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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 12:51

 

 

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BANGUI 23 nov (AFP) — Le Congolais Jean-Pierre Bemba, jugé depuis lundi à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI) pour des atrocités commises par ses hommes en Centrafrique, "n'acceptera pas de mourir seul", estime mardi un journal centrafricain.

"Tel que c'est parti, Jean-Pierre Bemba n'acceptera pas de mourir seul. Il va accuser l'ex-président (centrafricain Ange Félix) Patassé", écrit le journal privé Le Citoyen, l'un des huit quotidiens paraissant régulièrement à Bangui à commenter le procès de M. Bemba.

Pour Le Citoyen, lors de son procès prévu pour durer plusieurs mois, Jean-Pierre Bemba accusera l'ex-président Patassé qui, "à son tour, se retournera contre son ministre de la Défense nationale" de l'époque, Pierre Angoa, "et son chef d'état-major" d'alors, François Bozizé.

"Mais que pouvaient faire ces deux-là quand l'ordre venait directement du président de la République, chef suprême des armées ? (...) Au lieu de faire appel à un Etat, Patassé s'est fait offrir les services d'un groupe rebelle, se passant (ainsi) d'une armée régulière en tout état de cause", ajoute le journal.

La population centrafricaine "attend l'issue de ce procès avec beaucoup d'espoir", déclare de son côté Le Confident. La plupart des autres parutions publient des communiqués de la CPI ou des dépêches d'agence. Quelques-uns passent le procès sous silence.

Ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC), Jean-Pierre Bemba est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité - viols, pillages et meurtres - commis en 2002 et 2003 par sa milice du Mouvement de libération du Congo (MLC) en Centrafrique, où elle soutenait les troupes du président Patassé alors confronté à une tentative de coup d'Etat du général François Bozizé.

M. Bozizé a finalement renversé M. Patassé en mars 2003 et dirige depuis le pays. Les deux hommes sont candidats à l'élection présidentielle centrafricaine fixée en janvier 2011.

Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés

 

NDLR : Il y avait à Bangui en ce temps là à la tête du Bureau des Nations Unies pour le Centrafrique (BONUCA), un général sénégalais du nom de Lamine Cissé, devenu un grand copain de Bozizé, qui était le Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies. Il a sans doute des choses importantes à dire sur cette affaire des hordes de Bemba car le président du MLC lui avait adressé à l'époque une lettre pour lui demander d'ouvrir une enquête sur les graves accusations portées contre ses éléments, courrier demeuré sans suite. Sans vouloir minimiser les crimes de guerre de toutes sortes dont les éléments de Jean-Pierre Bemba se sont rendus coupables, ceux commis par les mercenaires tchadiens introduits en Centrafrique par Bozizé n'ont rien à leur envier et sont peut-être même plus graves encore. La véritable justice sera rendue aux victimes lorsque tous les commanditaires d'où qu'ils viennent et ceux qui ont fourni les armes de ces crimes odieux auront passé devant la barre.      

 

CPI : distribution des rôles au procès de Jean-Pierre Bemba

Jeune Afrique 22/11/2010 à 14h:45 Par Marianne Meunier, envoyée spéciale à La Haye

Alors que la première audience du procès de Jean-Pierre Bemba s’ouvrait cet après-midi à La Haye devant la CPI, les différentes parties ont exposé leurs principaux arguments lors d’une conférence de presse matinale.

Quelques heures avant l’ouverture du procès de Jean-Pierre Bemba pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI), lundi après-midi à La Haye, les différents acteurs de la procédure ont donné le ton lors d’une conférence de presse.

 

Il y a d’abord la greffière, Silvana Arbia, qui déroule avec sobriété les règles de fonctionnement de la Cour et quelques principes de la justice internationale. Costume bleu sombre et chemise blanche, Luis Moreno-Ocampo, le procureur, lui emboîte le pas et explique l’enjeu du procès. « Bemba n’a pas violé de femmes, il n’a pas donné d’ordres […], mais c’est sa responsabilité de commandant qui est en cause », dit-il.

