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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 19:41

 

 

 

Me Zarambaud Assingambi 

 

 

            Depuis quelques jours, l’Ambassade et le Consulat de France sont l’objet de manifestations  agressives dont celle du 26 Décembre, avec jets de cailloux, escalade des murs d’enceinte, arrachage et profanation des drapeaux français,  bris des vitres, envahissement des locaux, destruction des matériels, dont les appareils photos pour les photos de visas, et ce en présence des militaires déployés sur les lieux mais curieusement demeurés impassibles. Sommes – nous devenus « l’Etat sauvage » comme nous insultait Georges CONCHON, qui aurait dû s’appeler COCHON, dans son roman qui avait honteusement obtenu le prix Goncourt ?

 

            Tout naturellement, ne serait – ce que pour assurer la sécurité du personnel, l’Ambassade et le Consulat de France ont été fermés, pour une durée apparemment indéterminée, comme ce fut le cas pour le Centre culturel français qui fut pillé et détruit par une foule en délire et ne revit plus le jour.

 

            Du coup, il n’est plus possible d’obtenir des visas pour la France, y compris pour des malades qui attendent une évacuation sanitaire dans ce pays. De leur côté, l’Ambassade des Etats Unis, devant laquelle des manifestations ont également eu lieu, a demandé à tous les Américains de quitter le Pays, et le système des Nations – Unies a décidé de l’évacuation de tout son personnel non essentiel. Les personnels expatriés des entreprises françaises sont déjà en cours d’évacuation et les voyageurs d’Air France ne savent pas à quel Saint se vouer.

 

            La délivrance à Bangui des visas américains, qui avait été suspendue après les précédents évènements militaro – politiques continuera sans doute à le demeurer pour plus longtemps et nous continuerons à aller à Brazzaville, à Ndjamena ou à Douala pour les obtenir. De même l’évacuation de tous Américains, du personnel non essentiel du système des Nations – Unies et des entreprises françaises  entraînera tout naturellement de nombreuses pertes d’emplois pour les Centrafricains. Les Français ont été instruits de se tenir prêts pour une éventuelle évacuation.

 

            Voulons – nous imiter les islamistes libyens partisans d’Al Qaïda qui ont envahi le Consulat des Etats – Unis à Bengazi et ont assassiné l’Ambassadeur des Etats – Unis qui s’y trouvait ?

 

            Comme la RCA est par excellence le Pays des paradoxes, sans parler des records négatifs, les manifestants n’ont pas craint de se contredire. En effet, ils ont proclamé « urbi et orbi » (à la ville et au monde), comme dirait Sa Sainteté le Pape, que leur but consiste à obtenir de la France qu’elle vole au secours de la République Centrafricaine, en application des Accords de Défense qui lient les deux Pays. Encore que ces Accords de Défense ne concernent que les cas d’agression par des forces étrangères, ce qui reste à prouver en l’espèce, vandaliser l’Ambassade de France est – il le moyen indiqué pour amener la France à voler au secours de notre Pays ? Ce moyen n’est – il pas plutôt contre productif ? Le Président François HOLLANDE vient d’asséner que les temps où la France protégeait les régimes sont définitivement révolus.

 

            Pourquoi préférons – nous faire la politique de l’Autruche, qui enfouit sa tête dans le sable en croyant ainsi conjurer un danger imminent, au lieu de réfléchir aux causes profondes de l’effondrement de l’Armée ? Quel moral peuvent bien avoir des militaires, dont de jeunes recrues, envoyés aux fronts avec en tout et pour tout la misérable somme de 10.000F en poche et un armement dérisoire ?

 

            Pourquoi ne réfléchissons – nous pas au fait que nous n’avons pas fait preuve de prévision (on dit que gouverner c’est prévoir) et avons attendu que les fonds du DDR soient épuisés pour entamer des démarches afin d’obtenir d’autres fonds, et pourquoi les propositions aux coalisés de SELEKA d’adhérer aux Accords de Libreville de 2008 n’ont été faites qu’en Novembre 2012 ?

