Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 01:08

 

 

 

 

 

COLLOQUE SUR  L'IMPASSE DES TRANSITIONS DÉMOCRATIQUES EN AFRIQUE:

 

 LE CAS DE L'AFRIQUE CENTRALE

 

TENTATIVES DE  CONSTRUCTION DE L’ETAT NATION EN AFRIQUE CENTRALE

 

MZ-au-Colloque-sur-l-Afrique-centrale.JPG

                               Martin Ziguélé ici à la tribune lors de son intervention 

 

Je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs de cette réunion qui est une véritable première, s’agissant de l’Afrique centrale. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je ne me rappelle pas la tenue d’un colloque organisé par des partis et organisations politiques démocratiques et surtout progressistes d’Afrique centrale. Je salue donc l’esprit d’initiative des promoteurs de ce colloque, et je souhaite de tout cœur qu’il soit le premier d’une longue série  ayant pour thème le devenir de notre région.

Ma seconde préoccupation liminaire est plutôt un vœu : je me suis toujours plaint du fait que les responsables des partis politiques de l’opposition démocratique et progressiste de l’Afrique centrale se connaissent très peu et par conséquent, sauf cas rares, ne se fréquentent pas pour partager leurs expériences, dans le cadre d’un genre de « benchmarking » politique. Pour ceux d’entre nous dont les partis sont membres de l’Internationale Socialiste, c’est à l’occasion des réunions ou des congrès de cette organisation, que nous nous rencontrons et que nous faisons connaissance, échangeons parfois très rapidement des civilités puis des généralités, et puis après…plus rien.

Devant cette situation anachronique, il est bien évident que c’est dans l’intérêt de chacune de nos organisations que  nous changions de manière de faire. D’autres ailleurs,  l’ont compris avant nous, l’exemple de de l’Internationale Socialiste qui a été conçue depuis plus d’un siècle aujourd’hui le démontre à suffisance. Nous devons donc trouver les moyens de nous réunir avec une périodicité régulière,  en Afrique centrale même, pour débattre de l’avenir de nos pays, de nos peuples et de nos organisations respectives. C’est en renforçant  notre propre solidarité en Afrique Centrale même, puis en  popularisant notre démarche, notre vision  et nos convictions « in situ », que nous réussirons à faire triompher, démocratiquement, nos idées pour le bien-être de nos peuples.

Ces préliminaires accomplis, je reviens au thème de mon intervention « La construction de l’Etat Nation » en Afrique centrale.

Tout d’abord, il faut préciser que sur le plan géographique, l’Afrique centrale est l’ensemble des dix Etats de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (Angola, Burundi, Cameroun, Centrafrique, la République du Congo, la République Démocratique du Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Sao Tome & Principe et Tchad ) auxquels il faut ajouter le Rwanda qui, même s’il s’en est récemment détaché pour rejoindre les Etats de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (East African States Community),  son appartenance à la Communauté des Pays des Grands Lacs est une preuve supplémentaire de son ancrage en Afrique centrale.

Ces Etats qui ont été soit des colonies françaises (Cameroun, la République Centrafrique, la République du Congo, Gabon et Tchad), portugaises (Angola et Sao Tome & Principe), belges (Burundi et la République Démocratique du Congo) ou enfin espagnoles (Guinée Equatoriale) ont accédé à la souveraineté internationale avec le statut d’Etats indépendants dans le cadre de leurs anciennes frontières coloniales, en application du principe du droit international de la succession d’Etats.

L’indépendance formelle et juridique acquise, il s’est naturellement posé la question de la construction de la nation en Afrique centrale comme partout ailleurs en Afrique, et le discours politique s’est entièrement structuré autour de cette quête. La question aujourd’hui est de faire le point des tentatives de construction de l’Etat -nation et d’analyser leurs interactions avec la nécessaire démocratisation de l’Afrique centrale. Mon intervention s’articulera de la manière suivante :

·         Qu’entend-on par Etat-nation et comment s’est-elle constituée dans le monde, à travers l’histoire?

·         Quelle analyse politique rétrospective peut-on faire des différentes expériences de construction de l’Etat-Nation en Afrique centrale et où en est-on aujourd’hui : quel est le bilan après cinquante ans d’indépendance et quelles perspectives pour la construction de vrais Etats-Nations ?

