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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 22:24




21 Novembre 2009 Par Blandine Flipo Mediapart

 

Bruno Ben Moubamba comptait bien marquer le coup. Devant l'Elysée et quelques journalistes, ainsi qu'un nombre largement plus conséquent de policiers, cet opposant gabonais a voulu dénoncer l'audience accordée par Nicolas Sarkozy au président du Gabon, Ali Bongo, ce vendredi 20 novembre. Dans sa déclaration, destinée au chef de l'Etat français, il s'interroge: «Ainsi donc, monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République française, vous qui aviez promis en 2007 d'en finir avec la "Françafrique", vous avez choisi de recevoir aujourd'hui Monsieur Ali Bongo Ondimba à l'Elysée (...) Nous nous étonnons que la France, malgré les soupçons de collusion, qui pesaient déjà contre son gouvernement, quant au soutien qu'elle aurait apporté à M. Ali Bongo, pour son coup de force électoral, reçoive ce dernier sans explication.»

 Collusion, Françafrique, comme bon nombre d'opposants gabonais avant lui, Bruno Ben Moubamba ne mâche pas ses mots. Devant l'Elysée, il n'hésite pas à préciser sa pensée: «Ce sont les hommes de l'ombre, comme Robert Bourgi, qui ont programmé ce coup d'Etat au Gabon pour servir les intérêts privés des compagnies françaises.» Cette accusation n'est pas nouvelle, ni dénuée de fondements. Robert Bourgi a bel et bien déclaré, peu de temps avant la présidentielle controversée gabonaise, que la France appréciait le candidat Ali Bongo. L'Elysée lui a ensuite intimé de garder le silence, silence qu'il observe scrupuleusement depuis.

 La proximité avec le fils d'Omar Bongo ne s'est pas démentie. Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat à la francophonie, qui a succédé à Jean-Marie Bockel dont le défunt président gabonais avait obtenu la tête, s'est rendu à Libreville pour l'intronisation de l'héritier. «Vous vous rendez compte que la France est le premier pays démocratique à recevoir Ali Bongo ? Ce n'est pas digne de la patrie des droits de l'homme», dénonce Bruno Ben Moubamba. En réalité, le président gabonais a fait une petite escapade à Londres avant de se rendre à Paris. Le symbole reste fort, et la visite, contrairement à la Grande-Bretagne, est officielle.

 Plus problématique encore que la proximité politique, les opposants gabonais dénoncent la collusion du fait des intérêts privés. «La famille Bongo est présente dans la compagnie Total et le conseil d'admistration de Bolloré, les liens sont très clairs!», ajoute Bruno Ben Moubamba. Vincent Bolloré, qui connaît des déboires économiques au niveau de sa filière portuaire, a en effet plus que jamais besoin de la gestion de ses ports en Afrique. Mediapart avait déjà relaté ses différentes manœuvres mises en place pour garder sa place chaude au Gabon, au Cameroun ou en Guinée-Equatoriale. Trois pays dont les chefs d'Etat ont été impliqués dans l'affaire des biens mal acquis, désormais en attente de décision à la Cour de cassation.

Les crocodiles ont la peau dure

 Au-delà de la colère légitime des opposants gabonais, la visite d'Ali Bongo interroge. Au début de son mandat, Nicolas Sarkozy avait semblé tenir un discours contradictoire, entre permanence des vieux réflexes et ouverture. La nomination de Bruno Joubert, un ancien du Quai d'Orsay, à la tête de la cellule Afrique de l'Elysée, avait d'abord réjoui les pourfendeurs de la Françafrique. Ces derniers avaient été refroidis par l'éviction de Jean-Marie Bockel, et surtout par le discours de Dakar, jugé très “colonialiste”.

 Mais ils ne perdaient pas espoir d'un changement, Nicolas Sarkozy se montrant peu intéressé par les affaires africaines. Le président a vite laissé à Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, le soin de jouer les “marabouts blancs”. Guéant s'est pris au jeu: Robert Bourgi, ancien vieux routier de la Françafrique, ne tarissait pas d'éloges à l'égard de celui qu'il appelle le «nouveau Foccart». Les sorties bruyantes du susnommé ont amené plusieurs analystes à suggérer qu'il était devenu hors du coup. Parallèlement, on a beaucoup vu un certain Patrick Balkany cherchant à placer ses compétences dans des tractations industrielles franco-africaines (lire notre article).

 Mais les vieux crocodiles ont de la ressource, surtout quand on leur offre un boulevard.  Fin août, Bruno Joubert apprend sa promotion vers Rabat pour 2010. L'équilibre entre les tenants de l'“ouverture” et les anciens s'est donc modifié. Robert Bourgi est redevenu muet, pas seulement pour des raisons diplomatiques. Les vieux réflexes sont de retour: en ce qui concerne l'Afrique, la transparence n'est plus de mise. La diplomatie française a brillé par son silence lors des massacres en Guinée Conakry. Et ce, alors même qu'Alain Joyandet, encore lui, était présent sur le sol guinéen quelques semaines avant le drame. Cet attentisme nourrit un fort ressentiment contre la France dans les ex-colonies de l'Afrique de l'Ouest, comme le constate le New York Times, dans son édition du 12 novembre. «Si cela continue comme ça, la France va tellement se décrédibiliser qu'elle va céder sa place aux Chinois», menace Bruno Ben Moubamba.

 Les questions économiques expliquent au contraire le comportement français. Le 5 novembre dernier, Ali Bongo a déclaré dans un bref communiqué que le Gabon allait interdire l'exportation de son bois à partir de 2010. Cette nouvelle a affolé la filière française, dont un des fleurons, Rougerie, possède de grandes exploitations dans le pays. Le Gabon possède une des dernières plus grandes réserves de forêts primaires au monde. Après le pétrole, dont l'exploitation est sur le déclin, l'exploitation forestière est une des plus importantes sources de devises pour le pays. Ali Bongo a justifié sa décision par sa volonté de lutter contre le chômage, et de transformer le bois sur place, afin d'en récupérer la plus-value. Le calcul politique du contesté fils Bongo est simple: il cherche une légitimité, et à trancher avec les réflexes de rente de son père.

Un choix tactique

 Le président gabonais est venu discuter du sommet de Copenhague avec le président français. D'un point de vue aussi bien écologique que diplomatique, cette limitation de l'exploitation forestière d'un pays ami ne pourrait pas mieux tomber pour les Français. Mais du côté des industriels, cette décision passe mal. Nicolas Sarkozy se retrouve donc pris entre deux intérêts contradictoires: offrir un soutien au président mal élu gabonais, quitte à froisser les opinions publiques, ou bien ouvrir le dialogue pour ne pas perdre la main, bien que cette main s'accompagne d'une attaque en bonne et due forme contre des intérêts français.

 La France a choisi, Nicolas Sarkozy accueille Ali Bongo. Quant à savoir ce qu'ils se diront, encore une fois, rien ne filtrera. Si le temps où l'Afrique était un pré carré conquis de la France semble révolu, les hommes et les réflexes de la Françafrique, eux, tiennent toujours bon.

 

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