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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 04:14

 

 

Ndjadder-en-treillis.JPG

 

 

 Lettre à Mon Père

 

Papa bonjour,

 

29 mai 2001, 29 Mai 2010, voilà neuf ans aujourd’hui que tu te reposes. Un repos bien mérité après toutes les tracasseries et accusations voir d’humiliation dont tu étais l’objet, de la part de celui-là même dont tu étais le bouclier et qui n’hésita pas à te traiter en bouc émissaire. Tu es parti sans doute au bon moment car comment aurais-tu supporté ce qui se passe dans ce pays depuis neuf ans. Tu t’en es allé après avoir évoqué, non seulement, tous les maux qui minent la RCA notre cher et beau pays, mais enfin, et en bon chrétien, tu as prié Dieu pour la République Centrafricaine. Je reste pour ma part marqué par un tel amour pour ta patrie, même pendant les derniers instants de ta vie.

 

Je voudrais revenir sur les quelques points saillants de cette prière.

 

Tu as prié pour la paix en RCA. Je voudrais simplement te dire combien cela est resté un  vœu pieux, puisque c’est tout le contraire que le pays vit en ce moment. Une partie de notre territoire est occupée par des hommes sans foi ni loi, qui y sèment la désolation la plus criarde. Tu as prié pour l’armée en général et pour la gendarmerie que tu chérissais en particulier. Tu as insisté dans cette prière pour que l’armée dans son ensemble ne soit pas détournée des ses nobles objectifs à savoir, défendre l’intégrité du territoire et le peuple centrafricain dans son ensemble. Le constat aujourd’hui, cher papa, est triste et alarmant. L’armée a comme de nouveaux « objectifs » qui n’ont strictement rien à voir avec les ceux d’une armée républicaine.

 

Tu as prié pour l’amour entre les Centrafricains. Hélas, ce mot a complètement disparu du vocabulaire centrafricain. La haine est devenue le maître mot. Même notre radio nationale est mise à contribution et est instrumentalisée à cet effet, nous rappelant la célèbre radio milles collines de triste mémoire. Cela traduit le manque de conscience de ceux-là mêmes qui sont en charge du pays,  ce pour lequel tu as aussi prié.

 

Papa, je ne saurais m’étendre, tellement la liste des agissements désespérants est longue.

 

Je tiens néanmoins à te dire que j’ai pu reconstituer l’histoire de ta mort avec les tenants et les aboutissants. Je puis simplement te dire que le coup d’Etat raté qui occasionna ta mort devrait avoir lieu pendant les obsèques de maman Micheline au mois d’avril aux 14 villas. Un commando à bord d’un véhicule non identifié, a pu pénétrer jusqu’au niveau du rond point se situant dans l’enceinte des 14 villas. C’était le commencement de l’exécution de ce coup d’Etat et l’occasion était trop belle car tous ceux qui devaient mourir étaient sur place, à l’exception, bien évidemment des commanditaires qui avaient plus d’une raison de ne pas être présents. C’est un véritable carnage qui devrait suivre. Mais heureusement la seule chose qui fit échouer cette tentative fut la présence à ces obsèques de l’ambassadeur de France Jean-Marc Simon avec qui, tu entretenais de très bonnes relations et qui marqua de sa présence, le déroulement de toute la cérémonie. Tout le monde pouvait mourir ce jour là sauf lui pour éviter les représailles de la France. La tentative ayant donc échoué, leurs auteurs n’ont pas eu trop de mal à trouver un autre évènement qui se déroulera un mois plus tard, à savoir, la fête des mères du mois de mai 2001.

 

Papa, as- tu idée de tout ceux qui devaient périr ce jour ? Patassé, Bozizé, les responsables politiques et militaires présent ce jour, les nombreux parents, amis et connaissances, Toi-même et nous avec toi ainsi que koko Bria (le père à M. Gbezera-Bria) qui était assis juste derrière nous, te témoignant son affection en ce moment de deuil. Non seulement cela aurait été terrible, mais certainement l’histoire de notre pays aurait été écrite autrement à ce jour.

 

Papa, comme tu l’as si bien compris à travers cette lettre, j’ai décidé de ne plus me taire. Ils sont nombreux, ceux qui veulent connaître la vérité sur ta mort et ils seront servis. Ce n’est pas le fait d’avoir amnistié les faits relatifs à ta mort, par ceux-là mêmes qui y sont impliqués, qui m’empêchera de parler. Les Centrafricains saurons qui sont les auteurs, les co-auteurs et autres complices de ta mort Je ne manquerai pas d’aborder certains cas qu’on t’a fait porter et dont tu nous en à parler tel celui de Christophe Grélombé et son fils Martin. Les Centrafricains doivent connaître la vérité et je m’y emploierai, même si mort devrait s’en suivre. Il y a un temps pour tout sous le soleil et j’estime que le temps de la vérité a sonné quel que soit le prix à payer.  

 

Parler de ta mort n’a pas pour but une quelconque revanche car de cela, tu nous avais  mis en garde avant ton repos. Le plus bel exemple est le fait que tu as pardonné à ton meurtrier avant de t’éteindre, refusant de nous donner son nom.

 

Papa, maintenant que tu es au ciel, insiste auprès de Dieu pour qu’il se penche un peu plus sur le sort de la République Centrafricaine.

 

Tu ne manqueras pas aussi de transmettre mes filiales salutations à maman Joséphine et à maman Micheline.

 

Papa je t’aime

 

Ton fils Dieu-Merci Lazare N’DJADDER-KANGANG

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Nécrologie