·         Quelles sont les interactions entre les tentatives de la construction des Etats nations en Afrique centrale et le difficile accouchement des démocraties avec des alternances durables?

·         Que faire pour favoriser l’alternance démocratique en Afrique centrale, comme dans les autres sous-régions d’Afrique?

 MZ-au-Colloque-sur-l-Afrique-centrale.-2-JPG.JPG

1- Qu’entend-on par Etat-nation et comment s’est-elle constituée dans le monde, à travers l’histoire?

 

1.1 Définition

 

Un État-nation est la juxtaposition d'un État, en tant qu'organisation politique et juridique, à une nation, c'est-à-dire des individus qui se considèrent comme liés et appartenant à un même groupe.

C'est donc la coïncidence entre deux notions : une notion d'ordre identitaire, l'appartenance à un groupe qui estime partager  une communauté de destin, la nation, et une notion d'ordre juridique, l'existence d'une forme de souveraineté et d'institutions politiques et administratives qui l'exercent à l’intérieur de frontières délimitant un territoire donné, l'État. Sans cette coïncidence, on parlera plutôt d'un État multinational.

            1.2 Création d'un État-nation Il existe deux possibilités de création d'un État-nation :

  • Soit l'État préexiste à la nation, et l'on cherche ensuite à développer un sentiment national : c’est le cas de nos pays, mais aussi des  pays qui étant initialement des États-Nations ont conquis des territoires qu’il faut « intégrer » à l’Etat préexistant.
  • Soit les individus qui se reconnaissent d'une même nation, en particulier dans le cas d'une « nation ethnique », manifestent leur volonté de vivre ensemble, en se dotant d'un État. On parlera donc d'une Nation-État, dans laquelle un groupe d'hommes ayant pris conscience de son unité nationale a donné naissance à un État.

Lorsqu’on interpelle l’histoire de l’Europe, on observe que le processus de création des Etats-nations a été long, et ponctué de guerres entre les Etats, car l’affirmation de l’ « identité » nationale se faisait aussi et surtout par la guerre contre la nation « ennemie ». La nation s’est également construite par la destruction violente des particularismes régionaux à l’intérieur de frontières de l’Etat, et par des initiatives qu’on appellerait aujourd’hui « citoyennes «  pour renforcer le sentiment d’appartenance à une même nation : l’école républicaine, l’enrôlement militaire, l’entreprise économique, les festivités nationales et culturelles, etc.. ;

En France par exemple, l'État s'est progressivement construit, et à partir du Moyen-âge, les rois de France ont étendu leur autorité « étatique » sur un ensemble territorial de plus en plus grand. Cependant, il préexistait un sentiment d'appartenance à une nation. Le sentiment national a été renforcé notamment par l'obligation d'utiliser le français comme langue véhiculaire dans les actes administratifs, imposé par François Ier, la création d'une école gratuite laïque et obligatoire par Jules Ferry à la fin du XIXe siècle, l'instauration du service militaire, mais aussi la création de divers symboles républicains comme le drapeau français, la Marianne et la Marseillaise.

 

1.3 La culture et l'État-Nation

En effet, pour certains, la nation est un désir de vivre ensemble sur un même territoire défini, sous les mêmes règles, au-delà des différences d’origine de chacun, tandis que pour d’autres, la nation est avant tout une cohésion, une culture commune, une langue. Cela explique en partie les différences entre les concepts de « droit du sol » et de « droit du sang » mis en avant dans l'acquisition de la nationalité dans certains pays.

