Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 23:05

 

 

 

 

A Poussou

 

 

Mon fils Josué, ne sois point impérieux et fantasque

Après le violent séisme électoral qui a dévasté l’échiquier politique national il y a un peu plus d’un an avec l’instauration d’un système monopartite et la régression des acquis démocratiques obtenus de hautes luttes, bien malin est celui qui pouvait s’en douter que les « mercenaires de l’intelligentsia » de notre pays, dont l’expertise se confond allégrement avec leurs haïssables intentions mercantiles, allaient ainsi,  par cynisme ou par simple calcul politicien de courte vue, s’amuser avec le destin commun de tout un peuple, concevant, argumentant et défendant des stratagèmes qui pourraient leurs garantir une longue carrière ministérielle.

Dans cette circonstance somme toute inquiétante, comment s’abstenir de reprendre à notre compte l’expression de Jean-Baptiste Placca qui disait naguère dans l’une de ses chroniques sur la Guinée du folklorique capitaine Dadis Camara que dans un environnement africain où les éléments brillants ont du mal à faire reconnaître leur talent, certains « intellectuels » cèdent facilement à la tentation de la servilité et du zèle, dès lors qu’ils accèdent à la « mangeoire ».

C’est en tout cas la nette impression que nous eûmes après la lecture des « mises au point du Ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation à la suite de la déclaration du FARE-2011 du 3 mars 2012 ».

Disons-le d'entrée de jeu: autant ladite déclaration du FARE-2011 paraissait aussi inopportune qu’incohérente (on ne peut reprendre d’une main ce que l’on conteste de l’autre. Le FARE-2011 ne reconnaissant nullement la légalité encore moins la légitimité du régime de Bangui, serait conséquent avec lui-même en s’abstenant de s’acoquiner avec les représentants dudit régime au sein des ateliers fussent-ils de Concertation), autant la sortie du Ministère est fondée sur une construction aussi mouvante que bancale. Et nous le démontrerons.

Les illusions du Ministère sont loin de la réalité.

Même si, on l’a compris, il est souvent moins aisé d’évoquer en public les tares d’une personne que l’on connaît et que l’on apprécie (devrions-nous dire appréciait), les tristes réalités de notre pays nous incitent plutôt à prévenir les auteurs du projet du nouveau Code électoral que l’architecture d’un travail qui se veut sérieux doit se situer dans la temporalité. Il nous appartient donc de leurs rappeler que tout problème humain, toute question humaine, demande à être considéré à partir du temps et que l’idéal étant que toujours le présent serve à construire l’avenir.

Or, l’avenir de notre pays, dans le contexte africain actuel, n’est pas des plus reluisants par la faute de certains citoyens qui ont fait des études, qui ont une capacité d’analyse et voire même du talent, qu’ils préfèrent déployer au service des pires causes, au nom d’inavouables convictions.

C’est en cela que le projet du nouveau Code électoral actuellement sur le bureau de l’Assemblée nationale mono-colore est, à notre humble avis, dangereux. Il porte les germes d’une prochaine instabilité institutionnelle chronique. Les auteurs n’ont peut-être pas conscience de l’ambiguïté et de la dangerosité de ce texte, et c’est peut-être là que se situe le véritable danger. Mais nous avons le droit, devrions-nous dire le devoir, de nous déclarer, sans dogmatisme ni esprit partisan, insatisfait  de ce travail.

Nous allons donc montrer aux auteurs de ce nouveau Code électoral en quoi nous nous écartons des arguments qu’ils développent. Car, nous pensons pour notre part que ces propositions, pour inacceptables qu’elles puissent paraître, ne sauraient être écartées d’emblée sans qu’il y ait eu un échange républicain autour : argument contre argent.      

Quand nous lisons que le « FARE soutient que l’élection des députés à un tour est une grave atteinte à la gouvernance démocratique. Si cela était vrai des pays fondateurs de la Démocratie tels que le Royaume Uni, les USA, la RFA, n’auraient pas fait élire leurs députés à un seul tour », nous sentons le sol se dérober sous nos pieds. Comparer les peuples Anglais, Américain, Allemand au malheureux peuple centrafricain n’est ni juste ni raisonnable.

Car, tandis que l’Américain ou l’Anglais pense Nation, Destin commun, le Centrafricain, lui, faute d’avoir su construire une conscience collective, raisonne en terme de clans familiaux, d’ethnie et que savons-nous encore. La parfaite illustration, même si c’est devenu un lieu commun que de le dire, est la texture de l’actuelle Assemblée nationale presque exclusivement composée de membres d’une même famille qui donnent l’impression de considérer le pays comme une entreprise familiale. C’est aussi vrai dans les autres lieux du pouvoir. 