 

            Pourquoi le Dialogue demandé par l’Opposition Démocratique depuis les élections de 2011, puis accepté par le Président de la République depuis le mois de Mai 2012 n’a – t – il jamais été mis en œuvre, malgré les nombreuses lettres de relance de l’Opposition Démocratique ?

 

            N’est – il pas contradictoire de brandir notre indépendance politique et notre souveraineté, en déclarant en être sourcilleux, tout en comptant sur les autres – notamment le Tchad et la France – pour les garantir ?

 

            Bien évidemment, il ne s’agit pas d’être partisan ou adversaire de la prise du Pouvoir par la force des armes, ni d’être partisan ou adversaire de la colonisation et du colonialisme, mais il ne s’agit que de rechercher le pourquoi et le comment du drame dont les populations civiles sont les acteurs involontaires.

 

            Une offensive de grande envergure comme celle lancée par SELEKA, au surplus depuis la lointaine ville de NDELE, et qui a abouti en moins d’une semaine à la prise des villes de OUADDA, SAM – OUANDJA, BAMINGUI, MBRES, BRIA, KABO, BATANGAFO, IPPY, NDASSIMA, BAMBARI et KAGA BANDORO, est forcément le résultat d’une longue préparation.

 

            Pourquoi cette préparation n’a – t – elle pas été perçue à temps ? A qui la faute ?

 

            Certes le Ministre des Affaires Etrangères a « regretté » les agressions contre l’Ambassade et le Consulat de France, mais force est de constater que les discours tant des Autorités Centrales que des Préfets, Sous – Préfets et du KNK sont la cause de ces agressions.

 

            En effet, dans ces discours, on accuse implicitement la France – voire le Tchad grâce à qui les rebelles n’ont pas pris Sibut et n’ont pas progressé vers Bangui – d’être le manipulateur des rebelles. En haut lieu, on qualifie le Président DEBY de pompier pyromane. De quel autre pays peut – il s’agir lorsqu’on soutient que c’est le même pays qui nous a empêchés d’exploiter les ressources de notre sous – sol depuis l’indépendance qui s’escrime à présent à nous empêcher de produire notre pétrole et notre ciment, afin de nous maintenir en esclavage, et surtout afin d’ empêcher le Président BOZIZE de nous sortir de la misère ? Quel autre pays nous a renvoyé l’ex – Empereur Jean – Bedel BOKASSA menotté ?

 

            A propos du pétrole, il faut rappeler que sa recherche avait débuté sous le régime MLPC – PATASSE, qui l’avait attribuée à la société américaine RSM PRODUCTION CORPORATION de Monsieur GRYNBERG ; cette recherche n’avait été interrompue que du fait de la tentative de Coup d’Etat du 28 Mai 2001 ; elle n’avait pas pu être reprise après le changement du 15 Mars 2003 parceque le Ministre d’Etat à l’énergie et aux mines Sylvain DOUTINGAÏ avait préféré l’attribuer à une nouvelle société, en l’occurrence une société chinoise, celle qui y procède actuellement, afin d’encaisser au passage un confortable bonus ; la société chinoise travaille sur la base des résultats obtenus par la société américaine.

 

            Sans reprocher quoi que ce soit à la société chinoise, on peut relever que si la société américaine avait été autorisée à reprendre ses activités en 2003, soit il y a près de 10 ans, il y a longtemps que notre pétrole aurait coulé et aurait allégé nos souffrances.

 

            Quant à l’uranium, son exploitation a commencé sous le régime DACKO, et n’a donc pas été initiée par le Président BOZIZE.

