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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 21:46




Par Christophe Barbier, l’Express 10/09/2009 13:54

Quel puissant anesthésique a donc plongé l'opinion française dans la torpeur, au point qu'elle ne se révolte pas contre l'ahurissante confession de Robert Bourgi? Quel sérum de cynisme a pénétré les veines de notre démocratie pour que nulle clameur ne réprouve les agissements de ce conseiller occulte, sans mandat électif ni fonction officielle, qui se targue d'être l'homme du président en Afrique? Quelle démission collective a ruiné la volonté populaire pour qu'elle ne réclame pas ordre et éthique au président de la République dans sa politique africaine? Eminence grise pour continent noir, Robert Bourgi est venu sur RTL, le 7 septembre, confirmer sans vergogne avoir obtenu la tête de Jean-Marie Bockel sur l'ordre d'Omar Bongo. Oui : un secrétaire d'Etat de la République française, chargé de la Coopération, fut débarqué d'une pichenette remaniante parce qu'ainsi en décida un podestat en bout de course, assis sur un baril de pétrole dont la France n'a même plus besoin et sur un peuple miséreux que la France n'a pas su aider!

Le sous-ministre concerné ne cille pas et s'accroche à un autre strapontin, aux ordres de ceux-là mêmes qui l'ont scalpé pour plaire à Bongo. Ni le ministre des Affaires étrangères ni le cabinet officiel du chef de l'Etat ne demandent, le pot aux roses découvert, qu'on mette au moins un terme aux combinazione. Ce qui se tramait jadis dans les sombres coulisses de la politique s'ourdit désormais sous les projecteurs, les sbires de sous-sol jouent les vedettes. La France, aujourd'hui, mange sa politique africaine dans les cuisines, et il y a sans nul doute, dans les autres pays de l'ex-Empire colonial, des spécialités analogues au "Gabon Banania" servi froid par Robert Bourgi.

Le plus affligeant est que cette stratégie du cynisme n'est plus que l'ombre de ses modèles gaullien ou mitterrandien, comme l'a illustré la pantalonnade de l'élection présidentielle gabonaise. Maîtres chanteurs, les gouvernements africains qui exigent le soutien de la France la dénigrent en public en brandissant à qui mieux mieux le spectre du colonialisme. Et les peuples qui vénéraient la France protectrice la renient pour invoquer la tutelle américaine ou chinoise. Certes, l'angélisme enfariné ne tient pas la route en géopolitique, et la realpolitik la plus cynique peut se justifier par sa nécessité et son efficacité. Mais renoncer à la vertu pour garder la puissance, et se retrouver dépouillé de l'une et de l'autre, voilà qui ressemble à une piteuse fin de partie. Car ce n'est plus la France qui profite de cette tutelle archaïque, ce sont quelques intérêts particuliers. La Françafrique est morte comme diplomatie efficiente, elle perdure comme entreprise privatisée.

Jean-Marie Bockel avait donc bien raison de chercher une fin pour cette politique, comme Nicolas Sarkozy était dans le juste en promettant la rupture, là-bas comme ici, durant sa campagne. L'apostasie africaine du président est l'une des plus grandes déceptions de sa géopolitique. "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire", affirma le président dans son fameux discours de Dakar, le 26 juillet 2007. Et si le drame de la France en Afrique était de ne pas être assez sortie de son histoire pour avoir le courage d'en écrire une autre?

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