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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 12:53

 

 

 

Michel Lunven

 

                   Michel Lunven, ici à droite dans un avion avec Jacques Foccart

 

 

« Ambassadeur en Françafrique », mémoire du représentant officiel de la France au Niger, en Centrafrique et au Gabon. Ce qui a éveillé ma curiosité à la lecture est l’interview que son auteur a accordée à Christophe Boisbouvier de RFI le 11 janvier 2011. J’ai couru à la FNAC et j’ai pris un exemplaire du fameux sésame qui trône royalement au présentoir « Géopolitique » de la FNAC du Forum des Halles.

Je m’étais promis de faire un commentaire une fois la lecture achevée d’abord comme  Rdciste, ensuite comme militant ayant collaboré dans la Team de Campagne du général André Kolingba en 2004/2005 et enfin comme aspirant à l’émergence d’un Centrafrique Nouveau. Les premières lignes du long chapitre consacré à la RCA m’ont convaincu de ne rien faire et dire. En effet, l’expertise « Papier Bristol » de l’auteur de ce livre a réduit les difficultés rencontrées par les Centrafricains à l’achèvement du processus démocratique entamé en juin 1991 à une lutte de pouvoir du « Clan des Yakoma ». Ce postulat prouve sa pleine mésure à la page 178 : « à 10h30, j’appelle d’abord  Mr. Mabingui(1), secrétaire général à la présidence- le plus redoutable du clan Yakoma- pour le mettre au courant de la situation et lui demander de porter ces informations à la connaissance du président. Il me raccroche au nez ». Le clan des Yakoma, cette secte qui a fait d’André Kolingba leur otage est donc la cause des difficultés, voire de tous les maux de la RCA de ce début des années 90. Cette caricature m’empêche de poser une grille de lecture sur le témoignage de Mr Michel Lunven.

Plus Yakoma que moi tu meurs comme j’aime souvent à le dire car né de père et de mère Yakomas, tout ce que j’avancerai comme argument pour rectifier les erreurs manifestes de ce récit, sera interprété comme la défense d’une cause, la cause Yakoma. Je décide donc de passer mon tour. Cependant, le récit n’est pas dénué d’intérêt. Outre les coulisses de la gestion préélectorale et la tension postélectorale, je retiendrai de ce récit cette expression : « Vieux chevaux de retour…page 147 » Pour comprendre cette expression, prenons un exemple du portrait des candidats établis par Mr Lunven : « M. Dacko, il fait venir de France deux barbouzes recrutées vraisemblablement dans une de ces sociétés de sécurité qui fleurissent aujourd’hui en France. Elles sont très vite repérées par la sécurité présidentielle, et expulsées quelques jours après leur arrivée. Il ne se passe pas de jour sans qu’il [DACKO] m’importune pour tout et n’importe quoi. C’est un personnage falot, dénué de tout scrupule, pleurant sans arrêt auprès des personnalités politiques françaises pour obtenir des subsides. C’est pour moi un mystère que la France l’ait établi dans ses fonctions de président pour succéder au règne de Bokassa, une présidence finalement interrompue par le coup d’état du général Kolingba. Il fallait vraiment qu’il n’y ait aucun autre candidat possible. »

Entre 2002 et 2003, la question de l’éviction du président Patassé par tous les moyens était à l’ordre du jour. De nombreux fils et filles de Centrafrique se sont réunis dans le cadre de la CPC et ont choisi  de faire de François Bozizé Yangouvonda l’outil de la réalisation de cette ambition. Aucun garde-fou, aucun plan B n’a été mis en place. Notre soif d’en venir à bout de Patassé était si grande que nous avons oublié que François Bozizé Yangouvonda, bien que n’étant pas de la génération des pères-fondateurs (1910-1920-1930) appartenait à cette caste et était de fait, un Vieux Cheval. C’est cette tendance que nous avons à répéter les mêmes erreurs qui fait aujourd’hui de notre pays, l’un des derniers au monde.

L’autre tare, que Thomas Sankara aurait appelé féodale est ce que certains nomment le syndrome du Colonisé : « Le premier souci de ces candidats reste d’aller quérir un adoubement auprès d’un ministre ou d’une personnalité politique à Paris, en faisant valoir leurs mérites respectifs et leurs bonnes intentions vis-à-vis de la France s’ils sont élus. Lors des premiers entretiens avec chacun d’entre eux, je leur fais comprendre qu’ils perdent leur temps en procédant ainsi, car désormais les décisions sont prises à Bangui,… » Page 148. Cet extrait se passe de tout commentaire et interpelle chaque entrepreneur politique.

« Le peuple centrafricain, pacifique par nature, a de temps en temps des bouffées de chaleur extrêmement violentes,.. » Ces propos que l’auteur prête à la page 149 à Monseigneur Joachim Ndayen sonnent comme un avertissement à tous les fossoyeurs de la République et un appel à la mobilisation à tous ceux qui œuvrent pour un Centrafrique débarrassé du KNK, ce veau d’or de la politique Centrafricaine ainsi que ceux qui ont mis hier ce pays à terre.

J’emprunte ces quelques lignes à Jean Bosco Peleket dans une tribune publiée en aout 2001 : « Il est patent qu’un certain nombre de cadres Yakomas, avec le général Kolingba, ont participé à la décrépitude de l’Etat centrafricain à l’instar des cadres d’autres ethnies de la RCA. Affirmer le contraire serait stupide. »

En effet, prétendre le contraire de cette affirmation serait stupide, criminel. De 1960 à nos jours, la RCA a connu (2) :

 

·         1960-1965 : un pouvoir partisan ;

·         1966-1979 : un pouvoir personnalisé ;

·         1981-1986 : un pouvoir corporatiste ;

·         1987-1993 : un pouvoir régional ;

·         1993-2003 : un pouvoir tribal ;

·         2003 à nos jours : un pouvoir clanique puis familial.

 

La caractéristique principale de tous ces régimes est que ce ne sont pas les groupes qu’ils sont censés représentés ou défendre qui  jouissent du pouvoir mais un cercle au rayon très réduit.

Instruit de tous ces errements, le Centrafrique post-KNK devra être un pays avec des responsables dont l’unique mission est le service de la cause commune qui est la somme de toutes les causes. Tant que nous n’aurons pas compris, le processus de somalisation de notre pays continuera et d’ici peu, il aura disparu.

 

En définitive, l’on peut dire que nous avons une triple bataille à mener. Une pour notre indépendance réelle, une pour notre indépendance vis-à-vis de l’histoire et une dernière pour notre indépendance de la misère.

Je ne regrette pas la lecture, je regrette simplement que les acteurs centrafricains accouchent rarement leurs témoignages d’acteurs directs de l’histoire de notre pays. A cette interrogation, une amie me faisait remarquer que le silence de ces hommes n’a d’équivalence que leur responsabilité dans la situation du pays. « Que veux-tu qu’ils vous disent ? Ils sont rares les criminels qui confessent librement. N’attendez rien d’eux et avancez. »

Clément DE BOUTET-MBAMBA

 

 

 

1 : Mr Mabingui n’est pas Yakoma, ce qui fausse la grille de lecture de l’Ambassadeur qui, autre bizarrerie, fait de Mr Grélombé, le fameux « terrible Directeur de Cabinet » d’André Kolingba en 1993. Ce qu’il n’était pas du tout.

2 : je reviendrai prochainement sur ces aspects

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