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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 03:35

 

 

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Nous publions cette intéressante réflexion que développe l'Ambassadeur et philosophe Sissa Le Bernard sur le rôle que devraient jouer les Franc-maçons en Centrafrique. En effet, si la franc-maçonnerie doit être synonyme de cruauté, de bestialité et de haine comme on est bien obligé de le noter  chez le patron de cette loge en RCA qui n'est autre que Bozizé lui-même, cela ne peut que poser problème. On ne peut que s'interroger sur les valeurs que veut incarnerner et véhiculer la franc-maçonnerie si le Maître des franc-mçons centrafricains qu'est Bozizé se proclame "grand dépéceur" devant l'Eternel de ses opposants. Le cas Charles Massi qu'évoque également Sissa le Bernard renforce les interrogations que les Centrafricains doivent légitimement avoir sur les réelles motivations qui ont conduit Bozizé à ôter la vie à un de ses compatriotes. Et ce n'est pas fini. Ces jours-ci, il pense sérieusement à éliminer physiquement Demafouth et Patassé. pourquoi ? Les différents adeptes de la franc-maçonnerie et leurs différents maîtres, tant centrafricains qu'étrangers, doivent tirer au clair le cas Bozizé car à force de le laisser commettre impunément ses crimes,  la franc-maçonnerie se rend objectivement le complice de ses forfaits. Etre franc-maçon, est-ce disposer du droit de vie ou de mort sur ses concitoyens ? Les franc-maçons doivent répondre sans détour à cette question en ce qui concerne particulièrement François Bozizé ? La réflexion suivante de Sissa le Bernard est un début de réponse. 

Rédaction C.A.P

 

 

Nul n'ignore l’influence de la franc­maçonnerie dans la société, dans le domaine économique et politique. Comme les philosophes, ils utilisent les mêmes catégories ésotériques dans leurs réflexions pour le perfectionnement de l'homme et de la société dans laquelle il vit. Comme les philosophes, ils ont une visée universelle même si leur prétention à énoncer le vrai est problématique. Quoi de plus normal qu'un philosophe interpelle ceux qui partagent avec lui dans une certaine mesure l’interprétation du monde, du cosmos et de la réflexion sur l'existence de l'être dans la société !

Cet appel ne plaira certainement pas à tout le monde i mais n'est ce pas que l'esprit authentique de la franc­maçonnerie n'a nul souci de plaire ou de déplaire? Son premier devoir n'est-il pas d'abord de transmettre et de révéler des vérités qui font la vérité qui n'est pas toujours bonne à dire? De traquer la forfaiture et de la dénoncer partout où elle se trouve? Comme le philosophe, il avertit, il dénonce, il n'y il aucun écart entre sa pensée, l'univers et la société en proie aux catastrophes, aux soubresauts et à l’injustice. Il est alerté, il alerte. Il prend la parole en vue de se voir reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice. Le philosophe comme le franc­naçon, c'est un peu la conscience de tous. Voilà une coïncidence. La philosophie est liée au doute, à l'étonnement. Le joute nait du fait que la réalité invisible l'a pas à être prouvée, elle s'appréhende de manière intuitive : c'est ce qui constitue la véritable caractéristique de l'humain Jar rapport au non-humain. Elle commence quand d'une façon ou d/une autre, on commence à remettre en question le mon le dans lequel on vit. Elle consiste à ne plus vivre simplement dans le monde fait de mes pensées, de mes certitudes conditionnées par mon vécu, mais à chercher à vivre dans le monde : «Chacun des endormis se réfugie dans un monde individuel, mais pour les éveiller le monde est un et le même », écrivait Héraclite.

Le but de la philosophie est la sagesse. Elle implique un rapport à la vérité, c'est­à-dire à une compréhension de ce qui est même, si c'est pour dire, comme dans le scepticisme, par exemple, que ce qui est n’est pas, connaissable, autrement dit qu’il n’y a pas de vérité. La philosophie en quête de vérité que sur le plan théorique, c'est ce qui dans l'histoire fait d'elle mère de toutes les sciences. Mais la philosophie n'est pas quête de vérité que sur le plan théorique, elle l'est aussi sur le plan pratique et existentiel. De ce point de vue, rechercher la vérité, c'est chercher à voir les choses telles quelles sont et pas seulement comme ça nous arrange, y compris soi même. Comme les causes de notre aveuglement sont en majeure partie en nous même, nombreux ont été ceux qui ont affirmé que la sagesse consistait à connaître soi-même, c'est-à-dire, d'abord à prendre conscience de nos préjugés et de notre ignorance. Connais-toi toi-même, Voilà encore une autre coïncidence, Mais le but de la philosophie n'est pas uniquement de trouver des explications, sinon la philosophie serait la science. Le but de la philosophie, c'est de vivre en vérité. Héraclite encore disait: qu'« avoir l'esprit clair est la plus haute vertu, la sagesse consiste à parler de la réalité telle qu'elle est et agir selon sa nature véritable, demeurant à son écoute ». Si le philosophe vit la même vie que tout le monde, il essaie de la vivre les yeux ouverts. S'il cherche comme tout le monde le bonheur, il cherche un bonheur lucide. La rigueur de la réflexion engage une vie philosophique, une transformation de soi; certains diront une spiritualité, attendu comme le mot désigne la vie de l'esprit et n'appartient pas à la religion; une troisième coïncidence qui forme avec les deux premières les trois côtés du triangle.

Cet appel constitue plus un cri d'alarme assez douloureux d'un philosophe non initié, mais connaissant le concept de l'initiation qui le lance face à la situation catastrophique dans laquelle se trouve notre pays et de misère où croupit le peuple. Un malaise où s'ajoutent une inquiétude confuse, une absence de confiance en l'avenir. Incertitude et désarroi s'exacerbent au spectacle du faste déployé Dar les thuriféraires du régime, les apparatchiks du parti au pouvoir, d'une opulence indécente. Ce sont des chômeurs en général ; jeunes diplômés en particulier, l'hypothétique paiement des salaires et pensions des retraités devient chaque mois plus cruel. Ainsi, subsistent pauvreté et misère dans une société où le fossé entre nouveaux riches et pauvres modernes révèle des écarts si impressionnants que la disjonction n'est plus seulement économique, mais également politique et éthique.

Au sommet de l'Etat, elle se double d'une insolente inaptitude à percevoir injustices, corruption - concussion. Les barons bien en cours dans les hautes sphères de l'Etat le pratiquent avec une telle grossièreté qu'elle se confond à une injure publique, puisque la sottise se mêle à l'arrogance, alors que le vol et les détournements des biens de l'Etat se combinent en règle de gestion.

L'inertie Qui caractérise le Parlement révèle que les élus de la nation à défaut des partis politiques fragilisés, ne sont plus considérés comme l'efficace relais des aspirations du peuple, défenseurs actifs d'un état de droit et des plus faibles pendant que triomphe l’injustice. les Francs­Maçons au pouvoir ou au service du pouvoir se montrent à ce point si insensibles qu'on se pose la question de savoir ce que peuvent faire les citoyens, seuls dépositaires de la légitimité démocratique, unique fondement du pouvoir chargé d'assurer le bien être de la Nation.

Derrière ce constat affligeant, on aurait pu logiquement penser que les Francs­Maçons œuvreraient pour que justice et égalité soient une réalité, au lieu de se laisser aller comme des non-éclairés dans le goût du pouvoir sans limites, le bien être matériel; l'ignorance de la population abandonnée à elle-même, l'affairisme, le culte du paraître, l'argent facile. Et ce ne sont pas les dons qui ressemblent à des aumônes distribués occasionnellement ici et là qui contribueront à l’idéal de justice et d'égalité prôné par la Franc­maçonnerie. Comment comprendre qu'on érige des statuts dont les fluides cabalistiques irradient la population dans leur rayonnement cosmique sans la moindre concertation, comme si l’initiateur de ces œuvres se croit-il maître- et possesseur de la ville de Bangui, allant jusqu'à passer des marchés de gré à gré au lieu de lancer un Appel d'offres publics!

C'est un truisme de dire que l'homme n'a qu'un intérêt égotique à ce que l'on le reconnaisse. Or son unique et véritable intérêt doit résider dans son propre dépassement. C'est là le travail essentiel d'un maçon: tailler sa pierre brute, polir sa pierre cubique, équerre, niveau et perpendiculaire, s'avèrent nécessaires avant de construire l'édifice.

Tant que l’intelligence du maçon poursuit la satisfaction de ses propres désirs, de ses propres intérêts, elle n'est que fragmentaire. L’intelligence maçonnique dépourvue d'égoïsme, perçoit les vérités qui coïncident avec l'humilité, laquelle permet l'appréhension d'abord, la compréhension ensuite, la réalisation finalement. Il est bien évident que tout ceci bouscule les désirs personnels, les intérêts matériels, les préjugés, mais n'est ce pas à cette évidence que le maçon voue sa vie.

La réflexion qu'on entend souvent est la suivante: «II ne faut pas rêver. Nous vivons dans un monde matériel et on doit faire face »

D’une part, cette réalité matérielle, cette société de consommation sert parfois d'alibi pour ne pas respecter l’intelligence maçonnique. D'autre part, est ce bien là une réflexion approfondie, intelligente, de la part d'un Maçon? De fait, nombre de maçons sont partagés entre l'aisance matérielle et le strict nécessaire. Un Franc­Maçon digne du Tablier qu’il arbore, ne peut être à la fois fils de lumière et matérialiste.

Mon intention n'est nullement de prendre les Francs-Maçons comme des boucs émissaires de cette tragédie ; mais ce sont eux qui dirigent aujourd'hui l’Etat. Et c'est bien pour cette raison que j'en appelle aujourd'hui à tous et à toutes, pour leur dire que notre pays est entrain de sombrer si ce n'est déjà fait et que la décomposition de ce beau pays pourrait commencer si nul ne se dresse face aux prévaricateurs.

La Franc-maçonnerie est le symbole vivant de la fraternité universelle et sans distinction de races, de tribus, d'ethnies, de religions, hors de tout parti politique. Elle a pour but principal et principiel, de donner la lumière, d'éclairer, d'extirper l’homme des ténèbres et de l’ignorance, de l'éveiller, de lui faire prendre conscience d’une loi qui prévaut sur toutes les autres: l'Amour. Il est pénible de voir cette loi bafouée par les Francs-Maçons dans notre pays qui se révèle ainsi profane. Cela devient insupportable quand la profanation s’immisce là où on a fait le serment de l’ôter. La solidarité peut elle résister devant l'injustice? Telle est la question que les Francs-Maçons doivent se poser Jans la situation actuelle. Je suis persuadé que 'nombreux sont les Francs-Maçons à se trouver cruellement blessés, meurtris à moins que la Franc-maçonnerie ne soit réduite qu'à une secte secrète, une chapelle réduite au mesquin symbole de clocher paroissial. Le fameux secret maçonnique ne confère-t-il pas une étiquette mystique donc de secte opposée à 1’universalité de l'esprit maçonnique et à l'humilité maçonnique dès lors où la Franc­maçonnerie est comprise non comme une secte mais une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l'humanité?

Ceci m'amène à dire que les Francs-Maçons sont utiles à la société. Ils le sont d'abord pour leur réflexion; ils seraient précieux s’ils influençaient positivement les puissants de la politique et de l'économie: Les Francs-Maçons, pendant leur initiation prêtent serment de venir en aide à tout franc maçon en danger de mort aux prix de leur vie et de ne jamais atteindre à la vie d'un autre franc maçon «frère ». Il préfère avoir la gorge tranchée que trahir cela, .. qui a donc trahi Charles Massi en l'assassinant? A l'une de mes questions, un ami franc maçon m'a répondu « il n'avait pas à prendre les armes ! Et le pardon ne fait-t-il pas partie des canons maçonniques? Cela pose aussi la problématique de la solidarité face' à l’intérêt de la nation. Le Fondateur de l'ordre du Temple, Bernard de Fontaines alias Saint Bernard disait: « il importe peu d'être jugé par ceux qui nomment Bien le Mal et Mal le Bien ». La vocation des francs maçons est de se rencontrer, de partager, de comparer leurs visions et leurs ambitions. Cette rencontre doit s'élargir à d'autres dans le cadre d'un club républicain pour réfléchir ensemble sur les problèmes de notre pays, car chacun a quelque chose de bon, de positif à offrir: «Je ne partage pas vos idées, mais je mettrai tout en œuvre pour vous permettre de l'exprimer librement », disait Voltaire. La Franc-maçonnerie semble n'avoir pas la capacité de réaliser cet idéal de liberté car personne ne peut et ne doit imposer le silence à celui qui pense, surtout quand il est en légitime défense de la justice et de la liberté.

Le premier principe, de la Franc­maçonnerie est de réunir les hommes appartenant à toutes les couches de la société pour les enrichir de leurs différences, les fondre dans l'unité de l'amour fraternel. Le but n'est pas de former une coterie comparable à ce qui existe dans certains 'milieux profanes où chaque grosse tête pistonne l'autre pour occuper des hautes fonctions dans l'appareil d'Etat, dans les entreprises, dans l’intelligentsia, où il croit détenir le monopole de la vérité, à copter pour des hautes fonctions politiques.

Il faudra que la Franc-maçonnerie centrafricaine retrouve l'universalité de la Franc­maçonnerie, puisque c'est une école de justice, d'humilité, de tolérance, de Pardon; une école d'humilité originelle. Il faudra qu'elle évolue vers une transformation supérieure, voire une véritable mutation en vivant en permanence dans son intérieur le rituel symbolique du passage sous le bandeau lors de l’initiation qui doit permettre à l'homme de renaître et devenir meilleur.

Malheureusement, les intimidations, les menaces de mort du pouvoir maçonnique actuel contre nous autres Penseurs de l'universel, de l'émancipation des hommes, de la liberté et de la justice, trahissent les valeurs de l’institution qui les accueillis et qui les protège. Dès lors, un choix s'impose: le choix entre trahir ou accomplir sa mission.

 

* L'auteur de cette réflexion est un philosophe centrafricain qui fut également longtemps  Ambassadeur de son Etat

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