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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 17:13

 

 

Boz et Monica

 

 

 

CONTEXTE

 

  

Le Général François BOZIZE, ancien aide de camp de l’ex-Empereur BOKASSA qui le nommera général en 1979 pour le remercier de sa fidélité dans la répression des manifestations des jeunes contre sa dictature en janvier et avril 1978, se retrouvera au lendemain de la chute de BOKASSA dans le gouvernement du Président David DACKO, puis dans celui du Général André KOLINGBA qui prit le pouvoir le 1er septembre 1981.

 

Le 3 mars 1982, le Général François BOZIZE, en sa qualité de Ministre de l’Information, se rendit à la Radio Nationale pour appeler au renversement du Président KOLINGBA. Cette tentative de coup d’Etat « radiophonique » fut suivie d’une répression sévère et aveugle contre le MLPC et ses responsables sur toute l’étendue du territoire national, dont Ange Félix PATASSE, contraints à l’exil ou emprisonnés.

 

 François BOZIZE, radié de l’armée et rétrogradé soldat de 2ème classe par décret du Président KOLINGBA, se réfugia en Libye puis au Bénin d’où il tentera sans succès de créer un mouvement de rébellion contre les autorités centrafricaines.

 

Avec l’appui des autorités béninoises de l’époque, le Président KOLINGBA obtiendra en 1990 son enlèvement et sa reconduite manu militari vers Bangui où il sera emprisonné, jugé, puis libéré.

 

En 1993, à la faveur des élections multipartites, il se présentera aux élections présidentielles à l’issue de laquelle il obtiendra 1% de voix, et Ange Félix PATASSE fut élu Président de la République.

 

Confronté à des mutineries militaires, Ange Félix PATASSE, rétablira François BOZIZE dans son grade de général, et le nommera Inspecteur général puis Chef d’Etat- Major des Forces Armées Centrafricaines.

 

Obsédé par l’idée de la prise du pouvoir par la force, François BOZIZE profitera de l’affaiblissement du régime PATASSE pour fomenter un coup d’Etat en novembre 2001. Malheureusement pour lui, le projet tourna court. Menacé d’arrestation, il se réfugia au Tchad. De l’extérieur, il recevra des appuis conséquents qui lui permettront de renverser le pouvoir démocratiquement élu, pratiquement sous les applaudissements de tous.

 

Dans sa première déclaration après la prise du pouvoir, le général François BOZIZE promettra de « nettoyer la maison » , de ne pas se présenter à l’élection présidentielle qui suivra la période de transition et de remettre le pouvoir à un régime issu des urnes. Il ne tiendra pas sa parole d’officier et se présentera aux élections qu’il gagnera au second tour seulement, face au candidat du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), grâce à l’indulgence et à la bénédiction de la Communauté Internationale qui avait (déjà !) décidé de fermer les yeux sur les irrégularités lors de ce scrutin et de ne pas  lui tenir rigueur de n’avoir pas tenu parole.

 

Suite à la parole non tenue et aux nombreuses promesses non satisfaites faites à ses anciens compagnons de maquis, appelés « ex-libérateurs », ainsi qu’aux multiples fraudes notées lors de l’élection présidentielle de 2005, les compagnons d’armes du général BOZIZE l’abandonnent et se constituent en groupes rebelles pour se retourner contre lui.

 

Des négociations s’engagèrent également entre François BOZIZE et les différents rebelles sous la médiation du défunt Président Omar BONGO ONDIMBA. Elles déboucheront sur les Accords de Libreville (Gabon, 2006) et l’organisation du Dialogue Politique Inclusif (DPI) en 2008 à Bangui.

 

Fort de ses soutiens extérieurs, et notamment ceux de certains milieux français proches de Nicolas SARKOZY (par exemple le maire de Levallois  Patrick BALKANY, ex-ami du guinéen Moussa Dadis CAMARA et du mauritanien Ould Abdelaziz, et intermédiaire déclaré entre BOZIZE et le groupe AREVA), François BOZIZE torpille non seulement tous les Accords, mais également toutes les résolutions issues du Dialogue Politique Inclusif qui avaient pourtant un caractère contraignant.

 

C’est dans ce contexte marqué par l’arrogance du pouvoir que le processus électoral a démarré de façon chaotique dès le départ. Et pourtant, au sortir du Dialogue Politique Inclusif, un Comité de Suivi de ses recommandations fut mis sur pied afin de gérer de manière consensuelle les différends, sans servir à rien, du fait de l’obstruction constante de BOZIZE.

 

La Commission Électorale Indépendante (CEI) à peine créée,  son Président le pasteur Joseph Binguimalé, affiche ses couleurs. L’opposition réunie au sein du Collectif des Forces du Changement (CFC) suspend dès le 13 janvier 2010 « sa participation aux travaux de la CEI pour protester contre la partialité de son président Joseph Binguimalé, la violation du code électoral relativement aux quotas et à la composition des différentes entités, à la mise en place frauduleuse des Comités locaux et l’opacité dans la gestion des finances de la CEI».

 

Dès lors, le ton étant donné et la détermination du pasteur Binguimalé ne faiblissant pas, le fonctionnement de la CEI était vicié. Il s’en suivra une série de violations du Code électoral sur toute la ligne :

Les listes électorales seront manuscrites, alors qu’elles devaient être informatisées selon les dispositions de la loi ;

Elles ne seront affichées pour certaines localités que la veille ou le jour même du scrutin, et dans certaines jamais, rendant ainsi toute lisibilité et toute contestation ou correction impossibles;

 

Les cartes d’électeurs, de deux types différents, initialement présentées par la CEI comme des récépissés attestant l’inscription des électeurs sur les listes électorales, deviendront sur décision du Président de la CEI des cartes d’électeurs définitives ;

 

Les cartes d électeurs, qui devraient être informatisées selon la loi ne le seront jamais ;

Les bulletins de vote ont été fabriqués en dehors de la CEI  et leur quantités exactes inconnues des parties au processus;

 

Des urnes empruntées au Togo seront exclusivement gérées par la garde présidentielle, échappant au contrôle réel de la CEI.

 

Aucune disposition n’a été prise pour le vote des membres des forces de sécurité deux jours avant le scrutin, comme le prévoit le code électoral.

Le nombre et la localisation des bureaux de vote n’ont été arrêtés que le 31 décembre 2010, soit 23 jours avant le scrutin, alors que la loi requiert qu’ils le soient 60 jours avant le début de la campagne électorale,

Idem pour les Présidents des bureaux de vote et leurs assesseurs, qui seront exclusivement désignés parmi les militants du parti au pouvoir, en violation de la loi.

 

Le boulevard pour des fraudes massives étant ainsi tracé, le Collectif des Forces du Changement a saisi par mémorandum le 4 janvier 2011 la Représentante Résidente du Secrétaire Général des Nations Unies en République centrafricaine (voir document en annexe 1) pour attirer son attention sur les risques de dérapage intégral du processus.

 

Etant Co-présidente du Comité de pilotage des élections aux côtés de la CEI  dont font partie les Ambassadeurs des pays et Représentants des organisations suivantes (Union européenne, Organisation Internationale de la Francophonie OIF, Union Africaine, France, Etats-Unis et Nigéria) il était attendu d’elle un minimum de lucidité et de courage, face à la machine de fraude qui était enclenchée. Elle a choisi la politique de l’autruche et le ponce-pilatisme, se retranchant derrière des résolutions des Nations Unies qui exigeraient la tenue coûte que coûte des élections le 23 janvier 2011.

 

DU SCRUTIN

 

Evidemment, ce qui devait arriver arriva ce 23 janvier 2011, jour du premier tour de ces élections législatives et présidentielle. C’était ahurissant de bout en bout, du jamais vu dans les annales des élections en République centrafricaine.

 

Les militaires qui auraient dû voter 48 heures avant le 23 janvier seront maîtres du processus, aux côtés des différents représentants de l’administration territoriale (préfets, sous-préfets dont le corps a été l’objet de mutations et d’affectations juste en décembre 2010)  et locale (maires nouvellement nommés par décret de François BOZIZE, chefs des villages et de quartiers) ainsi que des responsables du parti au pouvoir.

 

Ce sera donc l’administration, les forces de défense et de sécurité et les responsables du parti KNK au pourvoir  qui se substitueront aux structures locales de la CEI, soit par des intimidations et des menaces soit par des pratiques de corruption, soit les deux. Rien ne sera épargné :

De nombreuses personnes, pourtant dûment recensées et détentrices de récépissés, sont omises sur les listes électorales ;

Les listes électorales sont inexistantes dans la majorité des circonscriptions électorales. Des cahiers d’écoliers avec des listes électorales de personnes recensées parallèlement à la CEI ont été utilisées dans d’autres circonscriptions ;

Ces listes ne seront pas affichées jusqu’au jour du scrutin ou très tardivement, entraînant une confusion généralisée ;

Refus de délivrer les procès-verbaux de dépouillement  aux représentants des candidats de l’opposition dans les bureaux de vote ;

Bureaux de vote parallèles ou fictifs installés aux domiciles de certains candidats et chefs de village ou de quartier;

Plusieurs bureaux de vote portant le même nom sur la liste officielle 

Représentants des candidats de l’opposition chassés des bureaux de vote et centres de dépouillement par des militaires ;

Annulations des centres de vote jugés favorables aux candidats de l’opposition, etc., etc.

Falsification des résultats après le scrutin

 

Cette liste n’est  évidemment pas limitative, et il ne fait aucun doute aujourd’hui  que le terrain était préparé de longue date pour ces fraudes grossières, avec la complicité active de la CEI, et la complaisance coupable de certains représentants de la communauté internationale qui siègent au Comité de pilotage de ces élections.

 

C’est ainsi que le jour du scrutin, la catastrophe a pris de telles proportions que dès le 25 janvier 2011 la mission d’observation de la Francophonie, d’ordinaire adepte de la langue de bois, n’a pu s’empêcher de réagir par un communiqué éloquent. Cette mission dirigée par l’ancien Président burundais Pierre BUYOYA a affirmé ce qui suit :

 « Le processus électoral a cependant été émaillé de difficultés et dysfonctionnements de tous ordres […] La mission a ainsi noté que la confection et l’affichage des listes électorales, l’établissement ainsi que la délivrance des cartes d’électeur ont constitué la source majeure des dysfonctionnements techniques relevés lors du déroulement des scrutins du 23 janvier 2011 ». (Voir document en annexe N°2)

Le rapport de la mission d’observation de l’ONG d’obédience sud-africaine EISA fut de la même teneur.

 

Dès le 25 janvier, le Collectif des Forces du Changement (CFC) qui regroupe les partis de l’opposition démocratique a tenu une conférence de presse pour rejeter d’avance les résultats du scrutin du 23 janvier à cause des irrégularités et dysfonctionnements majeurs qui ont émaillé ce double scrutin. (Voir en annexe 3 les propos liminaires de cette conférence de presse, et en annexe 4 le tableau synthétique des irrégularités par circonscription électorale)

 

Deux jours plus tard, le candidat indépendant Ange Félix PATASSE a joint sa voix à celle du CFC.

 

Dès le 31 janvier 2011, les trois candidats aux élections présidentielles que sont Emile Gros Raymond NAKOMBO du Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC), Ange Félix PATASSE Indépendant et Martin ZIGUELE, du  MLPC ont animé une conférence de presse commune pour réitérer leur rejet d’avance des résultats de ce double scrutin (Voir en annexe 5 les propos liminaires de cette conférence de presse commune)

 

Cela n’a pas empêché la CEI de proclamer au milieu de la nuit du 1er février les « résultats » de ces élections, donnant François BOZIZE vainqueur au 1er tour avec 66, 06% des voix, suivi d’Ange Félix PATASSE (20% des voix), Martin ZIGUELE (6%), Emile Gros Raymond NAKOMBO (4%) et Jean jacques DEMAFOUTH (2%).

 

Pour qui connaît la géographie électorale de la République centrafricaine, ces résultats sont proprement scandaleux.

