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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 03:48

 

 

 

 

 

Boziz--et-Ndoutinga-.jpg

 

Même si les Centrafricains se sont beaucoup réjouis et ont pris le limogeage de Sylvain Ndoutingaï qu’ils appelaient « le vice-président », tellement Bozizé lui a fait aveuglément jusqu’ici, cette disgrâce en tant que telle ne résout pas les nombreux problèmes de fond qui se posent dans ce pays et auxquels font face les Centrafricains au quotidien. Depuis presque dix ans où à l’issue d’un coup d’Etat, Bozizé s’est autoproclamé président de la République centrafricaine, il a mis son parent Ndoutingaï au très stratégique ministère des mines qu’il n’a pratiquement jamais quitté jusqu’à son départ de ce vendredi 1erjuin 2012. Et pour cause ?

A deux, ils ont pris la RCA pour leur butin de guerre après leur calamiteuse rébellion et l’ont mise en coupe réglée. Très tôt, ils ont fermé la plupart des bureaux d’achat et d’exportation de diamant et d’or et annulé plusieurs permis miniers et de licences de collecteur, obligeant les anciens détenteurs à renégocier de nouvelles conditions de délivrance. Cette manœuvre a dû leur rapporter plusieurs centaines de millions si ce n’est pas des milliards de F CFA. La filière forestière et du bois dont regorge aussi le pays n’a pas non plus échappé à leur appétit. Bozizé a personnellement rebattu les cartes avec plusieurs sociétés industrielles de cette filière moyennant de juteuses commissions.

En novembre 2008 par exemple et ce n’était pas la seule fois, Ndoutingaï a déclenché par le biais de la brigade minière dans les villes diamantifères telles que Boda, Boganangone, Gadzi, Carnot, Berbérati, Bria etc …une grande opération musclée de braquage et de racket de plusieurs bureaux d’achat et des collecteurs de diamant qui lui a permis de spolier et dépouiller impunément ceux-ci de leurs pierres précieuses, de fortes sommes d’argent et autres biens tels que véhicules. Les victimes n’ont eu que leurs yeux pour pleurer et n’ont jamais été dédommagées jusqu’ici. Que sont devenus tous les diamants ramassés et les grosses sommes d’argent saisies lors de ce gangstérisme d’Etat ?   

Ravis de leur triomphale introduction dans la filière du diamant qui s’est soldée un an à peine après leur arrivée au pouvoir par leur mémorable mésaventure de juin 2004 à Düsseldorf où Bozizé croyait qu’il devrait lui-même se transformer en négociant du diamant et empocher l’argent, Bozizé et Ndoutingaï ont compris qu’ils devaient tout faire pour s’en mettre plein les poches avec l’exploitation des mines d’uranium de Bakouma dans l’Est de la RCA dont il a toujours été question mais qu’aucun régime précédent n’a pu mettre en valeur.

Ils se sont tournés vers la filiale sud-africaine de la société canadienne URAMIN engrangeant au passage plusieurs dizaines de millions de dollars US secrètement logés pour Bozizé, dans un compte bancaire dans le paradis fiscal des Iles Vierges britanniques dans les Caraïbes et pour Ndoutingaï vraisemblablement ailleurs. Le trésor centrafricain n’a nullement vu la couleur de ce pactole. Seules quelques miettes ont servi à graisser les pattes des députés pour qu’ils puissent voter la loi sur les minerais radioactifs et à dresser un écran de fumée avec tambours et trompettes sur la prétendue Initiative pour la Transparence des Industries Extractives dite ITIE.

Autour des mines de Bakouma, Bozizé et Ndoutingaï ont développé un véritable business qui les a considérablement enrichis puisque peu après, URAMIN-CENTRAFRIQUE a fait l’objet d’une OPA boursière et a été rachetée par le géant français et mondial de l’énergie nucléaire AREVA, rachat que Bozizé et Ndoutingaï ont contesté au départ mais permis ensuite à leur sulfureux amis, l’indo-pakistanais Saifee Durbar et la bande constituée du sarkozyste Patrick Balkany, le Rwandais Fabien Singaye et le Belge George Forrest, de faire les go-between avec AREVA pour faire de la surenchère financière dans l’octroi des permis de Bakouma.