 

Décryptage : si Bemba n’était pas sur le terrain au moment des viols, meurtres et pillages commis par ses troupes en Centrafrique en 2002 et 2003, il ne peut s’en laver les mains pour autant. En tant que chef militaire, il est comptable des actes de ses subordonnés. « C’est un message pour tous les responsables de commandement dans le monde », avertit Luis Moreno-Ocampo.

 

Face aux victimes

 

Suivent les trois représentants des quelque 750 victimes ayant demandé à participer au procès. Ils mettent des visages sur une affaire que le jargon juridique et l’épaisseur du dossier ont parfois désincarnée : « Il s’agit d’hommes, de femmes, d’enfants », rappelle Paolina Massida, du Bureau du Conseil des victimes de la CPI.

 

Puis les trois avocats de Jean-Pierre Bemba clôturent la conférence. Volontiers solennel, ménageant des silences entre les mots, Nkwebe Liris, qui dirige l’équipe, déclame : « Je suis au regret de vous dire que vous allez assister, pour la première et, espérons-le, la dernière fois, au procès le plus inéquitable qu’une justice internationale ait été amenée à conduire. » Avant de terminer sur une note combattive : « Regardez dans mes yeux, ils ne reflètent pas le visage du chef d’une équipe larmoyante, mais d’une équipe forte de la confiance et de la conscience des faiblesses de l’accusation. »

 

 

 

Procès Bemba: le double langage de Moreno Ocampo


Le Potentiel - 23 novembre 2010

Luis Moreno O’campo n’aurait retenu aucun grief contre l’ancien président Ange-Félix Patassé encore moins contre tout autre acteur centrafricain ou africain ayant participé à la guerre dont les effets ont donné lieu au procès qui l’oppose à Jean-Pierre Bemba devant la CPI et dont l’ouverture a eu lieu hier lundi à La Haye. La défense, représentée par Me Liriss NKuebe, a plaidé non coupable, en révélant que le président du MLC avait agi sous le couvert de l’Union africaine et de la SADC. Ce qui impliquerait la responsabilité des autorités centrafricaines de l’époque.

A considérer les déclarations du bureau du Procureur Luis Moreno O’campo, des représentants légaux des victimes et celle de la défense du prévenu Jean-Pierre Bemba Gombo devant la chambre de première instance III à l’ouverture de l’audience d’hier lundi, la bataille s’annonce âpre entre l’accusation et la défense devant la Cour pénale internationale (CPI).

D’entrée de jeu, le bureau du Procureur a soutenu ne pas avoir des preuves sur Ange-Félix Patassé, le président en fonction qui avait pourtant fait appel au leader du MLC. Selon l’accusation, François Bozizé, rebelle à l’époque, encore moins Ange-Félix Patassé, n’auraient pas eu d’armée ou de troupes au moment de la commission des faits ; seules les troupes du Mouvement de Libération du Congo (MLC) auraient régné en maître sur le terrain des opérations en République Centrafricaine.

« Au début, nous pensions que Bemba et Patassé étaient les plus responsables mais les éléments de preuve montrent que les troupes qui ont commis les crimes étaient sous le contrôle de Bemba », a déclaré Luis Moreno O’campo

Selon l’accusation, le président Ange-Félix Patassé n’avait pas le contrôle sur les troupes du Mouvement de libération du Congo (MLC). Ils ont argué que Jean-Pierre Bemba, autoproclamé général, avait la capacité d’empêcher, de réprimer et de punir les soldats fautifs. Mais, il n’a rien fait.

Toujours selon l’accusation, pour ces crimes commis entre 2002 et 2003, Jean-Pierre Bemba aurait donné des instructions à ses troupes leur disant que toute personne rencontrée en Centrafrique est un ennemi. Ces éléments n’auraient pas fait de différence entre les combattants et les civils.

L’accusation allègue aussi qu’après la commission des crimes, Jean-Pierre Bemba n’a pas demandé à ce que des enquêtes sérieuses soient ouvertes. Le bureau du Procureur a fait voir qu’à la Cour martiale installée en son temps par Jean-Pierre Bemba, aucune victime centrafricaine n’a été appelée à témoigner.

L’accusation a affirmé que les membres de famille étaient forcés de voir comment leurs femmes et filles étaient violées. Les soldats du MLC auraient pillé les biens des civils en toute impunité et emporté leurs butins en RDC.

Elle a enfoncé le clou en déclarant que les forces du MLC auraient massacré les civils qui s’opposaient aux viols et aux pillages. « Il a récompensé ses troupes pour ces crimes, au lieu de les punir… », a laissé entendre l’accusation.

Comme il fallait s’y attendre, les représentants légaux des victimes ont abondé dans le même sens. Ils ont fait état de l’existence des certificats médicaux attestant la commission des viols et autres crimes, même si souvent les femmes préfèrent le silence.

Selon eux, les viols, souvent collectifs, étaient utilisés comme arme de guerre. « En majorité, ce sont des personnes vulnérables, rejetées aujourd’hui par la société. Beaucoup sont infectées, certaines sont mortes et d’autres se sont suicidées », ont ajouté les représentants des victimes. .

Bemba non coupable, selon la défense

Son tour venu, Me Liriss Nkwebe, l’un des avocats de Jean-Pierre Bemba, a rappelé aux juges qu’ils ne peuvent statuer que sur base des preuves et non sur les émotions. Il a trouvé que son estimé confrère de la partie adverse avait plaidé en dehors du procès. Il est resté catégorique pour soutenir que les accusations portées contre son client sont dénuées de tout fondement.

Me Liriss Nkwebe a fait un constat amer. Selon lui, 42 millions d’euros ont été dépensés pendant au moins cinq ans pour une enquête partiale et bâclée. Il a expliqué qu’à cause de l’insuffisance d’éléments de preuves, l’accusation a trouvé une astuce, en prétendant que Jean-Pierre Bemba s’apprêtait à fuir.

Après avoir émis des doutes sur les vingt-deux témoins qui viendraient déposer sur les prétendus mille cas de viols et tous les biens de la Centrafrique qui auraient été transportés en RDC, l’avocat s’est attardé sur la responsabilité partagée avec l’ancien président centrafricain Ange-Félix Patassé. Il s’est dit étonné d’entendre le procureur Luis Moreno déclarer qu’il n’y avait aucune preuve à charge de Patassé, que personne dans la hiérarchie militaire centrafricaine n’a été cité comme témoin ; étant entendu que plusieurs commandants centrafricains ont participé à cette guerre.

Me Liriss Nkwebe a posé le problème de la personne qui a incarné le commandement et le contrôle effectif des troupes au moment des faits. Il a fait voir aux juges qu’au lieu d’appeler ceux qui faisaient partie de la chaîne de commandement, l’accusation les a totalement oubliés pour se rabattre sur des témoins de seconde zone et s’acharner sur Jean-Pierre Bemba qui se trouvait à 2000 km de Bangui.

Qualifiant le procès en cours d’injuste, Me Liriss Nkwebe a révélé qu’à l’époque, le gouvernement centrafricain avait réuni des troupes de différents pays qui agissaient comme une seule armée sous l’uniforme centrafricain ; sans oublier qu’ils étaient équipés et nourris par le Trésor centrafricain. « Ne faudrait-il pas que le gouvernement centrafricain soit appelé à la barre pour la manifestation de la vérité ? », s’est-il interrogé.

Il a émis des doutes sur la légitimité de l’enquête menée par Luis Moreno, lequel est appelé à instruire à charge et à décharge. Il reste d’avis qu’il sera difficile d’établir la responsabilité de Jean-Pierre Bemba en tant que commandant. Cela, du fait que la responsabilité du chef hiérarchique incombait au chef suprême de l’armée centrafricaine.

Autre révélation de Me Liriss Nkwebe : le MLC n’était pas une milice, et encore moins une rébellion. Il a indiqué qu’il s’agissait d’une administration reconnue par l’ONU et toute la communauté internationale. Il a fait voir aux juges de la CPI que le déploiement incriminé est intervenu à la suite d’une résolution de l’Union africaine, et de la résolution d’Alger qui interdisait toute prise de pouvoir par la force.

Il a comparé l’intervention du MLC à celle de l’EUFOR au Tchad et de l’OTAN en Serbie. Il s’est demandé si l’OTAN ou l’EUFOR ont été tenus responsables de crimes commis. Il a fait savoir que les actes posés par un Etat qui a été appelé sont imputables à l’Etat bénéficiaire. Me Nkwebe a dit que la défense mettait au défi l’accusation de prouver que la RCA s’était dépouillée de sa souveraineté militaire au profit de Jean-Pierre Bemba, que celui-ci pouvait, à plus de 2000 km de distance, coordonner des opérations sur le terrain.

Pour finir, la défense a rappelé les seules paroles prononcées par Jean-Pierre Bemba à l’une des audiences : « Je veux être jugé, non seulement pour prouver mon innocence, mais aussi pour laver mon nom envers ma femme, mes enfants et mon père ». Fondant en larmes, il a regretté que ce père soit décédé en allant justement se battre pour sauver son fils. La dernière prière de Me Liriss Nkwebe a été : « Un seul impératif s’imposera à vous : acquitter Bemba ».

Quatre heures avant le procès, une conférence de presse s’est tenue au siège de la CPI. Les journalistes de la République démocratique du Congo ainsi que ceux de la Centrafrique ont pu y participer en vidéoconférence.

Les intervenants ont souligné l’importance capitale du respect des droits des parties et des participants à la procédure judiciaire devant la Cour. Le Greffier de la Cour, Mme Silvana Arbia, a affirmé que « seul un procès équitable permettra à la justice de remplir son rôle dans l’établissement d’une paix durable et de lutter efficacement contre l’impunité des crimes qui […] touchent l’ensemble de la communauté internationale, et heurtent profondément la conscience humaine ».

« Jean-Pierre Bemba a utilisé une armée entière comme un instrument pour violer, piller et tuer des civils en République Centrafricaine. Aujourd’hui, il est appelé pour rendre compte du fait qu’il n’a délibérément pas empêché, réprimé ou puni les atrocités de masse commises par ses hommes en RCA », a déclaré le Procureur de la CPI, Luis Moreno O’campo, en ajoutant que « dans l’ère de la CPI, il s’agit du sort qui est réservé aux commandants militaires qui autorisent leurs troupes à mener de telles tactiques de commandement pour des raisons stratégiques ».

« Les victimes méritent que justice soit rendue et surtout, qu’elles y participent », a affirmé Mme Arbia. Les représentants légaux des victimes ont, à leur tour, souligné le rôle de la Cour pour mettre fin à l’impunité et empêcher la répétition des atrocités du passé. « Plus jamais ça », a affirmé Me Marie-Edith Douzima-Lawson, représentante légale des victimes, alors que Me Assingambi Zarambaud a avancé que « quelque soit la longueur de la nuit, le jour finira par paraître ».

Me Paolina Massidda, conseil principal du Bureau du conseil public pour les victimes, qui soutient les équipes représentant les victimes, a souligné que les aspirations des victimes sont de « briser leur silence et briser le silence du monde sur les évènements terribles auxquels elles ont été confrontées », ce qui constitue un « premier pas vers l’établissement de la vérité et vers un accès à la justice ».

Prenant la parole en dernier lieu, l’équipe de Défense de M. Bemba, composée de Me Nkwebe Liriss, Me Aimé Kilolo Musamba et M. Nick Kaufman, a soutenu que « l’Etat centrafricain, sous la Présidence de Patassé, avait la libre disposition des troupes congolaises de l’administration du MLC, qui combattaient sous leur drapeau, et répondait de leurs actes ».

 

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