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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 03:43

 

 

 

 

 

Matts-Brugger-chez-les-pygmees.jpg

 

service-des-mines-Bangui.JPG

 


http://www.revue21.fr/Borat-au-pays-des-diamants


23 juillet 2012

 


Un réalisateur danois devient consul pour raconter le trafic de pierres précieuses en République centrafricaine. L’enquête est édifiante, le documentaire terriblement cynique.


« Je voulais faire un documentaire sur l’Afrique qui n’en reprenne pas les codes traditionnels – vous savez, les ONGs, les enfants soldats, le sida. Je voulais montrer l’autre côté, les riches, le pouvoir. J’ai pensé que si je devenais moi-même diplomate, des choses intéressantes pourraient advenir. »


Trois ans durant, Mads Brügger prépare son infiltration. Il écume les réceptions des ambassades européennes pour observer, mimer : les cigarettes préférées des diplomates africains sont des Dunhills rouge, leur whisky, le Black Label de Johnnie Walker. Une enveloppe de 100 000 euros, distribuée à l’intermédiaire Willem Tijssen (lire ici sa défense), parachève la supercherie : elle transforme le journaliste danois, crâne lisse, corps blanc, moustache rousse, en consul du Liberia en République centrafricaine. Le « package » contient un faux permis de conduire et un diplôme de l’université de Monrovia, la capitale libérienne, où il n’a jamais mis les pieds.


Dans des conversations filmées en caméra cachée ou par son « attaché de presse », on le met en garde : « Si tout se passe bien, vous serez riche. Si ça dérape, au mieux, vous serez emprisonné et on n’entendra plus jamais parler de vous ; au pire, on retrouvera votre corps dans un fossé. »

À son arrivée, en 2010, et sans rien avoir demandé, Mads Brügger reçoit les visites de « ceux qui comptent » à Bangui. Tous savent quel business l’amène, ils y trempent déjà : les diamants qui nourrissent les rebellions du pays remplissent depuis longtemps les valises des diplomates.

Le journaliste-consul conclut un contrat de 20 000 euros avec « Monsieur Gilbert », directeur des mines dans la région de Zako, à l’est du pays. Quelques semaines plus tard, celui-ci lui apporte les diamants : excité, surpris par sa propre démonstration, le diplomate laisse s’échapper les pierres précieuses, qui roulent sous le canapé : c’est sa première et dernière gaffe. Personne ne bronche. Ils sablent le champagne, « le même qu’a bu Hitler avant de se suicider dans son bunker », annonce Mads Brügger devant l’assemblée hilare.


La vie de ce kamikaze de la diplomatie tient du cirque mais plus il en fait, plus on le croit. Il arbore sans peur du ridicule costume blanc, bottes néocoloniales et fume-cigarettes. Si cela ne choque personne, c’est que cela doit se voir souvent à Bangui. « Ces mecs sont habitués aux humanitaires qui traînent des tee-shirts informes. Je voulais que les ministres se disent : il est riche, puissant, excentrique, sûrement très naïf et probablement un peu idiot – je ne vais pas le tuer, je vais l’utiliser. Cet attirail faisait partie d’une stratégie de survie. »


Les plus avisés riront des caricatures : les Pygmées sont de gentils sauvages exploités, l’ancien « empereur » Bokassa un cannibale, les Libanais des voleurs, les pierres précieuses des « diamants de sang », alors que le processus de Kimberley, qui régit cette classification, n’est pas chargé du cas de la République centrafricaine.


Dans cette partie de poker menteur, le seul personnage qui semble apporter sa part de vérité est le chargé de mission après du chef de l’État pour la sécurité intérieure. Guy-Jean Le Foll Yamandé analyse la situation du pays à l’aune de l’éternelle Françafrique : « La France a toujours considéré la République centrafricaine comme son livret de caisse d’épargne. Ça veut dire qu’on n’y touche pas, qu’on n’a pas le droit d’y toucher. Quand on veut démarrer des phases d’exploitation dans les mines, pour faire bouger l’économie, on a très vite des problèmes. »


« C’est-à-dire ? », demande le diplomate, l’air de rien. « Quand on veut empêcher quelqu’un de courir, on met des cailloux dans sa chaussure. Quand on veut empêcher un pays de se développer… On fait avec les rebelles. L’argent qui servira à courir après les rebelles ne servira pas au développement, tu vois ? »


A propos d’une attaque qui vient d’avoir lieu, il ajoute : « Deux avions français survolent chaque jour le territoire, un le matin, un le soir. Ils détectent tous les mouvements. La colonne qui a attaqué Birao avait 27 véhicules. Les Français le savaient très bien, ils ne nous ont rien dit. “Le caillou dans la chaussure“, tu vois ? » Le mercenaire sera assassiné pendant le tournage.

Mads Brügger est resté deux mois et demi dans « ce pays de fous », à filmer une galerie des horreurs faîte de moches, de pourris, de vendus. The Ambassador a coûté 1 million d’euros, obtenus grâce à une bourse du Danish film institute. Certains ont reproché au journaliste d’avoir utilisé cet argent public pour corrompre. Il répond que « c’est le documentaire le plus transparent du monde », puisque tous les échanges d’argent se voient à l’écran. Et c’est vrai : pendant 90 minutes, le diplomate arrose. Il distribue ce qu’il appelle « les enveloppes du bonheur » ou plutôt, demande à son assistant de le faire, « sinon ça fait sale ». Ça pue le fric, ça pue la corruption. On en rit. A en avoir la nausée.


The Ambassador  


Un documentaire de Mads Brügger
Production Zentropa
93 minutes
En anglais

Sélectionné à l’édition 2012 du festival de Sundance

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