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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 03:36

 

 

 

 

putschistes-maliens.jpg

 

 

Mali : il faut exiger la restauration des institutions, selon Soumaïla Cissé

DAKAR AFP / 24 mars 2012 02h10 - Les Maliens doivent exiger la restauration des institutions dans leur pays, après le coup d'Etat de militaires qui est un acte réactionnaire, a affirmé vendredi Soumaïla Cissé, leader politique et ex-président de l'organisation régionale ouest-africaine Uémoa.

Le putsch contre le régime du président Amadou Toumani Touré, annoncé jeudi par une junte composée essentiellement d'hommes du rang, est l'acte réactionnaire le plus bas de l'histoire politique du Mali au cours des 20 dernières années, affirme M. Cissé, chef de l'Union pour la République et la démocratie (URD), dans une déclaration transmise à l'AFP à Dakar.

Au nom du Mali, je nous invite à nous tenir debout et à exiger la restauration des institutions et le respect des règles républicaines, ajoute l'homme politique, candidat à l'élection présidentielle initialement programmée le 29 avril et annulée par le putsch.

L'ex-président de la Commission de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) réclame le respect du processus électoral tel qu'il était prévu dans son pays de plus de 15 millions d'habitants.

Notre calendrier républicain prévoit des élections présidentielles le 29 avril et des élections législatives le 1er juillet 2012. Pourquoi donc vouloir se substituer aux choix que les Maliennes et Maliens exerceront, en toute légalité, dans 35 jours ?, demande-t-il.

L'heure est (...) suffisamment grave pour que tous les Maliens et Maliennes se lèvent pour exiger la restauration des institutions légales et la tenue, à date échue, d'élections libres et transparentes pouvant conduire à des alternances démocratiques, insiste-t-il.

Jeudi, une junte composée essentiellement d'hommes du rang, a annoncé avoir déposé le président Touré, dissous toutes les institutions du pays et suspendu la Constitution, après une mutinerie marquée par des combats avec des soldats loyalistes près du palais présidentiel à Koulouba (proche de Bamako).

Dans sa déclaration, Soumaïla Cissé indique avoir échappé à une arrestation, dans la nuit de mercredi à jeudi, par des hommes en tenue militaire qu'il n'a pas clairement identifiés, laissant toutefois entendre qu'il s'agirait de soldats mutinés.

Venus, sans succès, m'arrêter, (ils) ont détruit tout ce qui pouvait l'être chez moi à Bamako, affirme-t-il, sans autres précisions.

Sur son compte d'un site de réseau social, il donne plus de détails.

Aux environs de 02H30 (locales et GMT), une dizaine d'hommes en armes ont attaqué, vandalisé et pillé mon domicile. Des jeunes de l'URD venus à notre secours ont essuyé des tirs d'armes automatiques et des menaces ont été proférées à l'aide de pistolets et de fusils, explique-t-il.

J'ai pu quitter les lieux à temps et je suis à l'abri ainsi que l'ensemble de ma famille, ajoute-t-il.

Dans une déclaration commune diffusée vendredi, l'URD et neuf autres partis politiques maliens ont condamné le putsch qui constitue un recul grave pour la démocratie au Mali, et exigé le retour à une vie constitutionnelle normale.

Dans des textes distincts, l'ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta et l'ex-ministre des Affaires étrangères Tiébilé Dramé, tous deux chefs de partis, avaient aussi dénoncé le coup d'Etat.


(©)

 

COUP D’ETAT AU MALI : le grand gâchis

(Le Pays 23/03/2012)

Amadou Toumani Touré (ATT), surnommé le « soldat de la démocratie », aura donc eu une fin de mandat prématurée, bien triste et de manière…inattendue. Les jeunes soldats du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDR), au pouvoir à Bamako, l’ont déposé après une cascade de désertions et de mutineries.

 Ils ont voulu exprimer ainsi leur ras-le-bol face à une gestion catastrophique du pays et de l’armée aux prises avec la rébellion touarègue au Nord. Mais fallait-il vraiment en arriver là ? ATT l’aurait cherché aux dires de certains. Selon les premières déclarations des auteurs du coup d’Etat, la situation du Mali était devenue catastrophique. Leur porte-parole a tenu à souligner que le mandat de l’ex-président malien était marqué du sceau de « l’incompétence ». Les hommes du rang dénoncent un certain « laxisme » et des « humiliations » de toutes sortes. Mais pourquoi, après les premiers succès et l’occupation du palais, les mutins n’ont-ils pas entrepris de négocier avec le chef de l’Etat alors en fin de mandat ?

En tout cas, il n y a pas eu véritablement de lutte pour le pouvoir. Aussi, peut-on se demander si ce coup d’Etat en valait vraiment la peine. D’aucuns reprochent à ATT sa gestion des rapports avec la rébellion touarègue. Certains de ses compatriotes l’accusent d’avoir à plusieurs reprises discuté puis signé la paix avec des récidivistes. « Trop mou », souligne-t-on. Le voisin mauritanien agacé, le critiquait aussi pour sa complaisance face à une bande armée de centaines d’hommes, que lui, se permettait de pourchasser jusqu’en territoire malien. Paierait-il alors pour son trop grand pacifisme ?

