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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 00:58




 

Par Tiburce Konamna au quartier Fouh à Bangui

En accédant démocratiquement au pouvoir en 1993 après deux scrutins des plus transparents qui soient en Centrafrique, Patassé avait suscité d’immenses espoirs de changement dans le sens du progrès pour le pays. Ingénieur agronome, son passage comme ministre de l’agriculture dans le gouvernement Bokassa avait permis au pays d’atteindre les niveaux records que la RCA n’ait jamais connus à ce jour dans la production cotonnière par exemple.  Devenu président de la République, on devait logiquement s’attendre à ce que le secteur agricole fasse d’autres exploits. Il n’en sera hélas rien. Très rapidement, tous les espoirs soulevés par l’élection de 1993 seront déçus. Les Centrafricains iront de cauchemars en cauchemars.

Patassé, un démagogue hors catégorie

Même si les nombreuses mutineries et autres rébellions qui ont, il est vrai, gravement nuit à sa gestion et mis le pays par terre, peuvent être évoquées à sa décharge, qu’a réellement fait Patassé pour le développement de son pays en presque deux mandats de président de la République ? Pratiquement rien. D’où la question de savoir : avec un tel bilan, pour quelles raisons veut-il encore briguer la magistrature suprême dans ce pays ? En presque dix années de pouvoir, pourquoi n’a-t-il rien pu faire de ce qu’il voudrait faire maintenant ? Pourtant, il n’était pas avare de projets agro-alimentaires et industriels, en foresterie, en pêcherie, en élevage, en pisciculture et autre élevage de crevettes, dans le domaine minier où il a passé le plus clair de son temps à dresser des cartes géologiques et minières de tout le territoire centrafricain pour le diamant, le pétrole, le coltan, etc…Aucun de ses projets n’a véritablement vu le jour ni connu le moindre début du commencement de réalisation. Il n’a jamais pu parvenir à donner à manger à leur faim aux Centrafricains. Pour un ingénieur agronome, c’est un échec sur toute la ligne. Mais aussi paradoxal que cela puisse être, plus il échouait, davantage il faisait encore rêver ses partisans et le pauvre bas peuple. En cela, il est un démagogue hors pair qui manie à la perfection l’art d’abuser de la naïveté des simples gens.

Une gestion scabreuse des affaires du pays

Ses deux mandats ont été émaillés de ténébreuses et sulfureuses affaires de corruption et aussi de trafics de tous genres avec une grande implication de son beau frère René Kofi Bondombossou dans les filières du diamant et autour de la commercialisation de produits pétroliers, notamment à travers l’affaire Zongo-Oil SICOTRANS avec le tristement célèbre Sani Yalo et surtout celle du don libyen de carburant offert par le colonel libyen lorsque le pays avait connu une grave et brutale pénurie de produits pétroliers vers la fin de son second mandat. Ces sombres affaires ont en effet mis en jeu de solides et mafieuses ramifications, tant à Bangui qu’à l’étranger, autour de personnages souvent très proches de lui qui en ont bien profité. Son cabinet était truffé d’une pléthore de conseillers dont la plupart étaient corrompus jusqu’à la moelle. C’était de notoriété publique que certains d’entre eux émargeaient littéralement chaque semaine et recevaient très régulièrement des enveloppes chez les commerçants libanais de la place.

Un affairisme effréné

Tout président de la République qu’il était, Patassé avait créé de nombreuses sociétés dont il était lui-même propriétaire et actionnaire. Un mélange de genres que la constitution centrafricaine qu’il a lui-même promulguée interdit mais dont il n’en avait rien à foutre. C’est ainsi qu’avaient éclos comme des champignons après la pluie, les fameuses sociétés comme Colombe-Mines pour le diamant, Colombe-Forêt pour le bois, en joint-venture avec des Chinois de Hong-Kong, Trans-Oil pour la commercialisation du carburant dont la gestion était confiée à certains de ses obscurs amis expatriés et ses propres enfants etc…Aujourd’hui, Bozizé ne fait pas autre choses que de marcher sur les plates bandes de Patassé. Il suffit de remplacer les noms de certains enfants de Patassé dans l’exploitation commerciale de certaines stations d’essence tant à Bangui qu’en province par les noms des enfants de Bozizé et le tour est joué. 

Une incapacité réelle à diriger un pays

S’il est vrai que Patassé a essuyé plusieurs tentatives de renversement qu’on pourrait mettre à sa décharge - constituées de mutineries dans l’armée, de coups d’Etat ratés, de rébellions - il n’en est pas moins vrai aussi que cet état de fait résulte d’une incompétence voire incapacité certaine de sa part à diriger un pays, qu’il le veuille ou non et n’en déplaise à ses partisans. A trois reprises au moins - la France l’a tiré d’affaire en mâtant plus ou moins directement les mutins avant d’ex-filtrer les principaux leaders - mais Patassé a toujours été incapable d’en tirer leçon pour mieux gérer les affaires du pays et de son pouvoir par la suite. Il a toujours trouvé des prétextes pour se brouiller avec les différents gouvernements de la France jusqu’à ce que Bozizé ait pu en tirer profit pour finir par le renverser définitivement à la faveur de son absence du pays pour prendre part à un sommet de la CEN-SAD à Niamey.

Les raisons de sa nouvelle candidature à la présidentielle de 2010

Avec un tel palmarès, on ne peut que s’interroger sincèrement sur la pertinence d’une nouvelle candidature de Patassé à l’élection présidentielle en 2010. Que peut-il apporter réellement à ce pays et à son peuple qu’il n’ait pu apporter durant les presque dix années de pouvoir au plus haut niveau qu’il a exercé ?  A-t-il des regrets ? Lesquels ? Quelles erreurs ou fautes est-il prêt à reconnaître ? A l’entendre, il n’aurait commis aucune faute pendant toutes ces années, même pas d’erreurs. Ce serait toujours les autres qui lui en veulent parce qu’il serait très populaire et qu’on fait tout pour l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle car sa victoire serait indiscutable.

Un homme bourré de contradictions

 Un seul exemple : Patassé doit être conscient au fond de lui-même qu’il est le principal témoin du procès du leader du MLC Jean-Pierre Bemba. Parfois il déclare qu’il est prêt à aller témoigner à la CPI mais pour autant, il n’apprécie pas qu’on puisse pointer du doigt ses responsabilités dans la venue en RCA des hordes du MLC dont les crimes et exactions font aujourd’hui l’objet des poursuites judiciaires contre Bemba devant la CPI. Le procès en préparation de Jean-Pierre Bemba doit être aussi celui de Patassé qui a fourni en quelque sorte l’arme du crime en commanditant la venue des troupes du MLC. Il prétend même que devant la CPI, c’est lui qui serait l’accusateur. On ne voit pas très bien par quel coup de baguette magique ni qui il va accuser mais seul lui sait comment. (à suivre…)

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion