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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 19:43




   cardinal Théodore-Adrien Sarr


Entretien avec le cardinal Théodore-Adrien Sarr

« L'apport de l'Eglise d'Afrique sera reconnu »

par Joséphine Bataille La Vie

Le cardinal Théodore-Adrien Sarr, archevêque de Dakar et vice-président du SECAM (symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar), assistait la semaine dernière à l'assemblée plénière des présidents des conférences épiscopales d'Europe, qui se tenait au siège des évêques de France. Avant de rejoindre Rome, où s'ouvrait dimanche le synode des évêques pour l’Afrique, il livrait à La Vie ses attentes.

 

Quelles sont vos attentes à la veille de ce synode?

Même si, depuis le premier synode pour l'Afrique, en 1994, il y a eu des avancées réelles au niveau social, en matière de développement économique et de démocratie, des problèmes sérieux demeurent en Afrique. Ce synode est un moment de concertation entre les pasteurs africains, les représentants de la curie romaine et des pasteurs témoins, sur ce que l'Eglise, pasteurs et fidèles, peut et doit faire pour contribuer à l'établissement et à la consolidation de la paix dans tout le continent. C'est un devoir des Eglises de contribuer au vrai développement des personnes et des populations, sur le plan économique, mais aussi moral et spirituel, afin que dans toutes les communautés, les personnes se respectent et arrivent à dépasser les intérêts particuliers pour s'inquiéter du bien commun. Autrement dit, il nous faut travailler à ce que l'Eglise soit vraiment « sel de la terre et lumière du monde », comme le suggère le thème retenu pour ce synode.

 

Comment ce synode peut-il avoir des débouchés concrets ?

Se réunir tous ensemble pour réfléchir pendant trois semaines, ce n'est pas seulement symbolique; cela ne peut pas être sans objet ni sans résultat; d'autant que pour les Eglises d'Afrique, le synode n'est que l'aboutissement d'une réflexion qui a commencé il y a trois ans, et qui a été portée sur le terrain pour que la base se l'approprie. Tous les diocèses ont travaillé sur des questionnaires préliminaires, avec des degrés d'implication variables bien sûr, puis des synthèses ont été faites au niveau des conférences épiscopales. Ce qui compte dans ce troisième et dernier temps de travail, plus encore que cela n'a été fait au synode précédent, c'est de décider d'une impulsion qui permette aux orientations retenues de devenir vraiment réalité. Cela pourrait passer par l'élaboration d'un plan d'action pastorale, qui détaillerait quels résultats nous voulons obtenir, en matière de promotion de la justice et de contribution à la paix ou à la réconciliation, comment nous comptons y arriver, et dans quel délai.

 

Quelle est, selon vous aujourd'hui, la place de l'Eglise d'Afrique au sein de l'Eglise universelle ?

 

L'Eglise d'Afrique ne se voit pas encore reconnaître la place qui lui revient. Nous sommes de jeunes églises en effet, qui ont déjà à trouver leur place et à parvenir à s'affirmer au sein de leurs propres pays. Mais je pense que ce n'est qu'une question de temps; il nous suffit de vivre pleinement notre christianisme au sein de nos communautés. La reconnaissance viendra à mesure que les apport de l'Afrique aux grands débats de l'Eglise, et à sa mission universelle, se feront sentir. Cela commence déjà : de plus en plus de prêtres et de religieux viennent servir dans les veilles église d'Europe et d'Amérique. Cela passe aussi par la place que peuvent prendre les évêques européens au sein des synodes, et à l'importance de leur contribution dans ces occasions-là. Et oui, bien entendu, il serait aussi bénéfique de poursuivre l'effort pour qu'il y ait davantage de cardinaux africains dans les différents dicastères de la curie romaine. Mais cela, dépend du pape.

 

Quel est votre regard sur la médiatisation des différentes « crises africaines » : « affaire » du préservatif, tensions interreligieuses au Nigéria, ou frictions en Centrafrique entre le clergé local et des prêtres européens...

 

Malheureusement les médias occidentaux ne parlent de l'Afrique que lorsqu'il y a des questions négatives. Certains sujets sont bien loin de nos réalités quotidiennes. La question centrafricaine est une question particulière qui ne peut pas être étendue à tous les autres diocèses : il faut que les gens apprennent à reconnaître que l'Afrique est diverse. Même si aujourd'hui on peut encore être amené à faire appel à des missionnaires européens, la plupart des évêques en Afrique, aujourd'hui, sont des autochtones, donc le débat va s'atténuer de lui-même. De toute façon, dans l'Eglise, on n'a pas à refuser d'être commandé par quelqu'un qui n'est pas de son ethnie.

Au Nigéria, et plus généralement, en Afrique sub-saharienne, les conflits et les crises ne sont pas dus aux Africains eux-mêmes, mais aux influences extérieures, les extrémistes musulmans en l'occurrence, qui manipulent les masses populaires. Il faudrait qu'on nous laisse entre nous. Je suis convaincu que toute la question est là.

Quant au pape, que nous étions si contents de recevoir pour la première fois en mars, il a délivré les messages positifs que nous attendions, nous appelant à nous prendre en charge, à partir d'une fidélité accrue à l'Evangile. A travers ce qu'il a dit à l'Afrique, il a parlé au monde entier; dommage que tout ait été faussé au départ par les médias, et concentré sur le thème de l'usage du préservatif.

 

 

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