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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 11:08

 

 

 

Olivier Gabirault au DPI

                    

Indépendamment de l’article de Monsieur Jean Pierre OMBOLO intitulé «CRISE DIPLOMATIQUE : LE PRESIDENT DE LA CEMAC EN EXIL FORCE » paru dans Centrafrique-presse du 26 mars 2012, beaucoup de personnes se posent des questions sur le refus du gouvernement centrafricain, notifié dans l’avion à l’aéroport de BANGUI à Monsieur Antoine NTSIMI, Président de la Commission de la CEMAC, empêché d’en descendre à son retour de mission au siège de l’institution. Certains se demandent si cela est une forme de déclaration de « persona non grata ».                                                                                                     

Sans entrer dans le fond du litige vraisemblablement à l’origine de cette situation que les Chefs d’Etat de la CEMAC pourraient certainement trancher, il me parait néanmoins nécessaire de rappeler les moyens qui auraient pu être utilisés (s’ils ne l’ont vraiment  pas été), pour régler sans remous diplomatiques ce qui est reproché à Monsieur NTSIMI,  à savoir « immixtion manifeste dans les affaires intérieures centrafricaines ». En effet, Monsieur Antoine TSIMI, à la fois représentant permanent du Cameroun au sein de la CEMAC et Président de la Commission de cette institution a manqué très clairement d’égards à la République Centrafricaine et à son Président dans des échanges de presse, en dépit des devoirs de réserve que doit observer un diplomate, de surcroit vis-à-vis de l’Etat du siège ainsi que de ses autorités.

                                                                                                           

Cette infraction manifeste à la loi pénale centrafricaine par une personne qui bénéficie de privilèges et immunités, de surcroit de juridiction, aurait du être traitée :                                                                         

                                                                                                                                                                        2° Soit au niveau des Chefs d’Etats membres de la CEMAC (solution politique) ;

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        3° Soit tout simplement par l’application de la convention de Vienne du 14 mars 1975, sur les relations entre les Etats et les organisations internationales.                                                             

Ces divers moyens auraient eu  l’avantage d’éviter des remous diplomatiques inutiles entre le Cameroun et la République Centrafricaine deux pays entretenant des liens séculaires de fraternité. Pour ne parler que de la convention de Vienne de 1975,                                                                                                                                         qui réglemente les rapports entre les Etats et les organisations internationales, convention à laquelle le Cameroun a adhéré le 23 mars 1984 (sans réserves) et  Monsieur Antoine NTSIMI étant accusé « d’immixtion dans les affaires intérieures centrafricaines », l’art 77 de cette convention dispose : «  En cas d’infraction grave et manifeste à la législation pénale de l’Etat hôte par une personne bénéficiant de l’immunité de juridiction, l’Etat d’envoi, à moins qu’il ne renonce à cette immunité, rappelle la personne en cause, met fin aux fonctions qu’elle exerce à la mission, à la délégation ou à la délégation d’observation, ou en assure le départ, selon le cas. L’Etat d’envoi fait de même en cas d’immixtion grave et manifeste dans les affaires intérieures de l’Etat hôte ».

                                                                                                                         

Tout d’abord il n’existe pas dans le cadre des organisations internationales (diplomatie multilatérale), de procédure de déclaration de «  persona non grata » comme dans la diplomatie classique(bilatérale). En effet, bien que les activités d’un représentant d’une mission permanente s’exercent au sein d’une organisation internationale ayant son siège sur le territoire d’un Etat donné, celui-ci n’est pas accrédité auprès de cet Etat mais envoyé auprès  de l’organisation. L’ absence de la procédure de « déclaration de persona non grata » par l’Etat du siège dune organisation internationale, dans le cas d’espèce la République Centrafricaine qui abrite la CEMAC,  est la base de l’obligation pour l’Etat d’envoi, c'est-à-dire le Cameroun,  de rappeler son représentant dans les circonstances prévues à l’alinéa 2, c'est-à-dire «  en cas d’infraction grave et manifeste à la législation pénale ou d’immixtion grave et manifeste dans les affaires intérieures de l’Etat hôte ».                                                                                                                     

En clair, du fait  que la convention de Vienne de 1975 ne permet pas à la République Centrafricaine de déclarer Monsieur Antoine NTSIMI « persona non grata », le Cameroun, Etat d’envoi de l’intéressé auprès de la CEMAC, institution située sur le territoire  centrafricain a, conformément aux termes de l’alinéa 2 de l’art 77 de cette convention, au moins deux possibilités pour s’acquitter de ses obligations, à savoir :

                                                                                                                                                                        1° Mettre fin aux fonctions de Monsieur Antoine NTSIMI ;  

                                                                         

2° Assurer son départ de l’Etat hôte, c'est-à-dire de la République centrafricaine ;                            Il convient de préciser qu’il s’agit là de la procédure normale, c'est-à-dire au cas où il n’y aurait pas de divergence d’appréciation du litige ou de qualification des faits entre les deux Etats.  En cas de divergence, des consultations sont prévues conformément aux articles 84 et 85, à l’issue desquelles, ou bien l’Etat hôte peut être convaincu que la personne en cause doit être rappelée, ou bien l’Etat hôte peut être convaincu que l’acte n’était pas de nature à exiger son rappel.

                                                                                                                                                                                                                                                                                          Au cas où il n’y aurait pas de solution au différend à la suite des consultations visées à l’art 84 dans un délai d’un mois à compter de la date où elles ont été entreprises, et  conformément à l’art 85 de la convention de Vienne de 1975, chacune des parties peut le soumettre à une commission de conciliation ou par tout autre accord bilatéral ou multilatéral en vigueur entre les parties. (Il en existe certainement entre le Cameroun et la République Centrafricaine). Bref toutes ces procédures et étapes auraient eu l’avantage de protéger les intérêts de l’Etat hôte et de l’Etat d’envoi. Elles  peuvent certes ne pas  être satisfaisantes et efficaces, du fait que l’obligation  de l’Etat d’envoi de rappeler son représentant dépend de son bon vouloir et de la qualification qu’il donne à l’infraction.

                                                                                                                                                                       Du fait de l’absence de la procédure de déclaration de « persona non grata » et pour éviter une impasse, la convention prévoit également le cas où le bien fondé d’une demande de rappel formulée par l’Etat hôte peut être contesté par l’Etat d’envoi.                                           

Dans ce cas, et seulement dans ce cas, la clause prévue au paragraphe 4 de cette même disposition s’applique. Elle stipule : «  Aucune disposition du présent article ne saurait être interprétée comme interdisant à l’Etat hôte de prendre les mesures qui sont nécessaires à sa propre protection. Dans ce cas, l’Etat hôte, sans préjudice des articles 84 et 85, consulte de manière appropriée l’Etat d’envoi en vue d’éviter que ces mesures ne portent atteinte au fonctionnement normal de la mission ».                                                                                                                                         

Bien que la nature de ces mesures ne soit pas définie, la faculté ainsi reconnue à l’Etat hôte n’est pas sans intérêt car les différentes procédures prévues par cette convention sont certes dans l’intérêt des deux Etats, s’ils les appliquent, mais dans le cas contraire, on voit mal un Etat souverain rester les bras croisés face à un cas d’atteinte grave à son honneur, à sa dignité par un diplomate ou fonctionnaire international du fait de sa protection par une immunité de juridiction.

 

Paris le 26 mars 2012

E.O.GABIRAULT

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