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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 18:38

 

 

 

 

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Faut-il rappeler que notre pays a sans doute figuré, de 1966 à 1972, parmi les plus ambitieuses nations d'Afrique? Cette période a vu naître l'émergence d'un État centrafricain volontariste, audacieux, créatif, catalyseur d'énergie.


Durant ces années, la planification a occupé une part éminemment substantielle et stratégique dans le processus d'élaboration des politiques de développement.


C'est au sein du ministère du Plan qu'a été formulée, mise en œuvre, de manière cohérente, la stratégie de développement de l'agriculture et de l'industrie. Il suffit de consulter les indicateurs économiques de cette période, pour constater que l'économie centrafricaine n'a jamais été aussi prospère.

 

Aujourd'hui ce qui me frappe dans notre pays, c'est l'absence d'un État interventionniste, à la fois concepteur et pilote de la machine économique.


Il nous manque un État à la fois souple et fort, appuyé sur une fonction publique efficace et moderne, et capable de se rendre maître de l'environnement économique. Pour reprendre une métaphore sportive, le "club" Centrafrique donne sans arrêt l'impression de subir le match. Il ne sait ni attaquer, ni défendre. Non seulement il n'a aucune stratégie, mais il lui manque aussi la créativité, l'audace, la volonté de gagner. Bien évidemment, on ne peut pas toujours gagner. Mais pourquoi nous résigner à une déroute continuelle?

 

J'observe que la faiblesse de notre économie tient en grande partie à nos carences institutionnelles parmi lesquelles il me suffit de mentionner le manque de vision et de stratégie "développementalistes", une administration démotivée et inefficace, l'absence d'un ambitieux plan national de développement à long terme, méthodiquement élaboré par et pour les Centrafricains. En résumé, notre pays souffre d'un déficit institutionnel chronique.

 

Nos performances économiques, au moment où nous avions un État fort, sont la preuve qu'un État audacieux, créatif, et une fonction publique dévouée ne sont pas des chimères. Il est urgent de redonner à l'État centrafricain son rôle et sa légitime intervention dans la conduite du développement. Il est encore possible d'y parvenir. Comment? En adoptant les mesures suivantes:

 

 

UNE VISION POUR 2032: UNE AMBITION POUR VINGT ANS

 

Notre pays est désormais confronté à un choix déterminant: prendre le chemin du développement ou s'exposer à la faillite de notre démocratie et à une dangereuse marginalisation par des voisins plus ambitieux, plus performants et plus conquérants. Le gouvernement centrafricain doit, dès à présent, élaborer une nouvelle politique économique et mettre en œuvre, région par région, un ambitieux plan national à long terme pour renforcer les capacités de l'Etat, éradiquer la pauvreté, moderniser notre économie et relever le défi de transformer notre pays en une économie à revenu intermédiaire à l'horizon 2032.

 

Il est donc urgent, par-delà la stabilité macro-économique, de nous forger une vision volontariste pour une transformation rapide du pays, avec l'adhésion de toutes les composantes de la Nation, la société civile, les partis politiques, les syndicats, le secteur privé, le gouvernement, l'Etat dans son ensemble.

Tel devrait être le mot d'ordre prioritaire et permanent

 

UN «CHEF D'ORCHESTRE» AU CŒUR DU GOUVERNEMENT.

 

Pour revenir à la métaphore footballistique, Il est de coutume d'entendre affirmer qu'un match de football se gagne ou se perd au milieu de terrain.

Le "club" Centrafrique doit disposer d'un milieu capable à la fois de proposer les options stratégiques favorables à l'équipe et d'organiser l'intelligence collective de la sélection. Une nouvelle politique économique pour le développement et le redressement national ne peut être envisagée sans un dispositif institutionnel efficace et performant. Pour gagner le match du développement, le gouvernement doit s'employer à plus de cohérence, d'homogénéité, de synergie et de coordination dans la formulation et l'exécution de ses politiques publiques, notamment dans le domaine économique.

 

À cet effet, au cœur du gouvernement, je propose la création d'un grand ministère de la Coordination Économique, du Plan et du Développement (MCEPD), englobant le Plan, le Budget, la Coopération Internationale, et l'Économie. Sous l'impulsion du Premier Ministre, ce super-ministère jouera un rôle central dans la coordination et l'harmonisation des politiques publiques de notre pays. Véritable "chef" d'orchestre gouvernemental, son rôle impliquera d'élaborer et de mettre en œuvre des plans stratégiques à long terme, de contrôler l'affectation et le rendement des ressources budgétaires, de s'assurer de l'application des orientations stratégiques des plans de développement, d'harmoniser les politiques publiques des ministères économiques et de promouvoir la coopération internationale. Ce super-ministère symboliserait ainsi la détermination du gouvernement à accorder une extrême priorité au développement économique et traduirait son engagement pour la poursuite systématique et résolue de plans de développement à long terme.

