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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 13:43

 

 

 

car-seleka.jpg

 

 

27 March 2013 by Thierry Vircoulon

 

Thibaud Lesueur, Thierry Vircoulon, @TVircoulon

 

Le dimanche 24 mars 2013, la coalition rebelle de la Seleka a pris Bangui, la capitale de la République centrafricaine, et le président François Bozizé s’est enfui au Cameroun. Plusieurs soldats sud-africains ont été tués lors des combats qui les ont opposés aux rebelles de la Seleka aux portes de Bangui. Un de ses dirigeants, Michel Djotodia, s’est autoproclamé président et a déclaré qu’il dirigeait la transition pour trois ans. L’Union africaine a imposé des sanctions sur les auteurs du putsch et incite les autres organisations internationales à faire de même.


Q: Qui est la Seleka?

 

La Seleka –alliance dans la langue nationale, le Sango – est une coalition de plusieurs groupes armés tels que l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) et la Convention patriotique du salut du Kodro (CPSK) regroupés au sein d’une plateforme politico-militaire à laquelle se sont greffés des combattants venus du Tchad et du Darfour. Cette coalition est descendue du Nord-Est de la Centrafrique pour arriver aux portes de la capitale, Bangui, à la fin du mois de décembre 2012.1


L’émergence de la Seleka est la conséquence directe du non-règlement du problème des groupes armés du Nord-Est de la République centrafricaine, de l’absence de programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) pour ces combattants et de la paralysie sécuritaire du pouvoir. Les dirigeants, les composantes et les revendications initiales de la Seleka, appartiennent depuis longtemps au paysage politico-sécuritaire centrafricain. En effet, le désarmement des combattants est prévu depuis les accords de Libreville en 2008 mais n’a jamais eu lieu par manque de volonté politique du régime en place. Les rebelles de la Seleka sont en grande majorité originaires du Nord-Est du pays, une région géographiquement reculée, historiquement marginalisée et quasiment vide d’Etat. Le manque de gouvernance dans les régions périphériques de la Vakaga et de la Haute Kotto, la perméabilité des frontières et les trafics en tous genres ont créé un terreau favorable à l’émergence et au développement des groupes armés, dont la Seleka est le dernier avatar.

 

Q: Comment expliquer la chute du régime de Bozizé et l’échec de la transition politique?

 

La transition politique a cessé avant même d’avoir commencé. L’accord de paix signé le 11 janvier 2013 à Libreville a été suivi de la nomination d’un gouvernement de transition le 3 février dont faisait partie la Seleka. La prise du pouvoir par les rebelles et ce revirement de situation s’expliquent par quatre facteurs :


Le sentiment général dans la classe politique centrafricaine que le président Bozizé ne tiendrait pas ses engagements pris à Libreville et mènerait une politique de blocage de la transition. Il a, par exemple, fêté les dix ans de sa prise de pouvoir le 15 mars 2013 en organisant une réunion publique à Bangui et en exhortant les jeunes à résister face à la Seleka. De même il avait imposé certains de ses proches réputés pour être des faucons dans le gouvernement de transition, reconstituait ses équipements militaires (hélicoptères) et tardait à libérer les prisonniers politiques.


Le mécontentement des commandants militaires de la Seleka à l’égard de l’accord de Libreville. Des commandants ont à l’époque reproché à Michel Djotodia d’avoir signé trop vite à Libreville et d’avoir négligé le sort des combattants créant des dissensions internes au sein de la coalition armée.


L’épuisement des soutiens régionaux de Bozizé. Lors de la réunion de Libreville, l’ex-président Bozizé a été sermonné par ses pairs de la région qui l’ont forcé à accepter nombre de concessions et lui ont reproché de ne pas avoir ouvert d’espace de dialogue avec l’opposition. L’absence de réaction de la Micopax (la Mission de consolidation de la paix de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale en République centrafricaine) lors de l’avancée des rebelles sur Bangui peut être interprétée comme un abandon par la région.


L’effondrement programmé de l’armée centrafricaine. Celle-ci s’était déjà montrée incapable de s’opposer à l’avancée de la Seleka en décembre 2012 et l’ex-président Bozizé avait démis son fils, alors ministre de la Défense, et son chef d’état-major. Sous-équipée et démotivée, celle-ci n’était plus en état de combattre et les rebelles de la Seleka ont très vite pris conscience de leur ascendant militaire.

 

Q: Quelles sont les conséquences politiques et sécuritaires de la prise du pouvoir par la Seleka?

 

Actuellement la Centrafrique n’est ni gouvernée ni gouvernable. L’urgence est aujourd’hui d’ordre sécuritaire : il faut restaurer la sécurité à Bangui et dans le reste du pays. La structure hétérogène de la rébellion rend sa cohésion très fragile et on peut craindre que les dirigeants de la Seleka ne soient pas en mesure de contrôler l’ensemble de leurs troupes, comme l’attestent les pillages qui ont déjà eu lieu à Bangui. A la demande de la Seleka, des patrouilles de l’armée française et de la Micopax arpentent déjà les rues de la capitale, symbole des premières difficultés du nouveau pouvoir en place à faire respecter la loi et l’ordre. Sur le plan politique, la Seleka a tenu à envoyer des signaux positifs en conservant Nicolas Tiangaye, de l’opposition démocratique, au poste de Premier ministre, en tenant des discours d’ouverture y compris en direction des partisans de Bozizé et en s’engageant à respecter l’accord de Libreville de janvier 2013. Michel Djotodia, leader de la Seleka et président autoproclamé, a ainsi annoncé que des élections présidentielles seraient tenues en 2016 conformément aux accords de Libreville. Pour faire face à l’urgence, le leader de la Seleka n’a d’autre choix que de former un gouvernement très rapidement. La composition de ce gouvernement sera un premier indicateur du mode de gouvernance que veut instaurer la Seleka. Le 25 mars 2013, Michel Djotodia a suspendu la Constitution et annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale, prévoyant de légiférer par ordonnance.


Enfin la prise du pouvoir par les rebelles a entrainé une forte réaction de l’Union africaine (UA) qui condamne fermement la Seleka en s’appuyant sur l’Acte constitutif de l’UA et la Déclaration de Lomé sur les changements anticonstitutionnels de gouvernements. En conséquence, l’UA a décidé de suspendre la participation de la RCA à ses activités et de prendre des sanctions ciblées telles que des restrictions de voyage et le gel des avoirs des principaux dirigeants de la Seleka au premier rang desquels figure Michel Djotodia. Par ailleurs, l’Union africaine appelle les autres organisations internationales à adopter la même approche.


Le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné les attaques sur Bangui et souligne que « les auteurs des violations graves des droits de l’homme et du droit humanitaire international doivent être tenus responsables de leurs actes ». La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité soutient la même position.


Les Etats Unis ont fait des déclarations similaires sur l’impunité, condamnent vivement « la prise de pouvoir illégitime de la Seleka » et envisagent de suspendre deux millions de dollars d’aide non humanitaire pour la Centrafrique.

 

Q: Quel rôle pour les pays de la région et l’Afrique du Sud dans la crise centrafricaine?

 

La Centrafrique abrite de nombreuses forces étrangères qui ne sont pas toutes impliquées dans cette crise et surtout n’ont pas toutes le même positionnement face aux événements en cours.2


Après avoir arrêté la Seleka en décembre, la région incarnée par la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), semble avoir accepté la fin du régime de Bozizé. La Mission de consolidation de la paix (Micopax) déployée par la CEEAC ne s’est pas interposée lors de l’avancée des rebelles et ce nouveau coup d’Etat présente de nombreuses similitudes avec la prise de Bangui en 2003. A l’époque, c’est Bozizé qui avait bénéficié du consentement implicite des pays de la région et notamment du Tchad pour renverser le régime de son prédécesseur, Ange Félix Patassé. La position du Tchad dans ce conflit est pour le moins ambigüe et le pouvoir tchadien est soupçonné d’entretenir des relations coupables avec la Seleka. L’armée française a une mission de soutien de la Micopax et reste dans une posture de neutralité vigilante qui consiste à protéger l’aéroport et les ressortissants français.


Paradoxalement, l’Afrique du Sud a pris le parti de l’ex-président Bozizé dans cette crise au nom de la stabilité et d’un accord de coopération remontant à 2007. Les troupes sud-africaines déployées en janvier 2013 ont tenté de s’interposer lors de la prise de Bangui mais ont perdu une dizaine d’hommes. Il s’agit des plus lourdes pertes humaines dans une opération militaire extérieure depuis la démocratisation en 1994 et donc d’un sérieux revers pour la  politique étrangère de l’Afrique du Sud en Afrique. Pretoria n’a, pour le moment, pas évoqué l’évacuation de ses troupes mais le président Zuma a qualifié les rebelles de « bandits ».


Enfin, les troupes ougandaises sont au Sud-Est de la RCA, aux côtés des Américains, pour lutter contre l’Armée de résistance du seigneur (LRA) de Joseph Kony et les soldats tchadiens et soudanais présents au sein de la force tripartite, basée à Birao, assurent la sécurité dans la région de la Vakaga, au Nord-Est de la Centrafrique.


Le fait que l’armée sud-africaine se soit retrouvée seule à défendre Bangui démontre qu’il n’y a eu que peu de coordination entre les troupes étrangères présentes sur le territoire centrafricain qui évoluent en fonction des agendas de leurs capitales respectives.

 


 

 

1 Voir « Centrafrique : éviter une nouvelle bataille de Bangui ».


2 Pour une localisation des forces étrangères en Centrafrique, voir la carte interactive de l’International Crisis Group

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