 

            Au micro en balade de radio Centrafrique, un manifestant a déclaré que « nos parents sont entrain de mourir à cause de l’Ambassade de France », et un autre a sommé cette Ambassade de quitter le Pays. Dans son discours incendiaire du 27 Décembre 2012 à la Place de la République, le Président de la République a enfoncé le clou, tout en accusant l’Opposition Démocratique d’être également le manipulateur de la rébellion, alors que l’Opposition Démocratique n’a jamais usé que de moyens pacifiques, a vainement demandé le dialogue, a été attaquée avec des cocktails molotov par les nervis du Pouvoir demeurés impunis lorsqu’elle a tenté d’organiser un meeting, et a condamné la prise du Pouvoir par les armes lorsque SELEKA a déclenché son offensive.

 

            Point n’est besoin de chercher des boucs émissaires, surtout centrafricains et encore moins dans l’Opposition Démocratique, la société civile ou les personnalités politiques indépendantes : les rebelles sont des adultes qui savent ce qu’ils font et déclarent en endosser seuls la responsabilité.

 

            Il est  pour le moins curieux que ce soit le Ministre de l’Administration du Territoire qui soit abandonné au créneau, en lieux et places du Ministre Délégué à la Défense et du tonitruant Ministre NGOUANDIKA, qui ne perdait aucune occasion pour éructer des insanités et des contre – vérités à la Radio et à la Télévision Centrafricaines.

 

            Il est vrai qu’après avoir asséné que modifier la Constitution pour rendre illimité le nombre de mandats présidentiels est « démocratique », il s’est auto – disqualifié pour porter la parole du Gouvernement, à présent que celui – ci affirme en le démentant ipso facto que le Président de la République n’a jamais eu l’intention de modifier la Constitution sur cette question et n’a jamais rien entrepris en ce sens. Du moins pour le moment, puisque le Président de la République a précisé que s’opposer à la modification du nombre de mandats présidentiels c’est baillonner le Peuple, lors de son meeting de la Place de la République.

 

            Il est vrai qu’après sa rencontre avec le Président BONI YAYI, il a clarifié sa position et a déclaré sans ambages qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle de 2016, mais certains n’ont pas oublié qu’il avait pris le même engagement à Libreville, ce qui ne l’avait pas empêché pour autant d’être candidat à l’élection présidentielle de 2005. On croise les doigts pour qu’il n’en soit pas de même en 2016.

 

            N’oublions jamais que les déclarations irresponsables peuvent tuer, comme les déclarations irresponsables de Radio Mille Colline entraînèrent le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994.

 

            Que dire des déclarations d’un Pasteur sur les antennes d’une Radio, dénonçant les pays qui veulent nous maintenir en esclavage et appelant carrément à la guérilla urbaine, au moment où il apparaît à toute personne raisonnable que la seule solution est le cessez – le – feu et le dialogue ? Avions – nous déclenché une guérilla urbaine lorsque les rebelles du Général BOZIZE étaient entrés dans Bangui le 15 Mars 2003 ? Ce Pasteur et les individus ayant déjà largement dépassé la trentaine mais qui refusent de quitter la catégorie des jeunes dont ils ont usurpé la direction et qui veulent envoyer les jeunes à la boucherie gagneraient à apprendre que deux généraux ont mis leurs familles à l’abri dans d’autres quartiers que les leurs. Leurs jeunes enfants ne participeraient donc pas à une éventuelle guérilla urbaine. Ils gagneraient aussi à se préoccuper de la situation du Chef d’Etat – Major des FACA.

 

            D’ailleurs, parler de guérilla urbaine dans Bangui, c’est reconnaître implicitement que les FACA n’arriveront pas à stopper l’avancée des rebelles et que ceux – ci arriveront à Bangui. Si les FACA ne le peuvent pas, comment des jeunes sans armes le pourront – ils ?

 

            Une guérilla urbaine, jeunes mains nues contre rebelles lourdement armés, pot de terre contre pot de fer, ne pourra aboutir qu’à une inutile boucherie et à des destructions massives du peu d’entreprises qui nous reste.

 

            Alors, sachons raison garder et dialoguons pendant qu’il est encore temps.

      Maître ZARAMBAUD Assingambi

 

Bangui, le 31 Décembre 2012

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