 

UNE FONCTION PUBLIQUE AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT

 

Un autre volet du dispositif institutionnel, nécessaire à la mise en œuvre d'une nouvelle politique économique, relève du fonctionnement de l'administration publique. L'Etat Centrafricain se doit de disposer des capacités et des compétences administratives, techniques et politiques pour fixer les objectifs nationaux et mettre en œuvre les politiques de développement. Il se doit de reposer sur une fonction publique efficace, cordonnée et compétente, qui place au-dessus de toute considération personnelle, politique ou autre, la réalisation des objectifs fixés par l'Etat.

 

Pour y parvenir, notre pays a besoin d'une grande réforme de la fonction publique. À cet égard, je propose la création d'une Commission de la Fonction Publique (CFP), organisme central chargé de la gestion et de la compétitivité des agents publics. Cet organisme aura pour mission de concevoir et de mettre en œuvre une vaste réforme de l'administration publique qui devrait s'articuler autour des axes suivants:

 

- Adoption d'une nouvelle politique de gestion des ressources humaines fondée sur la compétence

 

- Optimisation du mode de recrutement et revalorisation des statuts des agents publics

 

- Introduction d'une culture du mérite, du résultat et de la performance

 

- Formation permanente des agents administratifs axée sur une plus grande spécialisation plutôt que des profils généralistes.

 

«CENTRAFRIQUE S.A.», UN PARTENARIAT SECTEUR PUBLIC ET SECTEUR PRIVÉ.

 

Le secteur privé en Centrafrique doit être le principal moteur de la croissance, tandis que le secteur public doit conduire le développement et assurer la réalisation des objectifs socio-économiques nationaux.


Pour atteindre les objectifs de la Vision 2032, une étroite collaboration entre le gouvernement et le secteur privé est cruciale. Bien plus qu'un dispositif institutionnel, cette collaboration doit être le fruit d'un nouvel état d'esprit dans la relation secteur public-secteur privé. Le gouvernement centrafricain doit être animé par la conviction que le moteur de la croissance réside dans la pleine coopération entre secteurs privé et public et que seul un solide partenariat permettrait de concrétiser le dessein national.

 

En conséquence, notre gouvernement se doit désormais de penser la Nation comme une entreprise, la Société Anonyme Centrafrique, dont les partenaires pour le développement national sont le gouvernement, le secteur public et le secteur privé.


Le succès de cette nouvelle approche du développement national dépendra de la volonté et de la détermination des pouvoirs publics centrafricains à créer les conditions d'un dialogue public-privé favorable au développement. Pour ce faire, il est important de définir et d'établir des mécanismes de construction de la confiance entre le secteur public et le secteur privé. Ces mécanismes peuvent concerner à la fois des modes de coordination entre les acteurs (du secteur public/privé) mais également la création de nouveaux organes ou la proposition de chartes éthiques en termes de comportement à adopter. À cet effet, je propose les initiatives suivantes:

 

- Renforcement et diversification des organes de consultation et des mécanismes de discussion, de collaboration entre les secteurs public et privé.

Les principaux objectifs seront de réduire les divergences entre les deux secteurs et d'enclencher une dynamique nouvelle de consultation et d'amélioration du contenu des politiques publiques.

 

- Instauration et application d'une "Charte Client" au sein de l'appareil gouvernemental et public pour améliorer la qualité des services destinés au secteur privé. À travers cette charte, l'appareil public et gouvernemental s'engage à offrir aux "clients" usagers des services de qualité, simples et accessibles.

 

- Diversification des méthodes et instruments de diffusion des informations publiques destinées au secteur privé. Le gouvernement centrafricain doit redoubler d'effort pour une communication concertée et partagée dans le but de faciliter l'accès aux lois, règlements, et services fournis par le secteur public.

 

- Adoption, pour les agents publics, d'un code national de conduite régissant les relations entre les secteurs public et privé sur la base du concept de la Société Anonyme Centrafrique. La finalité de ce code sera de préciser les règles de conduite et les normes à respecter dans le cadre du partenariat pour le développement entre les agents publics et le secteur privé.

 

C'est en adoptant des mesures similaires, fondées sur l'intervention énergique de l'État, que l'Europe d'après-guerre est parvenue à se reconstruire et se réindustrialiser. Ruinés au lendemain du conflit mondial, la France, l'Allemagne, l'Italie, les pays du nord ont su placer leurs États au centre d'un projet mobilisateur pour l'ensemble de la société.

 

Ce fut également le cas en Asie, où des États moteurs du développement se sont vu assigner pour mission première de stimuler l'essor industriel. Le Japon, la Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour, Taïwan, l'Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et plus récemment le Vietnam ont eu pour trait commun l'adoption d'un système institutionnel résolument prescripteur.

 

Le "miracle centrafricain" est également possible. Je propose que nous libérions ce génie du développement économique qui sommeille en chacun d'entre-nous.

Nous l’avons démontré par le passé. Nous le pouvons encore. Mais nous ne quitterons le banc de touche qu’à la condition que l’Etat centrafricain puisse, dès à présent, « gouverner le marché » en fixant la direction, le rythme et les objectifs à atteindre. Nous y parviendrons en cessant d’être spectateurs de notre propre histoire. Nous y parviendrons en redevenant auteurs et acteurs de notre propre avenir. Voilà ce qui est en jeu.

 

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Contact : lettredumesan@ymail.com

 

 

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion