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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 00:24


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Par Jérôme Larché,  médecin, membre du conseil d'administration de Médecins du Monde

 

youphil.com 02/03/2010

Sept ans après le début du conflit, la situation demeure difficile et incertaine pour les populations civiles.

Ces dernières semaines, les combats ont repris et poussé 100.000 personnes dans les montagnes du Jebel Mara, au Sud- Darfour. Presque dans l’indifférence. Médias et politiques semblent aujourd'hui peu mobilisés face à cette crise humanitaire, sans doute parce que les racines du conflit au Darfour sont anciennes et complexes.

Une compétition pour les ressources naturelles

Au-delà du sous-développement chronique de cette région frontalière avec le Tchad et la Lybie, s'ajoutent des conflits inter et intracommunautaires préexistants.

La ligne de clivage des conflits intercommunautaires entre sédentaires et nomades, cultivateurs et éleveurs, s'articule autour de deux causes principales: la question de la propriété foncière et la compétition pour le contrôle des ressources naturelles.

Sept ans après le début du conflit, en février 2003, le bilan humain est sans appel: 2,5 millions de personnes déplacées, sur 7 millions au total; 200.000 victimes directes du conflit, mais l’ensemble des décès supplémentaires imputables à la crise serait plus proche de 300.000. Et 250.000 Darfouri se sont réfugiés au Tchad et en Centrafrique. Ce sont au total plus de 4 millions de personnes dont l’existence a été affectée par ce conflit.

La circulation des biens et des personnes est encore très fortement ralentie, avec un impact direct sur l’économie locale: arrêt des cultures, vol de bétail, marchés dévastés et abandonnés.

Des ONG internationales expulsées en 2009

En revanche, les villes et leurs environs connaissent un accroissement réel (avec le caractère pérenne des camps de déplacés), et leur activité est artificiellement dopée par l’aide internationale et la présence des soldats de la mission de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour, la MINUAD.

Le 4 Mars 2009, la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d'arrêt international contre le président soudanais Omar el-Béchir, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, sans retenir le chef d’accusation de génocide. Le même jour, le gouvernement soudanais a ordonné l’expulsion de 13 ONG internationales du Darfour, dont le départ a fait craindre une "catastrophe humanitaire annoncée", qui ne s'est finalement pas produite.

Médecins du Monde (MDM) a pu néanmoins poursuivre ses programmes médicaux (soins de santé primaires, santé materno-infantile...) dans le massif du Jebel Mara, appareil montagneux volcanique de 400km de long, qui forme l’épine dorsale de la région, et qui abritait jusqu’à présent les rebelles de l’Armée de Libération du Soudan d’Abdul Wahid el Nour (SLA-AW).

100.000 déplacés dans le Jebel Mara

Ces dernières semaines, de nombreux combats ont eu lieu dans le Jebel Mara, liés d’une part à des dissensions internes au sein du SLA-AW, mais aussi à des offensives militaires dans les villes de Feina et de Deribat. Ces violences successives ont provoqué le déplacement massif d’au moins 100.000 personnes (dont le personnel soudanais de MDM, ce qui a entraîné l'arrêt complet des programmes de l'ONG médicale).

Le contexte sanitaire dans lequel surviennent ces déplacements de populations civiles est particulièrement préoccupant car elles n’ont que très peu accès à de l’eau potable, aucun accès aux soins, et les risques d’aggravation de malnutrition, notamment chez les enfants les plus jeunes, sont très élevés. Il s'agit également d'une période où le risque épidémique de méningites est majeur.

Le rôle de la communauté humanitaire au Darfour est donc de s’organiser opérationnellement pour répondre aux besoins de ces populations déplacées et faire pression pour qu'un accès humanitaire au Jebel Mara soit négocié le plus vite possible. La situation politique globale reste complexe car le récent cessez-le-feu signé à Doha au Qatar entre le gouvernement soudanais et le groupe rebelle du Mouvement pour la Justice et l’Egalité (JEM), tend à faire penser que la paix serait revenue au Darfour...

Les difficultés pour convaincre les responsables politiques de s’intéresser à la situation actuelle dans le Jebel Mara sont préoccupantes. Le manque de couverture médiatique et d’intérêt journalistique pour cette nouvelle crise humanitaire au Darfour qui a déjà fait ses premières victimes, comme le "tri sélectif" de l'information rapportée par les grands médias, le sont peut-être tout autant.

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Centrafrique-Presse.com - dans Humanitaire