassal de Deby Itno ?

Entendons-nous bien cher monsieur : le peuple centrafricain est un peuple debout, debout et digne. Ce n’est pas parce que Bozizé, à cause de ses politiques hasardeuses et pitoyables, a confié sa sécurité et les pleins pouvoirs aux soldats tchadiens qui se comportent chez nous comme en territoire conquis, que ce Tahir doit vite nous enterrer, notre orgueil national avec. 

Ce n’est nullement parce que Bozizé, son gouvernement incompétent et son fils qui se prend pour un ministre de la défense se sont tous défilés, l’autre dirait ont baissé leurs culottes faces à leur maître tchadien, refusant même de descendre sur les lieux du drame pour au moins calmer le jeu, témoigner de la solidarité et montrer de la compassion pour les familles endeuillées que ce Mahamat Tahir doit se réjouir de notre capitulation, loin s’en faut.

Pour la simple et bonne raison que quelque soit la durée de la nuit, le soleil apparaitra. Dignes nous sommes, dignes on le restera.   

Adrien Poussou.

 

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