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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 15:12

 

 

 

bozizebangui

 

Le Nouvel Observateur 28-12-2012 à 13h14

 

 

Roland Marchal est chercheur au CNRS et spécialiste de la Centrafrique.

 

Vous étiez dans la capitale de la République centrafricaine (RCA), Bangui, la semaine dernière. Dans quelle situation se trouvait alors le pays ?

 

- La Centrafrique est aujourd'hui dans une phase de très grand immobilisme, et ce ralentissement a débuté bien avant la réélection de François Bozizé en 2011. Les accords de paix qui ont eu lieu en 2008 auraient théoriquement dû avoir pour conséquence la formation d'un gouvernement d'union nationale en 2009. Mais la Centrafrique s'est retrouvé avec une majorité présidentielle à la tête de l'Etat.

 

Sur le terrain, il y a des zones, comme celle de Paoua (dans le Nord-Ouest), où la pacification semble relativement bien marcher. Mais à Bangui, où je suis resté, il y a de grosses inquiétudes liées à deux facteurs. D'un point de vue politique d'abord, le régime fait du surplace. On parlait d'un changement de Constitution pour créer un Sénat, mais tout le monde y voyait une volonté du président François Bozizé de faire sauter le verrou de la limitation à deux mandats pour pouvoir se représenter une troisième fois en 2016. Il y a aussi l'absence de véritable dialogue avec l'opposition légale, malgré les fortes pressions internationales, de l'ancien président du Burundi Pierre Buyoya, du président congolais Denis Sassou Nguesso, du président tchadien Idriss Deby lui-même qui avait poussé pour ce dialogue de façon très explicite. Dans le nord, on s'étonnait qu'aucun message politique ne soit adressé à ceux qui se révoltaient et de l'absence de volonté pour presser l'allure.


D'un point de vue économique ensuite, la situation est désespérante. Toute une série de réformes se font attendre pour normaliser les relations avec les investisseurs étrangers afin de restaurer la confiance dans les milieux d'affaires. En revanche, la prédation des élites gouvernantes fonctionne très bien.

 

L'offensive des rebelles, unis sous la bannière Séléka, est-elle liée à cette crise politique ?

 

- C'est difficile de l'affirmer, mais les rebelles étaient au fait de l'impopularité croissante de ce gouvernement où le meilleur et le pire se côtoient. La réforme de la Constitution aurait sans doute poussé les gens dans la rue malgré les menaces de répression sévère. Toute une série de clignotants étaient au rouge depuis le printemps. Le mois de décembre avec le début de la saison sèche a été propice aux actions militaires.

Qui sont les rebelles et que veulent-ils ?

- Les rebelles recrutent dans des fractions dissidentes de mouvements armés qu'on connait bien mais on ne sait pas dans quelles proportions. La victoire a poussé beaucoup d'hésitants à les rejoindre, y compris des gens qui avaient été démobilisés. On y trouve des hommes politiques dissidents, mais aussi des personnes qui sont à la tête de bandes militaires qui représentent plutôt une forme de banditisme social plutôt qu'un front de libération. Il y a cette hétérogénéité politique de personnes socialement en périphérie par rapport à l'Etat centrafricain. Le Nord a toujours été déconsidéré par les régimes politiques parce que ses habitants ne parlent pas la même langue et ne sont pas chrétiens.

 

En fait, le mouvement des rebelles est devenu surtout une coalition de tous les mécontents, une grande alliance anti-Bozizé avec des moyens qui surprennent : ils sont bien nourris, bien habillés, et ont visiblement de l'argent. Ils ne pillent pas n'importe comment et ne s'attaquent pas à la population ordinaire. En revanche il y a un grand doute sur ce qu'ils veulent et sur ce qu'ils peuvent faire.

 

On a du mal à imaginer que cette coalition puisse durer très longtemps si elle s'installait au pouvoir.

 

Vous exprimez votre étonnement quant aux moyens déployés par les rebelles. Qui les finance?

 

- On a l'impression que pour mener une opération pareille, il faut de l'argent, des centaines de millions d'euros. Qui peut payer ça ? Certainement pas les hauts fonctionnaires qui ont fait dissidence et qui revendiquent aujourd'hui la direction du mouvement. Ce sont soit des hommes d'affaires étrangers, soit des chefs d'Etats. Lesquels et dans quels buts ?

 

L'armée régulière est-elle en mesure de contrer la rébellion?

 

- L'armée a des moyens et pourrait très bien mener quelques contre-offensives. Le problème c'est le climat politique. Le chef d'Etat, lui-même militaire, craint qu'une partie des officiers supérieurs ne fomentent un coup d'Etat et hésite donc à leur donner des moyens supplémentaires qui pourraient favoriser une telle opération. La Centrafrique a donc une armée avec de très bons éléments marginalisés et d'autres envoyés au front sans véritable moyens militaires.

 

Les rebelles peuvent-ils vraiment faire tomber François Bozizé ?

 

- Ils ont dit ne pas vouloir le pouvoir. Mais tout dépendra de l'attitude des forces tchadiennes présentes à Bangui. Si elles restent inactives et indifférente à ce qui se passe, comme c'est le cas aujourd'hui, une bataille dans la ville gagnée par les rebelles, n'est pas exclue. Mais on n'en est pas encore là. Il n'est pas impossible non plus que d'autres Etats de la région envoient des renforts. On aboutirait alors à une situation beaucoup plus confuse que celle d'un face-à-face entre rebelles et gouvernement centrafricain.

 

Dans quelles mesures les forces tchadiennes restent passives ?

 

- Quand j'étais à Bangui, j'ai suivi la prise de la ville de N'Délé. Elle s'est déroulée sans que le contingent tchadien de la Micopax (Mission de consolidation de la paix en Centrafrique) présent sur place n'intervienne alors que son mandat le lui permet. Les hommes sont restés dans leurs baraquements, se sont tenus à l'écart des combats et ont constaté à la fin que les rebelles avaient pris la ville. J'ai interrogé un officiel tchadien sur la question qui m'a répondu : "Notre contingent n'est pas intervenu parce qu'il n'a pas reçu d'ordre."

 

Cette ambiguïté tchadienne et du président tchadien lui-même doit être levée. De leurs côtés, les rebelles disent vouloir négocier mais ils se comportent comme si ce n'était pas le cas. On est dans un moment d'hésitation des deux côtés.

 

Qui d'autres peut intervenir ?

 

- La République démocratique du Congo, le Burundi, le Cameroun, le Gabon. Mais l'indifférence des uns et l'ambiguïté des autres rend les choses peu claires.

 

Pourquoi la France a-t-elle été visée ? Y-a-t-il des enjeux français en Centrafrique ?

 

- Le fait que les Français soient pris à partie s'inscrit dans la grande tradition centrafricaine et coloniale. Quand il se passe quelque chose de négatif, c'est toujours lié à la puissance coloniale. Et puis le président François Bozizé est convaincu qu'il est victime d'un grand complot de l'extérieur. Les Français sont les boucs émissaires idéals car il y très peu d'ambassades occidentales. Seuls les Américains, l'Union européenne, et les Français sont présents dans ce pays.

Il n'y a aucun enjeu pour la France : Orange est en train de perdre de l'argent en RCA, Areva a fermé. On a quelques ressortissants et entreprises françaises, notamment dans le bois, mais ce n'est pas stratégique.

 

Propos recueillis par Sarah Diffalah le jeudi 27 décembre

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview