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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 17:03

 

 

Bendounga blessé

 

blessures crâne Bendounga

 

 


(Le Pays 27/10/2010)


Le pouvoir en Afrique est, selon toute vraisemblance, l’incarnation d’une monarchie de droit divin. En effet, certains chefs d’Etat africains ou du moins certains monarques africains aiment mieux être traités avec délicatesse, tant ils ne supportent guère la contradiction. Tel le grand timonier, ils veulent, en véritables potentats, paraître pour des anges ou des démiurges.

 

"Il semble que la nature, disait La Rochefoucauld, qui a si sagement disposé les organes sur notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l’orgueil de dissimuler nos imperfections". S’opposer ou critiquer la vision d’un chef d’Etat en Afrique équivaut à un crime de lèse-majesté. Au lieu de citoyens conscients de leurs droits et devoirs, les chefs d’Etat africains veulent des sujets ou des encenseurs. "Vanité des vanités, tout est vanité", disait l’Ecclésiaste. Comment comprendre que l’Afrique, en dépit de ses vingt ans d’expérience démocratique, soit toujours le théâtre de tant de scènes barbares et inhumaines ?

Même les principes fondamentaux de la démocratie, telle la liberté d’expression et l’alternance politique, demeurent encore une véritable chimère. Champions dans la mal gouvernance, des dirigeants s’illustrent dans les délits de tous genres : détournements de deniers publics, crimes politiques, mascarades électorales, et que savons-nous encore ? Et malgré tout, on parle encore de démocratie. Quelle démocratie ? Peut-être la démocratie monarchique ou la monarchie démocratique. Un syncrétisme idéologique bien singulier aux dirigeants africains.

Rien que le 29 septembre dernier, le trentenaire congolais Armand Tungulu, pour avoir lapidé le cortège du président Joseph Kabila, a été, séance tenante, arrêté par des soldats de la garde présidentielle. Et quelques jours plus tard, on apprenait, par un communiqué, sa mort "par suicide". Un argument piteux, révoltant et invraisemblable qui ressemble à une insulte à l’intelligence des Congolais. Armand Tungulu, toute raison gardée, aurait payé le prix fort pour avoir commis un crime de lèse-majesté. En manifestant visiblement sa désaffection pour le régime Kabila, le pauvre Tungulu n’a pas su qu’il portait atteinte à une dignité seigneuriale qui pouvait lui coûter la vie.

Le 19 octobre dernier, l’opposant centrafricain Joseph Bendounga, alors que le président de la République, François Bozizé conférait avec les forces vives de la nation, en présence de la communauté internationale, pour avoir demandé avec insistance la parole, a été "rossé par la garde présidentielle". Couvert de sang avec sa chemise déchirée, il aurait quitté le palais de la Renaissance à pieds, pour rejoindre, sous l’escorte d’une foule curieuse indignée, son domicile. Qui mieux que Bozizé connaît ce que vaut le martyre ? Lui qui en a longtemps souffert. Pourquoi donc clouer au pilori un homme politique au point de l’humilier ? Sans doute s’achemine-t-on vers un nouvel empire centrafricain sous Bozizé 1er.

Tout régime démocratique se caractérise par des courants politiques pluriels. Et la politique est faite d’idées. Autant dire aux chefs d’Etat africains qui ne supportent pas la contradiction, de renoncer à la politique. La meilleure façon, dans un Etat de droit, de sanctionner un citoyen qu’on juge fautif, est de le traduire en justice et non de le livrer à la vindicte de ces gardes présidentielles qui ne jurent que par leur maître et se croient au-dessus de la loi. Certaines gardes présidentielles en Afrique ressemblent à des milices ou à des escadrons de la mort, tant elles excellent dans les violations des droits de l’Homme. Elles s’arrogent souvent le droit, pour une raison ou pour une autre, d’ôter impunément la vie à certains citoyens.

Leur proximité avec les chefs d’Etat ne les met pas au-dessus du citoyen lambda et ne leur garantit guère le droit de vie ou de mort sur ce dernier. Il revient aux militants des droits de l’Homme de le leur apprendre, si tant est qu’ils l’ignorent encore. Un chef d’Etat est avant tout un citoyen. "Que les peuples seront rois quand les rois seront philosophes !" s’exclamait si judicieusement l’empereur Antonin.


Boundi OUOBA

© Copyright Le Pays

 

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