Après l’uranium, ce fut le tour du pétrole, car la RCA possède aussi avec le Tchad voisin d’importants gisements d’or noir dont feu le président Patassé avait naguère octroyé quelques permis d’exploration à l’homme d’affaire et pétrolier américain, Jack Grynberg avant d’être renversé par le coup d’Etat des mêmes Bozizé et Ndoutingaï dont les rébellions, le coup d’Etat et l’insécurité qui en a résulté, n’a pas permis à l’Américain de travailler sur les chantiers des permis jusqu’à se les voir retirés. Les deux larrons en ont profité pour confier leur dossier pétrole aux Chinois, ce qui leur rapportera aussi plusieurs millions de dollars de bonus versés sans doute tout aussi secrètement par ces derniers. Récemment encore, Ndoutingaï a délivré dans le plus grand secret des permis pétroliers moyennant sans doute gros bakchich à une société sud-africaine. Cela concernait les gisements de la région du Sud-Ouest de la RCA frontalière avec le Congo.

Tous ces dossiers d’enrichissement rondement menés et constitués de bonus et autres dessous de table de plusieurs millions de dollars US ont énormément profité aussi bien à Bozizé qu’à Ndoutingaï, peut-être même davantage à Ndoutingaï qu’à Bozizé. Tous ces magots n’ont pratiquement jamais pris le chemin du trésor centrafricain mais bien la direction des comptes bancaires off-shore de deux, de préférence dans les paradis fiscaux.

Si le gouvernement américain a décidé de créer tous les problèmes du monde à Ndoutingaï en lui refusant systématiquement à plusieurs reprises la délivrance de visa d’accès et de séjour sur son territoire sachant bien qu’il était le ministre centrafricain des finances et qu’il devait nécessairement participer aux réunions des institutions de Bretton Woods, c’est sans doute et certes une humiliation mais il avait de bien bonnes raisons de le faire. Ndoutingaï est propriétaire immobilier à Ouagadougou et peut-être bien ailleurs qu’on ignore. Grand complice de Bozizé, il sait beaucoup de choses sur celui-ci et pourrait considérablement lui être très nuisible s’il décidait de se mettre à table.

C’est surtout son arrogance, sa toute puissance et son comportement qui ont fait vivre son limogeage comme un réel soulagement pour les Centrafricains. Il cristallisait sur son nom tous les vices et tares du pouvoir de Bozizé. Incompétence mais roulement outrancier de mécanique, invétéré coureur de jupon avec un important harem à sa disposition y compris dans le gouvernement et grand train de vie.

D’une grande capacité d’intrigues, il était un spécialiste de coups tordus y compris contre certaines personnes de leur propre camp. C’est qu’il serait à l’origine du brutal limogeage d’Elie Ouéfio, l’ancien secrétaire général de leur parti KNK. Selon certaines sources ayant requis l’anonymat, il aurait incité quelques jeunes du quartier Boy-Rabe selon un scénario très génial, à rédiger une note demandant pas moins que le renversement de Bozizé et d’inviter le même Elie Ouéfio à venir en discuter avec eux lors d’une de leur réunion. Ainsi, au moment de la séance, les forces de sécurité viendraient brusquement les encercler et procéder à l’arrestation en flagrant délit du secrétaire général du KNK en train de comploter sur un projet de renversement de Bozizé. Plus machiavélique, tu meurs ! Un beau jour, on devait apprendre la brutale et spectaculaire éviction.

Devenu immensément riche, il ne pouvait que se mesurer à Bozizé et tenter par tous les moyens de lui ravir le pouvoir par une révolution de palais. Son limogeage du gouvernement ne règle rien. Les problèmes ne font que commencer pour Bozizé qui a longtemps fait l’avocat du diable pour lui. S’il s’aperçoit seulement maintenant que tout ce qu’on lui disait de son « argentier » était vrai, c’est à lui seul de prendre les dispositions nécessaires pour le neutraliser afin d’épargner au pays et aux Centrafricains d’en payer les pots cassés et que cette affaire ne puisse pas trop faire de vagues. Cela dit, le pays doit connaître la vérité sur toutes ces intrigues de la bozizie car l’étendue des dégâts occasionnés est très vaste. Les fonds détournés et planqués à l’étranger doivent être récupérés avant qu’il ne soit trop tard. La justice doit s’en charger. Or Bozizé s’est empressé de le remplacer par un autre « Ndoutingaï » qu’est Albert Besse. Les Centrafricains doivent redoubler de vigilance. Le seul limogeage de Ndoutingaï ne suffit pas.

La Rédaction

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique