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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 15:14

 

 

 

Bangui ville

 

 

Nairobi/Bruxelles  |   2 janv. 2013  http://www.crisisgroup.org


En trois semaines, la rébellion de la « Seleka » a étendu son contrôle sur une grande partie du territoire centrafricain et est maintenant aux portes de la capitale, Bangui. Si un dialogue inclusif regroupant les dirigeants de la Seleka ainsi que le gouvernement et l’opposition centrafricaine n’a pas lieu cette semaine, Bangui pourrait très rapidement devenir le théâtre d’affrontements sanglants entre le pouvoir et les rebelles comme en 1996, 1997, 2001 et 2003 et provoquer de nombreuses victimes innocentes dans la population.


La rébellion qui s’est baptisée « la Seleka » (alliance en sango) est une coalition de différents mouvements armés qui viennent principalement du Nord Est du pays. Composée à la fois de factions dissidentes de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) et de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), cette alliance comprend également le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), ainsi que la Convention patriotique du Salut du Kodro (CPSK) et le mouvement nouvellement créé de l’Alliance pour la renaissance et la refondation. Malgré leurs origines diverses, ces groupes armés reprochent tous au président François Bozizé, qui est arrivé au pouvoir en 2003 à la suite d’un putsch, de ne pas avoir respecté les accords de paix de Birao en 2007 et de Libreville en 2008.


Le 10 décembre 2012, les rebelles ont lancé une offensive à partir du Nord Est du pays et ils se sont emparés tour à tour de la ville diamantifère de Bria et de Batangafo, Kabo, Ippy, Kaga Bandoro, Bambari et Sibut. Leur progression vers la capitale a été très rapide face à des forces armées centrafricaines dépassées numériquement et peu organisées. Sur la demande du président Bozizé, le gouvernement tchadien a envoyé des troupes qui sont aujourd’hui stationnées aux côtés des forces armées centrafricaines dans la localité de Damara, dernier verrou stratégique avant la capitale Bangui située à seulement 75 km.


Un sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) s’est tenu à Ndjamena le 21 décembre et a défini une feuille de route pour sortir de la crise. Cette feuille de route prévoit un cessez-le-feu et l’ouverture sans délai et sans conditions de négociations à Libreville sous l’égide de la CEEAC. Par ailleurs, il a aussi été décidé d’envoyer des troupes supplémentaires pour renforcer la MICOPAX - la mission de maintien de la paix de la CEEAC stationnée depuis 2008 en Centrafrique - et en faire une force d’interposition. Le chef d’Etat béninois Thomas Boni Yayi,  président en exercice de l’Union Africaine (UA), s’est également rendu à Bangui, le 30 décembre, afin de s’entretenir avec le président Bozizé. Suite à cette entrevue, le président centrafricain a publiquement déclaré qu’il était prêt à des négociations sans délai, à mettre en place un gouvernement d’union nationale et il s’est engagé à ne pas se représenter lors des élections présidentielles de 2016.


La Centrafrique a connu des épisodes d’instabilité depuis son indépendance en 1960, y compris de nombreuses tentatives de coups d’Etat. Les mutineries de 1996 et 1997 ont fait plusieurs centaines de victimes à Bangui et, après le putsch raté de 2001, plus de trois cents personnes sont mortes dans la capitale et 50 000 personnes ont dû fuir Bangui. Entre octobre 2002 et mars 2003, les combats entre l’armée et les rebelles se sont aussi traduits par de nombreuses victimes dans la capitale et en province.  De telles violences pourraient se répéter si les rebelles tentent de prendre Bangui par la force car la ville est très militarisée et plusieurs quartiers sont acquis au parti au pouvoir.


La rébellion actuelle apparaît dans un contexte de graves difficultés économiques et de sous-développements aigus illustrés par le fait que 62 pour cent de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. Pour éviter une nouvelle bataille de Bangui et des violences contre la population, les mesures suivantes doivent être rapidement mises en œuvre :


Un cessez-le-feu entre le gouvernement centrafricain et les rebelles qui devrait être surveillé par la MICOPAX.


La tenue dans les plus brefs délais d’un dialogue politique inclusif à Libreville sous l’égide de la CEEAC avec la majorité présidentielle, les dirigeants de la Seleka ainsi que ceux de l’opposition démocratique centrafricaine.


La garantie par la Seleka de respecter le droit international humanitaire et de faciliter l’accès des ONG aux zones conquises, notamment pour fournir de l’aide humanitaire et des soins médicaux. L’UA, la CEEAC et les Nations unies doivent indiquer aux dirigeants de la Seleka qu’ils seront tenus pour responsables des violations des droits de l’homme dans les zones sous leur contrôle.


Le renforcement de toute urgence de la MICOPAX pour lui permettre d’être une force d’interposition, tel qu’annoncé lors du sommet des ministres des Affaires Etrangères des Etats de la CEEAC à Libreville le 28 décembre 2012.


Le soutien de l’UA et de l’ONU aux efforts de médiation de la CEEAC.


Afin de rendre possible une sortie de crise pacifique et promouvoir une stabilité durable, les sujets suivants devraient impérativement être à l’agenda des pourparlers entre la majorité présidentielle, les dirigeants de la Seleka et de l’opposition démocratique :


La composition du gouvernement d’union nationale qui doit être équilibrée et représentative de toutes les tendances politiques du pays. A ce titre, il est important que ces différentes tendances soient toutes représentées pendant les négociations.


Des propositions pour redresser l’économie nationale en se basant notamment sur les recommandations du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté pour la Centrafrique élaboré pour la période 2011-2015.


La relance de la réforme de l’armée qui a été ébauchée à plusieurs reprises mais n’a jamais été mise en œuvre.


Le calendrier et les modalités de mise en œuvre du programme de Désarmement Démobilisation et Réinsertion des ex-combattants, notamment au Nord Est de la Centrafrique.


La création d’une commission indépendante chargée d’enquêter sur les exactions commises par le régime contre les opposants.

 

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