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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 16:23




 

Ouest France samedi 10 octobre 2009

Marie-Reine Hassen a été l'une des nombreuses épouses de cet empereur de la démesure, mariée sans avoir son mot à dire. Revanche d'une femme ? Aujourd'hui ministre, Marie-Reine Hassen briguera la présidence de la République centrafricaine, l'an prochain. Et confie cet épisode, qu'elle a longtemps voulu oublier.

Clément Hassen, mon père, était Français et administrateur de la France d'Outremer. Il a été envoyé en Centrafrique, comme beaucoup d'autres, pour encadrer les nouveaux pays d'Afrique. Il est devenu un ami proche de David Dacko, le futur président, qui en a fait son conseiller. Jean Bedel Bokassa, qui était un cousin de Dacko, était jaloux de cette relation. Il a eu sa revanche en 1965 : il a renversé Dacko et fait emprisonner mon père à Ngaragba.

La première fois que j'ai vu Bokassa, c'était à Bangui, la capitale, lors d'une sorte de festival de théâtre dans l'école où j'étais. Il a demandé à savoir qui étaient les enfants de Clément Hassen. J'avais une haine pour lui. Il nous avait privés de notre père. À ce moment-là, mon père avait été libéré et s'était réfugié en France. Nous, sa famille, on était sous le coup d'une interdiction de sortie de territoire.

La seconde fois que j'ai rencontré Bokassa, je travaillais dans une banque durant les vacances. Quelqu'un est venu me dire : « Papa veut te voir. » Je pensais à mon père. Mais c'était Bokassa. À Bangui, tout le monde l'appelait comme ça.

Une voiture m'a emmenée au palais. Bokassa lui-même est venu m'accueillir. Il m'a pris par la main et m'a emmené dans un appartement. Il s'est assis sur un lit et m'a parlé longuement de lui, de mon père, de leur prétendue amitié... Puis il a pris un collier de perles qu'il m'a remis. J'avais 14 ans, je n'ai pas percuté. Mais ma mère elle, elle a compris tout de suite...

Elle a décidé qu'on allait fuir. Mais nous avons vite été arrêtés et conduits à la prison de Ngaragba. Nous y sommes restés deux ans. Maman et moi chez les femmes ; mes frères, des gamins, chez les hommes.

Deux années ont passé. Jusqu'à ce qu'une nuit, on vienne appeler « Mlle Hassen ». Rebelote, on m'a emmené au palais. De la geôle à ce qui allait être une autre prison, dorée cette fois. Bokassa lui-même m'a fait couler un bain, m'a lavé... C'est ce jour où j'ai perdu ma virginité. J'étais son otage. Une semaine plus tard, les miens étaient libérés et on organisait mon mariage. Je devenais la femme de mon tortionnaire, de celui qui avait saccagé notre famille... C'était clairement une vengeance vis-à-vis de mon père. Il avait sa fille ; sa fille dans ses draps. Une manière de lui dire : « J'ai une partie de toi ».

« Quatre années de vide derrière moi »

Durant deux ans, je suis restée ainsi la petite prisonnière de l'aile gauche du palais de la Renaissance. Je ne sortais jamais et n'avais pas le regard politique que j'ai aujourd'hui. D'ailleurs, je ne savais rien de ce qui se passait. J'étais interdite de lectures. Je n'avais rien à faire. Juste un petit jardin à entretenir. Mon seul objectif était de ne pas tomber enceinte. J'avais trouvé un moyen d'obtenir la pilule. Je ne savais même pas comment ça marchait. Je la prenais n'importe comment. À force, je pensais être devenue stérile.

J'ai tenté de me suicider. De fuir, plus d'une fois. J'ai aussi simulé la folie. On m'a alors exilée à la villa de Marbre, hors de la capitale. Bokassa a fini par me remettre à mes oncles qui m'ont éloignée à Paris où j'ai rejoint mon père. J'ai étudié à l'université d'Assas. J'ai dû cravacher dur. J'avais quatre années de vide derrière moi.

Bokassa était alors encore dans sa période de splendeur. Jusqu'à ce que l'histoire ne se refasse à rebours. En 1979, il est renversé après l'opération Barracuda. C'est le retour de Dacko. Mon père redevient son secrétaire général, lui à Bangui et nous en France.

L'Afrique, je n'aurais pas pensé y retourner. Pas plus à la politique, mais les hasards de la vie m'y ont ramenée. Après un long épisode aux États-Unis, je me suis retrouvée ambassadeur de la Centrafrique au Sénégal en 2003. En 2006, je suis revenue au pays avec l'avantage de trois cultures : africaine comme « yakoma » - « la tribu des mangeurs de poissons » - une culture européenne et une bonne connaissance des États-Unis.

Le président Bozizé m'a confié le ministère de la Coopération internationale. Depuis 2008, je suis chargée du développement régional. Je suis une femme dans un pays misogyne qui ne compte que quatre femmes dans son gouvernement, mais je crois à une femme présidente. Comme au Liberia, avec Ellen Johnson Sirleaf. Le Liberia, pays diamantaire et chaotique, comme nous, a eu le courage de remettre tout à plat. Il faut faire pareil en Centrafrique. Le pays est en train de mourir entre le sida, le paludisme, la paupérisation, la corruption, les bandes rebelles... Il faut ramener l'ordre dans ce pays pour protéger la population. C'est moi, une femme, qui le dit et veut le faire. 

Recueilli par Véronique ESCOLANO


NDLR : Comme on le dit : "Lorsque le calife est insignifiant, nombreux sont les vizirs qui prétendent au trône". La mauvaise gouvernance chronique de Bozizé à la tête de ce pays entraîne forcément une prolifération de candidats aux prochaines présidentielles si tant est qu'elles puissent avoir lieu. Mais il ne faut pas se méprendre. La multiplication d'ambitions présidentielles ne peut que faire les affaires de Bozizé qui se pourlèche les babines et se prépare à rempiler. Il faut que tout le monde en soit conscient, à moins que ce ne soit Bozizé qui suscite certaines de ces canditatures farfelues pour diviser l'opposition. Les prétentions et ambitions de cette ancienne victime de Bokassa sont certes louables mais réussira -t-elle à vaincre la mysogynie ambiante de ce pays qu'elle dénonce elle - même ? Il est permis d'en douter.

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