Alors que la majorité des Centrafricains semble méconnaitre les enjeux du jeu électoral et s’enferme souvent dans des considérations ethniques ou claniques, les peuples précités ont, eux, compris, grâce à leur niveau d’instruction, le pouvoir que représentent leurs bulletins de vote. À côté de ça, nous avons moins de vingt Centrafricains sur cent qui suit une scolarité normale. La faute à l'abandon par les dirigeants successifs du secteur éducatif et aux conflits armés. En témoigne le taux impressionnant d’analphabètes dans nos villes et campagnes. 

Dans le même temps que l’Allemand, grâce à son pouvoir d’achat, peut s’offrir deux repas quotidiens, se soigner, se vêtir et se loger décemment, le Centrafricain vivote avec moins d’un dollars par jour et son expérience de vie se situe parmi les moins enviables du monde, affichant un petit 42 ans au compteur. Être vieux chez nous, c'est avoir 40 ans. Rien que ça !

Il est donc effroyablement déraisonnable de comparer la République Centrafricaine à l’Allemagne, encore moins aux États unis. Mais quand on a rendu compte de cette situation, quand on l’a comprise, on ne peut faire montre de désinvolture en faisant des propositions qui seront incomprises par la majorité du peuple. Déjà qu’ils ont du mal à se retrouver dans les pléthores de candidatures on ne leur rendra pas service si on ne leurs donnait pas la possibilité d’être maîtres de leur choix dans un scrutin à deux tours.

Certains objecteront que notre pays n’a pas les moyens de se payer deux tours d’une élection législative. Cette objection prête plutôt à sourire puisque le problème n’est en rien celui de moyens mais de choix politiques. Nous répondrons à ces objecteurs qu’il n’y a qu’une seule question qui vaille : quelles institutions voulons-nous pour notre pays  et pour quel avenir ? Il est ici, comme on l’a vu, une question d’orientation, donc de volonté politique. Pourquoi pas de consensus national.   

Il nous semble d’ailleurs en effet que le Ministère de l’Administration du territoire a une conception réductrice du sens de l’Histoire ; lorsque ses fonctionnaires avancent un argument aussi saugrenu que celui qui consiste à dire que le gouvernement ferait preuve de bonne gouvernance simplement parce que des partis politiques de l’opposition sont associés à un atelier qui devrait plancher sur la modification du Code électoral et que ce ne serait pas le cas ni en 1992 ni en 1998, pensant peut-être faire plaisir à leur maître, nous disons que ces flatteries ne les valorisent le moins du monde.

Pour la simple et la bonne raison que quand on change un régime, c’est pour faire mieux que ses prédécesseurs. Ils ne peuvent décemment ignorer que les temps ont changés et que l’appréciation que l’on pourrait être amenée à faire du régime actuel ne saurait être faite à partir des grilles de lecture aussi surannées qu’inefficaces. Évaluer les errements du régime actuel à partir de ceux des précédents régimes serait renier les arguments mêmes qui étaient au fondement et qui justifiaient le coup d’État du 15 mars 2003. Voilà la triste vérité, la nôtre.

C’est pourquoi nous disons que venant de la Cour impériale de Benrego d’où il a tiré l’essentiel de son corpus idéologique et de sa conception du pouvoir, celui que l’on considère comme l’actuel président de la République ne peut avoir oublié le mépris que lui inspiraient naguère les courtisans de l’ex empereur Bokassa. Certains de ces flatteurs, davantage préoccupés par leur carrière de ministre que par la paix sociale et la cohésion nationale, font d’ailleurs partie de ceux que l’on apercevait hier se coucher à plat ventre devant un Kolingba ou un Patassé. Aujourd’hui, ils ont tourné casaque  au gré de leurs intérêts sonnants et trébuchants.  Cela, est aussi osé que détestable.  

Et Dieu dira à son fils Josué, « fortifie toi seulement et aie bon courage, en agissant fidèlement selon toute la loi que Moïses, mon serviteur, t’a prescrite ; ne te détourne ni à droite ni à gauche, afin de réussir dans tout ce que tu entreprendras »1. 

Pour notre part, nous dirions à Josué, nos plaies sont encore trop fraiches et si douloureuses que le moindre faux pas de ta part nous rappellera un de tes congénères ou coreligionnaire, c'est selon, Joseph  de son prénom, à l’origine du hold-up électoral ayant débouché sur la situation que l’on sait aujourd’hui. Même si, il est vrai, l’Histoire ne retient que rarement les noms  de présidents  de commission électorale ou de ministres de l’Administration du territoire.    

 

Adrien POUSSOU.
Journaliste à Afrique Éducation
Éditeur.

1. Livre de Josué, chapitre 1 verset 7. 

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Opinion