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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 14:32

 

 

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 1990 : l'utopie de la démocratie dans les ex-colonies

 

En 1990, à la Baule, François Mitterrand lie démocratie et développement devant les chefs d'Etats africains. Mais pour les anciennes colonies françaises, la partie est loin d'être gagnée.

 

"Il nous faut parler de démocratie", lance le président français François Mitterrand lors du 16e sommet France-Afrique de la Baule, en juin 1990. A cette date, le sujet n'est pourtant pas nouveau. La bataille pour l'indépendance était déjà justifiée par l'absence de démocratie. En 1960, lorsque quatorze colonies s'affranchissent du joug de la France , une nouvelle ère d'espoir semble s'ouvrir. Très vite pourtant, l'enthousiasme retombe.

 

Le parti unique, prôné par les nouveaux chefs d'Etats africains, devient la norme. Le système évitant, selon eux, les luttes ethniques et tribales.

Les révisions constitutionnelles sont en outre l'occasion, pour les chefs d'Etats, de renforcer leur pouvoir personnel.

Au Sénégal, le président Léopold Sedar Senghor fait emprisonner son Premier ministre pour tentative de coup d'Etat. Par référendum, la Constitution est modifiée en 1963. Le régime présidentiel est instauré et le poste de Premier ministre supprimé.

En Côte d'Ivoire, Félix Houphouët fait rédiger une nouvelle Constitution qui établit un exécutif puissant. Les députés sont désignés directement par lui.

En Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa va même jusqu'à s'autoproclamer "empereur". Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), voit dans la toute puissance de ces chefs d'Etats "une réinterprétation du pouvoir africain qui appartient à une seule personne, un ancien, qui le garde jusqu'à sa disparition". 

 

Prime à la démocratisation

 

A la fin des années 80, la situation économique et sociale de bon nombre d'Etats africains est dégradée.

 Ce qui conduit François Mitterrand à lier, dans son discours de 1990, démocratie et développement. La France, par la voix de son président, annonce que "l'aide sera plus tiède envers ceux qui se comporteraient de façon autoritaire, et plus enthousiaste envers ceux qui franchiront, avec courage, ce pas vers la démocratisation".

 

François Mitterrand se fait le chantre du multipartisme. "C'est le chemin de la liberté sur lequel vous avancerez en même temps que vous avancerez sur le chemin du développement. On pourrait d'ailleurs inverser la formule : c'est en prenant la route du développement que vous serez engagés sur la route de la démocratie", déclare-t-il.

 

Les anciennes colonies semblent alors s'engager pour une meilleure gouvernance.

Un scrutin libre se tient au Mali. En République centrafricaine, les premières élections multipartites se déroulent en 1993 et Ange-Félix Patassé est élu président de la République, mettant fin au long règne d'André Kolingba. La même année, un régime parlementaire est instauré à Madagascar.

 

Les différents partis politiques se réunissent lors de conférences nationales au Bénin, au Congo-Brazzaville et au Niger. Pourtant, la multiplicité des partis politiques ne fait pas tout. "Le multipartisme n'est pas forcément un mieux démocratique quand il est basé sur des corporatismes", souligne Philippe Hugon.

 

 Entre crises et guerre civile

 

Après ce bref sursaut démocratique, les Etats s'enfoncent dans l'instabilité et la violence. Le Congo-Brazzaville tente bien de renouer avec le multipartisme, et une nouvelle Constitution est adoptée après un soulèvement en 1990. Mais trois guerres civiles successives ravagent le pays (1993,1997 et 1998-1999). Au départ, les partisans du président Pascal Lissouba et ceux du maire de la capitale, Bernard Kolela, s'affrontent. Ensuite, les deux groupes s'allient contre les partisans de l'ancien président Denis Sassou-Nguesso. Celui-ci gagne la guerre civile. Son adversaire, le président démocratiquement élu, Pascal Lissouba, fuit le pays.

 

En 1999, la Côte d'Ivoire entre elle aussi en crise. Le 24 décembre, le général Gueï arrive au pouvoir après un coup d'Etat. Une révolte armée s'en suit en septembre 2002. Des soldats du Burkina Faso tentent de s'emparer des villes d'Abidjan, Bouaké et Korhogo.

 

Les rebelles, qui se baptisent "Forces Nouvelles", occupent peu à peu le nord. Le pays est coupé en deux zones distinctes : le sud est tenu par les Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire et le nord est dirigé par les Forces Armées des Forces Nouvelles.

 En Mauritanie, le président Sidi Cheikh Abdallahi est arrêté après le coup d'État militaire du 6 août 2008, mené par le général Abdel Aziz.

 

A Madagascar, en 2009, Andry Rajoelina, maire de la capitale Antananarivo confisque le pouvoir à Marc Ravalomanana. Le pays est secoué par de violentes émeutes et manifestations.

Selon Philippe Hugon, "ces conflits s'expliquent par la non-légitimité du pouvoir en place, qui ne redistribue pas les rentes". "Les guerres civiles éclatent quand des groupes n'ont pas accès au foncier", souligne-t-il.

 

Le nombre de mandats en question

 

La remise en cause de la limitation du nombre de mandats est fréquente.

 

Au Cameroun, la Constitution de 1996 stipule que le président ne peut cumuler que deux mandats. Mais l’Assemblée nationale supprime toute limitation du nombre de mandats en 2008, permettant ainsi au président Paul Biya de se représenter en 2011.

 

Au Gabon, la Constitution est changée en 2003, laissant le champ libre au président Omar Bongo, qui a pu être réélu en 2005.

 

 Au Niger, la Constitution de 1999 limite le nombre de mandats présidentiels à deux quinquennats consécutifs et ne peut "faire l'objet d'aucune révision". Après un référendum le 4 août 2009, le président Mamadou Tandja acquiert la possibilité de prolonger son deuxième mandat de trois ans, puis de se représenter autant de fois qu’il le souhaite.

 

Au Tchad, la Constitution de 1996 est modifiée en 2005 pour supprimer la limitation du nombre de mandats. Idriss Deby se représente donc pour la troisième fois en 2006, et est réélu.

 

Au Togo, la limitation des mandats est supprimée en 2002, pour permettre à Gnassingbé Eyadama d’accomplir un troisième mandat.

 

 Transmission familiale du pouvoir

 

 

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Autre frein à la démocratie : la transmission familiale du pouvoir.

 

Après le décès en 2005 du président togolais Gnassingbé Eyadema, l’armée installe son fils Faure Gnassingbé au pouvoir. En 2009, Omar Bongo décède, après avoir dirigé pendant 42 ans le Gabon. Ali Bongo, son fils, lui succède après l'élection présidentielle du 30 août 2009. Une élection contestée.

 

Des instances tentent pourtant de réaffirmer les principes démocratiques. Les quinze pays appartenant à la Communauté économique de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont adopté un protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance. La CEDEAO a suspendu le Niger en octobre 2009 pour punir le président Tandja, qui a maintenu des élections législatives boycottées par l'opposition. De même, l’Organisation internationale de la Francophonie a suspendu la Mauritanie, après le coup d’État du général Abdelaziz.

 

 Ces décisions restent toutefois minoritaires.

 

"Système représentatif, élections libres, multipartisme" : le "schéma tout prêt" que proposait François Mitterrand aux Africains n'a décidément pas fait école.

 

 

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