 

Dans toutes les circonscriptions électorales, y compris dans celles qui abritent des rébellions militaires dirigées contre lui et son régime, François BOZIZE est en tête avec plus de 50% d’écart avec son concurrent immédiat. Tous les autres candidats se sont vus attribuer des scores fabriqués de toutes pièces pour faire croire à une absence d’assise populaire de ses adversaires.

 

Cependant, pour frauder sans se faire attraper, il faut avoir l’intelligence et le savoir- faire nécessaires. Mais chez les partisans de François BOZIZE, la fébrilité était si grande qu’ils ont commis des impairs très révélateurs :



Dès le 29 janvier, par communiqué radiodiffusé, le Président de la CEI menaçait de poursuite judicaire tout Président de bureau de vote qui remettrait aux représentants de l’opposition  les procès-verbaux et les fiches de résultat. Que cache une telle décision qui viole une exigence légale ?



Comme l’a révélé RFI, le samedi 05 février 2011 « Sur les 4 618 bureaux de vote installés à travers tout le pays, la Commission Electorale Indépendante  indique dans son tableau récapitulatif avoir compilé les résultats de 3 356 bureaux. 1 262 bureaux de vote n’ont donc pas été comptabilisés, ce qui peut représenter entre 400000 et 500 000 voix ».

 

Tous les candidats aux élections présidentielles déposèrent des recours devant la Cour Constitutionnelle contre cette farce électorale, sauf un, Jean Jacques DEMAFOUTH qui est dans une démarche de recherche d’un strapontin auprès du pouvoir.



Que fit la Cour Constitutionnelle ? Elle débouta tout simplement l’ensemble des requérants dans un procès d’anthologie et confirma la réélection de François BOZIZE, malgré les appels émanant de l’ONU, de l’UE et de la France pour demander à cette Cour de ne dire que le droit.

 

C’était trop lui demander, quand on connaît les liens de famille de François BOZIZE avec son Président, l’homme lige nommé pour accomplir ce genre de basses besognes.

 

Les pays et organisations membres du  Comité de pilotage sont devenus subitement malvoyants, malentendants et surtout muets devant l’étendue du désastre. Ce silence dure jusqu’à ce jour, sauf le Quai d’Orsay qui, par communiqué daté du 16 février 2011 « prend acte des résultats des présidentielles » et « invite l’opposition à accepter ces résultats( !) »et « à porter son message au 2ème tour des législatives » Sans commentaire…

 

La réaction de l’opposition ne se fit pas attendre, surtout que dans la foulée, cette même CEI proclama les résultats des législatives qui furent encore plus surprenantes :



sur 800 candidats aux législatives dans tout le pays, 35 sont élus au premier tour dont 26 du parti au pouvoir, 8 indépendants proches du pouvoir  et 1 seul député de l’opposition (MLPC).

Parmi les élus du parti au pouvoir, la majorité est constituée par les membres de la famille dont BOZIZE François lui-même, son épouse, sa maîtresse préférée, ses deux fils, son neveu, sa sœur cadette, ses cousins… et ses ministres.

 

Sur les 329 candidats de l’opposition y compris les candidats présentés par Ange Félix PATASSE, un seul fut élu au premier tour (MLPC), et 32 sont en ballotage dont trois seulement favorables.

Tous les présidents des partis de l’opposition candidats aux législatives y compris Ange Félix PATASSE ont été battus au premier tour de ces législatives, à l’exception de Martin ZIGUELE en ballotage défavorable.

 

En réaction, le Collectif des Forces du Changement a décidé de se retirer tout simplement du second tour des législatives, y compris les candidats présentés par Ange Félix PATASSE et notification de ce retrait a été adressée à la CEI. (Voir en annexe 6 la déclaration du CFC)

 

CONCLUSION

 

La stratégie de François BOZIZE s’articule autour des axes suivants :



Instrumentaliser la CEI pour « gagner » dès le premier tour des élections truquées de bout en bout, afin d’éviter en cas de second tour une possible coalition de l’opposition;



« attribuer » des scores ridicules à l’opposition démocratique pour la décrédibiliser sur le plan intérieur et extérieur, tout en accordant à Ange Félix PATASSE, ancien chef d’Etat, un score plus « acceptable » dont la vraisemblance s’expliquerait par le fait  qu’il aurait « piqué » des voix au candidat du  MLPC ;



Décourager toute initiative de remise en cause des «résultats » des présidentielles face à la menace de l’« épouvantail » PATASSE ;



Avoir la majorité absolue à l’Assemblée Nationale, et deux précautions valant mieux qu’une, celle-ci-doit être constituée de BOZIZE lui-même, ses deux enfants, son épouse, sa maîtresse préférée, sa sœur cadette, son neveu, ses ministres et premier ministre, pour avoir les coudées franches vers un objectif ouvertement déclaré : faire sauter le moment venu le verrou constitutionnel de limitation du mandat présidentiel, se représenter pour un troisième mandat en 2016, puis transmettre le pouvoir à un de ses fils.

 

C’est pour ces raisons que nous exigeons l’annulation des élections présidentielles et législatives.

 

 

 

 

DOCUMENTS ANNEXES : 

 

Les candidats aux élections                                                  République Centrafricaine

présidentielles de 2011

                                                                                               Unité – Dignité – Travail

 

Emile Gros Raymond NAKOMBO

Jean Jacques DEMAFOUTH

Martin ZIGUELE

Innocent Justin WILITE

 

 

 

DECLARATION DES CANDIDATS AUX ELECTIONS PRESIDENTIELLES DE 2011

 

 

Depuis la mise en place de la Commission Electorale Indépendante (CEI) en octobre 2009, tout ce qui se fait dans cette institution est conçu et orienté, de manière délibérée, en violation du Code Electoral et de l’Accord du 10 août 2010. Cette démarche délibérée a pour seul but de donner au Président François BOZIZE la direction effective du processus électoral, afin de garantir avant le scrutin sa réélection frauduleuse et celle de ses députés.

Le Président de la Commission Electorale Indépendante, Monsieur Joseph BINGUIMALET, publiquement qualifié par le Président BOZIZE lui-même « d'incompétent et de glouton » refuse de convoquer les sessions plénières de la CEI et préfère prendre tout seul toutes les décisions relatives au fonctionnement de cette institution censée fonctionner sur le principe du consensus.

De même, la gestion unipersonnelle et opaque des fonds de la CEI par le Président BINGUIMALET, le non-paiement aux agents locaux de la CEI de leurs indemnités qui a entraîné de ce fait la confiscation par ces derniers dans certaines localités des listes d’électeurs, ainsi que la non diffusion du rapport d’audit administratif et financier de la CEI, sont autant de situations qui concourent dès à présent à la réalisation d’un hold-up électoral en faveur du Président François BOZIZE dont il reçoit directement ses ordres.

Le processus électoral centrafricain tel qu’il se déroule aujourd’hui n’est ni transparent, ni légal ni équitable et nous en voulons pour preuves les éléments irréfutables suivants :

Le minimum que l’on est en droit d’attendre d’une Commission réellement indépendante est qu’elle soit en mesure de planifier ses activités et de réunir en toute liberté les moyens pouvant lui permettre de les mettre en œuvre.

Or, est établi et de manière officielle et régulière, que seul le Président François BOZIZE décide des orientations et des activités de la CEI.   

Pour preuve, en ce qui concerne le dépôt des candidatures aux élections législatives et présidentielle, le Président de la CEI, Monsieur Joseph BINGUIMALET, sur injonction publique du Président François BOZIZE, fut obligé d’en écourter la période prévue consensuellement par l’Accord du 10 août 2010 entre toutes les parties prenantes au processus électoral en présence des représentants de la Communauté internationale et qui devrait courir du 08 novembre au  décembre 2010.Ce fait du prince a eu pour conséquence l’exclusion de fait des candidats de l’opposition démocratique qui ne pouvaient se permettre de s’associer à une violation grossière de cet accord et de la loi. Suite à des fortes pressions nationales et internationales, c’est encore le Président François BOZIZE qui donnera publiquement l’ordre à la CEI, de recevoir pour 24 heures les candidatures rejetées quelques jours plutôt par la CEI.