1.4 Dissociation entre État et Nation

Il ne faut pas toutefois confondre État et nation :

  • Une nation peut ne pas être dotée d'un État. On peut citer comme exemple la nation kurde: en effet, cette nation dispose bien d'un territoire, d'une population, mais elle n'a pas d'organisation politique propre à assurer sa pleine souveraineté, elle ne dispose que d'une autorité territoriale.
  • Un État peut englober plusieurs nations. Ce fut le cas de l'Empire austro-hongrois, c'est aujourd'hui le cas de la Turquie qui contient sur son sol une nation turque mais aussi une nation kurde. C'est également le cas du Royaume-Uni où Anglais, Gallois, Écossais et Irlandais du Nord sont des nationalités différentes (par ailleurs représentées au sein du Tournoi des Six Nations, les Irlandais du Nord jouant dans la même équipe que les joueurs de la République d'Irlande) et possédant des pouvoirs suite à des dévolutions. Ou alors le Canada, qui comprend la nation canadienne à proprement parler, ainsi que la nation québécoise et les différentes nations autochtones. Ou enfin comme le Nigéria, qui englobe plusieurs nations : les Yorubas, les Ibos, les Haoussas, les Foulanis, les Bornos, etc.…)

Un État peut exister sans être considéré comme une nation. C'est fréquemment le cas des États fédérés constituant une fédération. Par exemple, les cantons suisses et les Länder allemands sont des États mais ne sont pas des nations. De même pour le Vatican, cas à part, où la nation pourrait être considérée comme les catholiques disséminés à travers le monde. Voilà pour les exemples variés de par le monde.

 

1.5 Critique de la théorie de l'État-nation

  • La théorie de l'État-nation a été contestée notamment par les fédéralistes européens et également critiquée par les marxistes. La nation est selon ces critiques, une construction politique artificielle des partisans de l'État centralisé. La nation justifie ainsi l'existence de l'État qui n'est plus associé à la personne du monarque mais à une entité abstraite. L'État-Nation serait donc une phase de l'évolution politique et aurait vocation à être dépassé en faveur de l'unité européenne puis d'une gouvernance mondiale.
  • Pour les marxistes, le sentiment identitaire ne se trouve pas au sein de la nation, mais au sein de l'Humanité tout entière Karl Marx disait : « Je suis un citoyen du Monde ». En attendant la disparition des États, la classe sociale dominée doit selon lui, faire preuve de solidarité internationale permanente : par exemple le refus des guerres.

 

MZ-au-Colloque-sur-l-Afrique-centrale.-3-JPG.JPG 

2- Quelle analyse politique rétrospective peut-on faire des différentes expériences de construction de l’Etat-Nation en Afrique centrale et où en est-on aujourd’hui : quel est le bilan après cinquante ans d’indépendance et quelles perspectives pour la construction de vrais Etats-Nations ?

 

Après la  proclamation de leur indépendance, les jeunes Etats africains d’Afrique centrale ont eu comme première préoccupation d’exister, en restant le plus fidèle possible à la conception française de l’Etat : une  République une et indivisible, l’Etat jacobin, centralisateur, et surtout l’Etat-nation.

Il fallait donc créer, à tout prix, à l’intérieur des territoires hérités de la colonisation, des nations dans le sens « latin », en agrégeant des populations parfois constituées en nations.

En commençant par mon propre pays, Barthélemy Boganda, féru de philosophie et d’histoire, au-delà du rêve fédéral qui l’a animé jusqu’à sa brutale disparition, avait pour principal objectif de construire l’Etat oubanguien à partir du territoire colonial de l’Oubangui-Chari, qu’il avait l’avantage de connaître village par village. Il en connaissait intimement les populations : le rameau oubanguien, à cheval sur la RDC actuelle et la RCA, les Zandés présents en RCA, en RDC, au Sud-Soudan et en Ouganda, les Rungas présents au Soudan, au Tchad et en RCA, les SARAS présents au Tchad et en RCA, les Gbaya au Cameroun et en RCA, etc..

La même situation se présente au Tchad avec les différents peuples repartis entre plusieurs « Etats » : les SARAS que je viens de citer entre la RCA et le TCHAD, les Arabes entre le Soudan et le TCHAD, les Toubous entre la Libye, le Niger et le Tchad, les Bornos entre le Nigéria, le Cameroun et le Tchad, les Zaghawas entre le Soudan et le Tchad, etc.

Au Cameroun, le même tableau se présente avec les Peuls Foulanis et Haoussas entre le Nigeria et le Cameroun, les Massas et les Moundangs entre le Tchad et le Cameroun, les Fang-Bétis entre le Gabon, la Guinée-Equatoriale et le Cameroun,  etc…

Nous pouvons continuer à citer, pays par pays, les nombreux cas des « nations », ou en tout cas des « peuples » repartis sur un ou plusieurs Etats. La gageure donc, c’était de faire de ces Etats à populations plurinationales, des Etats- nations.

Comment les responsables politiques d’hier et d’aujourd’hui y ont procédé ? Plusieurs moyens ont été mis en œuvre pour parvenir à cet objectif, bien sûr avec les résultats que nous analyserons :

 

·         Le premier instrument utilisé est l’école de la République : à la suite de la colonisation qui a introduit l’école et imposé sa langue (français, portugais et espagnol) comme langue administrative et officielle, les jeunes Etats ont développé et généralisé l’éducation des jeunes citoyens sur cette base, d’office sélective et ne pouvant s’adresser qu’à la portion jeune de la population, vivant dans une agglomération d’une certaine taille puisque l’école n’existe pas dans tous les villages de tous les pays. Il a  été laissé de côté les langues nationales et l’alphabétisation des adultes, même quand une langue nationale parlée par une majorité de la population existe (le cas du Sango en République centrafricaine, le Swahili dans certains pays de la partie orientale de l’Afrique centrale ou le Lingala dans les deux Congo), ce qui peut constituer également un véritable ciment pour la nation, compte tenu de la cible potentielle plus large.

·         Le second instrument est l’administration : au lendemain des indépendances et pendant plusieurs années après, le caractère « professionnel » et « national » dans le sens pluriethnique du terme, de l’administration (haute et moyenne) ainsi que le brassage des fonctionnaires des premières heures de l’indépendance ont contribué à la formation d’un sentiment national, comme dans les modèles occidentaux. Aujourd’hui force est de constater que l’administration est devenue, à son corps défendant, un des instruments favoris de la « conservation » du pouvoir à tout prix, d’où sa récusation systématique lors des joutes électorales.

·          Le troisième instrument est l’armée : on l’oublie souvent, mais c’est sous l’uniforme que des générations de compatriotes peuvent « acter » leur appartenance à une nation. La mobilité liée à cette profession fait connaître aux jeunes leurs pays et leurs peuples. L’Etat postcolonial, dans le cadre de l’édification de l’Etat-nation, a développé des armées nationales avec un recrutement pluriethnique, dont les cadres en Afrique centrale comme ailleurs, ont été issus des armées coloniales. Ces cadres ont voulu imprimer l’esprit militaire « national » de l’armée métropolitaine aux jeunes armées, avec des résultats notables, selon les pays. La preuve est que nous voyons bien aujourd’hui que certaines  personnalités militaires ont pu faire « carrière » grâce à cet esprit républicain et de méritocratie, qu’ils s’évertuent aujourd’hui de rendre inopérants.

·         Le quatrième instrument est le parti unique : dans ce domaine,  progressistes et conservateurs ont été sur la même longueur d’ondes. Dans un mouvement d’ensemble, ils ont tous commencé à fonctionner sur le mode des partis uniques dès le lendemain des indépendances, jetant aux orties le multipartisme précolonial. Même lorsque des pouvoirs changeaient de mains suite aux nombreux coups d’Etat militaires et autres rébellions armées en Afrique centrale (Congo, RDC, Gabon, Centrafrique, Burundi, Tchad, Guinée Equatoriale, etc.…), les partis uniques étaient réinstallés sous d’autres appellations dans les mêmes pays, souvent avec le même personnel. Une abondante littérature existe sur les méfaits du parti unique qui n’a réussi dans aucun de ses objectifs proclamés : ni le développement économique, ni le renforcement du sentiment national, ni l’apprentissage de la démocratie, n’ont été au rendez-vous, alors que les conséquences néfastes du monopartisme sont connues : les partis uniques, partis-Etats, ont servi de lieu de manipulation politique masquant un enrichissement personnel jamais égalé, ainsi que le siège des réseaux de patronage des circuits de prédation et de captation illicite des ressources nationales.

·         Le cinquième instrument est la propagande d’Etat par les médias publics : présentés au départ comme des moyens d’éducation populaire et de renforcement du sentiment national, ils ont fait des ravages et créé des comportements politiques manichéens dont les conséquences actuelles sont solidement anti-pluralistes.

·         On peut compléter cette liste, qui n’a aucune prétention à l’exhaustivité.

 

3- Quelles sont les interactions entre les tentatives de la construction des Etats nations en Afrique centrale et le difficile accouchement des démocraties avec des alternances durables? Les particularités de l'itinéraire socio-historique de ces territoires ex-coloniaux, devenus États indépendants et les instruments utilisés jusqu’ici dans les tentatives de construction de l’État-Nation en tant que tel, peuvent-ils expliquer l'impasse de la transition démocratique ?

Ma réponse est sans équivoque oui, pour plusieurs raisons :

A la différence des anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest où l’exemple du multipartisme même limité au Sénégal a joué le rôle de contre-exemple au monolithisme ambiant, en Afrique centrale aucun pays, y compris ceux disposant d’une véritable classe moyenne, n’a accepté le multipartisme dans son essence même. Les résistances les plus vives à l’idée d’ouverture sont venues d’Afrique centrale,  et ont perduré jusqu’à la fin de la guerre froide symbolisée par la chute du fameux mur de Berlin, et même après  le célèbre discours de La Baule de François Mitterrand. Le multipartisme a été présenté par les pouvoirs à travers leurs puissants instruments de propagande (radio d’Etat, télévision d’Etat et presse d’Etat), par leur réseaux clientélistes (notables locaux, administration, etc.) et par d’insoupçonnables soutiens extérieurs, comme la catastrophe suprême pour nos pays, et le retour assuré à une situation de guerre interethnique puisque nos pays ne seraient qu’une mosaïque d’ethnies. Ces arguties invoquées par ceux-là mêmes qui étaient chargées de constituer un Etat-nation constituent non seulement un aveu involontaire de leurs échecs, mais travestissent les faits car la  Somalie, constituée pourtant par un seul peuple, s’est désagrégée alors que d’autres, constitués par un grand nombre d’ethnies, jouissent toujours aujourd’hui d’une certaine stabilité.

Les activistes de  la démocratisation ont été vilipendés, pourchassés et même emprisonnés voire même tués dans certains pays. Devant ce tir de barrage intense, les fortes aspirations des peuples africains de s’ s’affranchir des régimes à partis uniques ou Partis-Etat, et à revendiquer vigoureusement l’accession à une démocratie pluraliste, ne pouvaient que connaître  des fortunes diverses en Afrique centrale, alors qu’au même moment en Afrique de l’Ouest, et notamment au Bénin, au Niger et au Mali, entre autres, la transition a été comparativement rapide grâce aux conférences nationales souveraines.

En Afrique centrale, la résistance des pouvoirs a été dure dans presque tous les pays: si dans certains d’entre eux, l’idée même de conférence nationale, qui plus est souveraine, a été violemment rejetée par les pouvoirs (Cameroun, Gabon et  Centrafrique notamment), dans d’autres, elles se sont tenues avec des résultats mitigés. Même dans ces derniers cas (Congo-Brazzaville, RDC ex-Zaïre, Tchad, Gabon), si l’étau anti-démocratique s’est quelque peu desserré puisqu’entretemps le multipartisme a été concédé, les gouvernements mis en place au lendemain de ces conférences nationales souveraines n’ont pas eu une grande longévité et ont dû laisser place à une forme de parti unique plus subtile dont certains chefs d’Etat d’Afrique centrale ont le secret, afin de conserver le pouvoir le plus longtemps possible grâce à des élections généralement truquées mais aussitôt paradoxalement reconnues par la « communauté internationale » malgré des réserves de façade vite oubliées. Cela explique, en partie, l’apparition des mouvements de rébellion politico-militaires dans des pays où pourtant des élections dites multipartites ont été organisées.

Dans toutes ces expériences de transition démocratique en Afrique centrale, l’ancienne puissance coloniale a dû toujours gérer des situations délicates : soit elle intervient pour éviter certains dérapages comme en  Centrafrique et au Gabon notamment, où selon l’ambassadeur Michel Lunven son pays la France, a dû le dépêcher pour régler certains problèmes liés à l’organisation des élections entre les autorités de ces pays et leur opposition.

Il y a un autre aspect non négligeable qui peut expliquer, du moins partiellement, certains échecs de transition démocratique enregistrés dans ces Etats. Comme je l’ai fait d’emblée remarquer au début de mon propos, nous ne nous connaissons pas suffisamment en Afrique centrale, contrairement à l’Ouest africain. L’Afrique centrale est gravement handicapée dans le domaine des échanges entre Etats et du brassage des populations ainsi que par la faible circulation des biens et des personnes entre les capitales de ses Etats. Les difficultés qu’éprouve la zone CEMAC à mettre en place un passeport communautaire pour faciliter la circulation des personnes ainsi qu’une compagnie aérienne, sont assez révélatrices du faible niveau d’intégration communautaire de cette institution. De même, la CEMAC, au-delà de ses tribulations actuelles, a de la marge à rattraper sur le plan de l’intégration régionale et je n’aurai pas la cruauté de la comparer à l’UEMOA ou à la CEDEAO.

Enfin, il ne faut pas négliger comme je l’ai dit tantôt, les « influences extérieures » notamment, mais pas exclusivement des réseaux bien connus, dans ses différentes dimensions militaires, affairistes et politiques. L’Afrique centrale est une terre de richesses naturelles plus importantes que l’Afrique de l’Ouest, pour tous types de minerais et d’hydrocarbures, sans compter ses ressources forestières. Une des difficultés hélas héritées du parti unique est de présenter l’alternance, les acteurs de l’alternance et donc l’opposition démocratique, comme les ennemis de la stabilité et des positions dominantes acquises. Il ne faut pas négliger ces appréhensions et travailler à clarifier le discours oppositionnel dans ce domaine.

 

 

une-vue-des-participants-au-Colloque-sur-l-Afrique-centrale.JPG

 

                                     une vue partielle des participants au colloque

 

 

4- Que faire pour favoriser l’alternance démocratique en Afrique centrale, comme dans les autres sous-régions d’Afrique?

C’est vrai, l’Afrique centrale souffre. Elle souffre de tout : d’un  retard frappant par rapport aux autres sous-régions, aussi bien en matière d’intégration économique que celui de la transition démocratique.

 

Que faire pour changer cette situation ?

 

Face à l’échec patent du projet démocratique en Afrique centrale, la réponse n’est certainement pas la violence pour répondre au manque de participation politique, mais une conjonction d’actions politiques endogènes et exogènes pour rendre irréversible l’option démocratique et la possibilité de l’alternance.

 

Sur le plan interne :

 

·         Les partis doivent élargir leur base politique à la plus grande partie possible du territoire national et de la population, pour ne pas apparaître comme des partis « régionaux » ou « ethniques »,situation de nature à brouiller l’image de tels partis, qui peuvent être accusés à tort ou à raison, de porter des revendications « identitaires » d’une ethnie, d’une région, et non un projet national.

·         De même les instances supérieures des partis politiques doivent être représentatives des différents territoires d’un pays, et leur renouvellement doivent se faire à la régulière dans le cadre des instances  prévues à cet effet par le Parti. En d’autres termes, un parti qui ne fonctionne pas démocratiquement n’est pas crédible pour porter la critique contre des dirigeants hostiles à l’alternance politique.

·         Il faut renouveler le discours politique et le recentrer autour d’objectifs atteignables et compréhensibles pour la plus grande partie de la population.

·         A l’intérieur d’un pays, il faut favoriser le regroupement des forces politiques dans de plus larges alliances, à défaut de fusionner pour constituer des partis politiques plus importants. Cela permet d’agir efficacement pour arracher des avancées politiques démocratiques.

 

Sur le plan externe :

 

·         En dehors de nos pays, notre  discours politique doit être centré sur les préoccupations réelles de nos populations, et notre communication la plus large possible ;

·         Il faut à mon avis éviter de stigmatiser à longueur de journée des pays ou des intérêts étrangers, car ce discours devient rapidement lassant et contre-productif.

·          Il faut que les forces politiques se connaissent et agissent en synergie en Afrique centrale.

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Politique