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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 00:24


A C cemac


(Zenga-Mambu.com 05/03/2010)

Histoire complexe et souvent douloureuse que celle de la franc-maçonnerie en terre noir-africaine. Infiltrée par les réseaux affairistes, inféodée aux dictatures en place, l’institution qui prône l’idéal de fraternité a bien du mal à faire entendre sa voix.

Derrière ce constat affligeant, des maçonnes et maçons africains œuvrent pour que justice et égalité deviennent une réalité. Eclairage sur une franc-maçonnerie source d’incompréhensions.

« Si Dieu tue un riche, il tue un ami ; s’il tue un pauvre, il tue une canaille » proclame le romancier ivoirien Ahmadou Kourouma, dans sa critique des dictatures africaines(1). Goût du pouvoir sans limites, ignorance des populations civiles, culte de l’apparence, sont les attributs de la grande majorité pour ne pas dire de l’intégralité des dirigeants africains passés et présents.

Denis Sassou N’Guesso et Pascal Lissouba, au Congo Brazzaville, Omar Bongo et son fils Ali au Gabon, François Bozizé en République Centrafricaine, Idriss Déby au Tchad, tous se sont illustrés dans des guerres fratricides, perpétrant massacres et désolations. Et tous sont francs-maçons, ont vécu le rituel si symbolique du passage sous le bandeau lors de l’initiation, qui doit permettre à l’homme de renaître et devenir meilleur. Le constat est amer et les interrogations multiples.

Alors que la maçonnerie occidentale a insufflé démocratie, émancipation des hommes et accroissement des libertés, la maçonnerie africaine, n’aurait-elle engendré que des potentats sanguinaires, trahissant les valeurs de l’institution même qui les a accueillis ? Faut-il parler d’échec et ignorer les maçonnes et maçons africains qui cherchent à instaurer plus d’humanité et de valeurs citoyennes dans leur pays ? Comprendre la maçonnerie africaine, ses particularités, et son imbrication dans le politique, c’est d’abord remonter aux origines de son implantation.
La colonisation et l’émergence d’une maçonnerie « paternaliste ».

Dès le XIXème siècle, les grandes puissances européennes, surtout la France et la Grande-Bretagne convoitent le continent africain. La colonisation, au-delà des arguments économiques évidents, avec la mainmise et l’exploitation des richesses locales est perçue comme un acte civilisateur des populations. Cette vision sera partagée par de grands humanistes, défenseurs des droits de l’homme, Jules Ferry et Léon Gambetta pour ne citer qu’eux. Mais elle pose d’emblée les bases d’un paternalisme, où situation dominante de ceux qui savent, les blancs, sur les ignorants, les indigènes. La franc-maçonnerie qui apparait alors sur le continent africain suivra assez naturellement cette tendance. Le 9 mai 1781, une première loge voit le jour, la Respectable Loge Saint-Jacques des vrais amis rassemblés, à l’orient de Saint-Louis du Sénégal. Ce sera ensuite la création de loges au Maroc, en Tunisie, à Madagascar, en Guinée, au Congo(2).


De l’incompatibilité à être franc-maçon

Par Nicolas Georges, rédacteur en chef

En Europe, la franc-maçonnerie a été, au XVIIIe siècle, le moteur d’une formidable révolution intellectuelle. Il y avait enfin un lieu neutre de toute idéologie, dépourvu de dogmes et de prêt-à-penser. L’homme pouvait être lui-même sans craindre d’être jugé ou même persécuté.

Ce souffle nouveau a été qualifié par la suite : l’esprit du siècle des lumières. Il n’est jamais retombé depuis. Ce modèle de « libre pensée » à l’européenne a essaimé en Afrique par l’intermédiaire des militaires et administrateurs partis dans les colonies. Les premières Loges maçonniques se sont donc créées dans les grandes capitales africaines.

A l’aube de l’indépendance, les africains ont repris leur terre. Au cœur de sa propre tradition multiethnique, l’Afrique héritait de la philosophie du siècle des lumières : la franc-maçonnerie.

Cette franc-maçonnerie, pour beaucoup, avant d’être perçue comme symbolique ou philosophique, était la représentation de l’ancien pouvoir en place. De fait, à la fin de la colonisation, les africains qui ont pris le pouvoir, se devaient de prendre tous les symboles du Pouvoir. La maçonnerie devenait un statut dont on devait être paré.

Aujourd’hui, meurtris par les guerres et les conflits armés, certains pays africains condamnent la franc-maçonnerie. Denis Sassou N’Guesso, Omar et Ali Bongo, pour ne citer qu’eux, sont tristement célèbres pour l’atrocité de leur dictature et leur appartenance maçonnique. C’est là une bien mauvaise image et un triste sort pour une institution qui se veut humaniste et progressiste.

Pourquoi Denis Sassou N’guesso et Ali Bongo devraient-ils encore être considérés comme franc-maçons ?

 C’est la question que nous posons aux obédiences françaises qui n’hésitent pas à aller sur place pour reconnaitre « comme tel » des dirigeants qui semblent exempts des valeurs maçonniques. A moins que d’autres liens unissent les grands maîtres entre eux, il y a des amitiés qu’il est difficile de justifier aux yeux des populations massacrées.


Sources : http://www.gadlu.info/franc-maconnerie-magazine-n%C2%B0-3.html


Par Hélène Cuny

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