   Pour démontrer que la CEI ne reçoit des ordres que du Président BOZIZE seul, le Président BINGUIMALET  refuse délibérément de convoquer les réunions plénières de cette institution, au nom de laquelle il prend systématiquement tout seul toutes les initiatives. Les représentants des partis politiques et de la société civile sont généralement surpris d’apprendre à la radio, comme tout le monde, les décisions de la CEI, dont ils sont pourtant membres. Mais en réalité, c’est une stratégie mise en place pour permettre au Président BOZIZE d’être la seule voix qui se fasse entendre à la CEI.

La violation systématique du code électoral

     A ce jour, il est difficile de savoir sur quelle base juridique les élections sont préparées dans notre pays. Toutes les exigences du Code électoral en matière de délais et de fonctionnement sont systématiquement et impunément violées. Lorsque des clarifications ou des remises en conformité du processus par rapport à la loi sont exigées par les parties intéressées, c’est le Président de la République lui-même qui monte au créneau, convoque dans son Palais l’ensemble des partenaires, pour fustiger tous ceux qui osent « critiquer » les orientations qu’il a dictées. Ces mises en scène ont pour principal objectif de briser l’ardeur et la vigilance des partenaires au développement qui appuient financièrement le processus électoral, pour lui permettre de conduire un processus électoral en dehors du code électoral. Aujourd’hui, la liste électorale a été « accouchée » ce 24 décembre 2010 au forceps après le siège militaire de la CEI ordonné par le Président BOZIZE lui-même.

En décrétant unilatéralement et illégalement le refus de l’informatisation des listes électorales, le Président BOZIZE qui exerce directement une pression insupportable sur la CEI, a exigé que les listes soient traitées manuellement. Tout le monde a compris que cela devrait lui permettre ainsi qu’à son parti le KNK dont les responsables de l’Administration sont les principaux animateurs, de reverser dans cette liste les noms d’électeurs supposés favorables au KNK recensés dans les cahiers d’écoliers depuis juin 2009 et dénoncés sans suite en leur temps, afin de faire voter plusieurs fois leurs militants, toutes les possibilités de contrôles informatiques pouvant systématiquement éliminer les doublons étant écartées.

En outre deux types de cartes d’électeurs circulent dans le pays. Dans un premier temps, devant notre surprise de voir des cartes d’électeurs délivrés aux personnes recensées, il nous a été assuré qu’elles sont considérées, compte tenu de l’urgence comme de simples récépissés. Mais aujourd’hui, il : nous est demandé de considérer ces cartes « récépissés » comme des cartes d’électeurs définitives. Comment contrôler et annihiler les fraudes patentes sur les cartes en deux modèles distincts ? Nous apprenons maintenant que les électeurs ne disposant pas de cartes mais inscrits, peuvent voter avec tous types de preuves d’identité. Comment empêcher les votes multiples sans s’être donné les moyens techniques d’empêcher les multiples inscriptions ?

L’article 62 du Code électoral précise que le nombre et la localisation des bureaux de vote doit être publiée dans un délai de 60 jours avant le début de la campagne électorale, or l’arrêté du Ministre en charge des élections date du 31 décembre 2010.

Comment sont désignés les Présidents et les deux assesseurs des bureaux de vote ?Il est aujourd’hui de notoriété publique que le Président de la CEI a envoyé le 16 décembre 2010 à l’intérieur du pays une mission uniquement composée de commissaires de la majorité présidentielle et cette mission partisane a sélectionné avec les structures locales du parti KNK au pouvoir les Présidents et membres de bureaux de vote locaux, en violation de l’article 63 du code électoral et à l’insu de nos représentants dans les comités locaux et à la coordination national de la CEI. En tout état de cause, un arrêté du Ministre en charge de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation devrait nommer les Présidents et les assesseurs des bureaux de vote 45 jours avant le début de la campagne électorale.

L’impossibilité de circuler sur le territoire

    Il existe une autre réalité, c’est celle des barrières routières qui sont une véritable calamité pour les populations et pour les partis politiques opposés au régime du Président François BOZIZE.

  En plus de servir comme check point de racket sur les routes, les barrières tenues par les soldats servent à filtrer les hommes politiques dont les déplacements à l’intérieur du pays deviennent de fait des risques pour leur propre vie.

   Dans ces conditions, comment peut-on oser parler de campagnes électorales, lorsque seuls les hommes du pouvoir ont le droit de circuler, tandis-que les leaders de l’opposition sont systématiquement  empêchés de se déplacer ? Comment dès lors parler de démocratie ?

Les mouvements de rébellions

   Le programme Désarmement-Démobilisation-Réinsertion a été mis en place dans le but de pacifier l’ensemble du territoire national, afin de favoriser la tenue d’élections libres et transparentes. Le gouvernement n’a toujours pas présenté à ce jour le plan de réinsertion des ex-combattants des mouvements de rébellion signataires de l’Accord de Paix de Libreville. De même, il refuse d’ouvrir le dialogue avec les autres mouvements de rébellion, non signataires de cet Accord de Paix. A ce jour la lumière n’a toujours pas été faite les 8 milliards de francs CFA, destinés au Programme du DDR et dont la gestion est directement faite par le Président de la République. Par conséquent tout retard dans le processus est imputé au gouvernement.

  Dans ces conditions, comment les partis politiques peuvent-ils librement se rendre dans les zones occupées et battre correctement campagne ? A moins de vouloir exclure une partie de la population du processus électoral, les élections, pour être valables doivent être organisées sur l’ensemble du territoire national.

                Au regard de tout ce qui précède :

Nous, Emile Gros Raymond NAKOMBO, Jean Jacques DEMAFOUTH, Martin ZIGUELE et Innocent Justin WILITE, candidats à l’élection présidentielle de 2011, considèrerons que pour qu’il y ait des élections libres et transparents, il est absolument urgent que les mesures ci-après soient prises :

Premièrement, pour l’indépendance de la CEI

-          Que la Commission Electorale Indépendante soit présidée par une personnalité centrafricaine neutre, désignée consensuellement par les parties prenantes au processus électoral. Cette solution a permis à la Guinée d’avoir des élections réellement libres et transparentes

-          Que le chronogramme des opérations électorales soit repris sous la direction de la personnalité neutre, nouveau président de la CEI avec la participation de tous les acteurs du processus électoral.

 

Deuxièmement, pour la sécurité des électeurs

 

-          Que les forces de défense et de sécurité de la RCA travaillent de concert avec des éléments de la MICOPAX sur l’ensemble du territoire centrafricain, afin de réduire les actes d’intimidation des électeurs, dont des militaires centrafricains se sont rendus coupables en 2005.

-          Que toutes les barrières routières illégales soient supprimées, afin de permettre à tous les partis politiques de circuler en toute liberté sur l’ensemble du territoire national.

-          Que les élections soient reportées, de manière consensuelle, prenant en compte toutes les considérations précitées.

 

Troisièmement, pour la transparence des opérations de vote

 

-          Qu’il soit prévu le déploiement des observateurs internationaux dans le maximum possible de bureaux de vote sur l’ensemble du territoire national afin d’éviter la fraude.

-          Que le transport des urnes et des procès-verbaux soit assuré par la MICOPAX, afin d’éviter leur substitution en cours de route.

 

Nous, Emile Gros Raymond NAKOMBO, Jean Jacques DEMAFOUTH, Martin ZIGUELE et Innocent Justin WILITE, candidats à l’élection présidentielle de 2011, réaffirmons que la seule prise en compte des mesures correctives proposées ci-dessus, peuvent concourir véritablement à l’organisation d’élections libres et transparentes. Dans le cas contraire, nous déciderons de notre retrait du processus électoral, car ce processus serait soustrait de toutes conditions légales devant en assurer la transparence.

 

 

 

                                                             Fait à Bangui, le 4 janvier  2011

 

 

 

 

 

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