En tout cas, si l’éviction d’ATT se confirme définitivement, plutôt que de s’en réjouir, la rébellion touarègue gagnerait à faire preuve de plus de réalisme et de souplesse dans les revendications. Car, à Bamako, les choses deviennent complexes. Il est vrai que contrairement aux « us et coutumes » en la matière, cette fois, on a renversé un chef d’Etat en fin de mandat, et apparemment décidé à céder son fauteuil. Mais y avait-il doute à voir ATT respecter la parole donnée, et partir comme envisagé ? Visiblement, nous sommes en face d’un coup d’Etat atypique. Peut-être s’agirait-il d’un acte de bravoure pour des gens déterminés à en finir avec les rebelles ?

Ou encore l’entrée en scène d’assoiffés du pouvoir ayant pris les devants sur d’autres groupes tout aussi ambitieux ? A moins qu’il ne s’agisse de règlements de comptes par personnes interposées, en vue de ternir une fin de mandat qui honorait un chef d’Etat, militaire de surcroît, mais hors du commun ? Reste à savoir si les hommes nouvellement installés au pouvoir à Bamako, sont suffisamment stratèges, et bien entourés pour tenir les rênes du pays, l’organiser comme il faut, et mater la rébellion du Nord ? Dans le cas contraire, le Mali pourrait s’enfoncer dans la crise, et basculer dans un cycle de vengeance-revanche à n’en plus finir.

Car, si dans sa quête de soutien, la junte ne bénéficie pas de l’aval de l’ensemble de la classe politique malienne et de la compréhension de l’extérieur, elle se heurtera inévitablement à des poches de résistance de toutes natures et de toutes provenances. Curieuse coïncidence : l’exploit des jeunes mutins est intervenu presqu’à la date anniversaire du renversement du Général Moussa Traoré par son propre aide de camp, ATT. C’était le 26 mars 1991, suite à des émeutes à Bamako, après 23 ans de dictature. En déposant ATT, cet homme de parole qui s’était affiché pacifiste, les hommes du rang ont pris le risque de ramener leur pays en arrière. En effet, nombre d’Africains ont toujours espéré voir l’ère des coups d’Etat révolue sur le continent. Dommage donc pour le Mali qui a toujours été cité en exemple en matière d’expérience démocratique.

Le scénario du putsch était pourtant prévisible, en raison même de la particularité des événements survenus récemment dans la capitale malienne : manifestations respectives des épouses, puis des enfants de militaires. La répression qui s’en est suivie, ne pouvait qu’irriter des soldats déjà révoltés par le manque de moyens, la précarité de leurs conditions d’existence et le train de vie outrancier de leurs supérieurs hiérarchiques. Cette situation n’est ni nouvelle, ni propre au Mali. Les sempiternelles revendications de soldats mutins, montrent jusqu’à quel point le malaise règne et persiste dans la plupart des armées africaines.

 Les hiérarchies militaires qui gouvernent le continent, semblent à ce point si préoccupées par les problèmes politico-bureaucratiques qui gangrènent l’appareil d’Etat, qu’elles en oublient parfois que leur pouvoir, le plus souvent « à vie », repose sur la troupe. Celle-ci, après les avoir aidées à escalader les marches du palais, se retrouvent dans la majeure partie des cas, au bas de l’escalier. Il s’agit pourtant des mêmes hommes du rang par qui tout passe, et qui constituent les yeux, les oreilles, le nez et…la poitrine du pouvoir ! Mais pendant qu’ils en sont toujours aux gamelles laissées par l’armée coloniale ou offertes par la coopération, certains de leurs « patrons » se lancent en affaires, s’enrichissent à vue d’œil, et mènent la belle vie !

Oubliant d’où ils viennent, on en trouve aujourd’hui bien plus soucieux de leur pérennité au pouvoir, de leur « honorabilité », et de l’épaisseur de leurs comptes en banque. Quid des conditions de vie de l’homme du rang et du citoyen lambda ? Les attaches sont devenues si rares qu’il vaut mieux ne même plus y songer ! Pourtant, le contexte change. Et la conquête des libertés avec. De sorte que même en « démocratie surveillée », le jeune soldat, comme le citoyen lambda, apprend quotidiennement à décrypter les messages relatifs aux questions de droits humains élémentaires. Son esprit critique se développant, il acquiert de jour en jour des attitudes et des comportements totalement différents de ceux d’hier.

Petit à petit donc, le fossé se creuse entre la troupe et ceux qui croient encore la gouverner. Las de réclamer vainement le retour des militaires à la caserne, les civils assistent donc impuissants, à la détérioration du climat social au sein de la grande muette. Tenus en respect par ceux sur lesquels ils n’ont aucun pouvoir réel de contrôle, des éléments de l’élite politique civile, préfèrent s’acoquiner avec l’élite de l’armée qui gouverne le pays à sa guise. Voilà pourquoi cet éternel recommencement sur ce continent où, désormais, plus aucun pays ne doit se croire à l’abri.

Aucun régime, ne doit donc se croire éternel au pouvoir. Mais, encore une fois, les hommes sont ce qu’ils sont. Et le ver se trouvant généralement dans le fruit, les surprises sont vite arrivées. Les condamnations qui accompagnent les coups d’Etat n’y pourront rien : seul un dialogue franc entre la classe politique, la société civile, l’armée à travers toutes ses composantes sociales, la mise en œuvre de recommandations consensuelles et une bonne gouvernance ayant pour socle la justice sociale, pourraient aider l’Afrique à sortir des sentiers battus.

Encore une fois, il faut se parler, se tolérer et se respecter. Car, demain, il sera trop tard comme à Bamako où la rébellion du Nord Mali aura finalement vaincu le général avec l’appui de ses propres hommes ! Un gâchis énorme au plan de la démocratie.


« Le Pays »

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