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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 01:15




 

Par Théophile KOUAMOUO | Journaliste | 07/09/2009 | 17H20

Jamais deux sans trois. Au commencement était la Côte d'Ivoire, où le long bras de fer entre Laurent Gbagbo, ancien « opposant historique » arrivé au pouvoir en octobre 2000, et Jacques Chirac, défenseur acharné du parti unique en Afrique accusé de soutenir la rébellion armée déclenchée en septembre 2002, s'est notamment caractérisé par ce que l'on a appelé des « violences antifrançaises ».

Puis il y a eu le Togo, où une bonne partie de la jeunesse urbaine a exprimé dans la rue, en 2005, à la fois son refus de la succession monarchique représentée par l'arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé et sa haine de la France officielle, coupable à ses yeux d'avoir sanctifié au point de vue international le « coup d'Etat électoral » du fils du général Gnassingbé Eyadéma.

Aujourd'hui, c'est au tour du Gabon de s'enflammer après la mort du président Omar Bongo Ondimba et « l'intronisation » de son fils Ali Ben Bongo sous un grossier masque démocratique. Les coupables désignés ? La nomenklatura du PDG (Parti démocratique gabonais, au pouvoir) et… la France, dont les symboles ont été incendiés et pillés à Port-Gentil, capitale économique du pays et dont les ressortissants sont montrés du doigt.

Les médias français occultent le principal : les causes de la haine

Chose curieuse : les médias parisiens semblent considérer ces poussées de fièvre d'un simple point de vue logistique, et insistent largement sur la sécurité et les probables évacuations des Français, en occultant une question fondamentale. Celle que les Américains se sont posée après le 11-Septembre à propos d'un grand nombre de personnes dans le monde arabo-musulman : pourquoi nous détestent-ils tant ?

Quant aux gouvernants français, ils manient à merveille l'art de la litote, de la dénégation sans conviction, voire du mépris. Bernard Kouchner estime que « ce n'est pas au Gabon » que le sentiment antifrançais, « s'il existe », est « le plus fort ». « Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage ! », ironise-t-il, sachant que le cliché des Africains notoirement incapables et accusant les autres de tous leurs maux est répandu dans l'Hexagone.

Ce cliché simpliste n'est pas le seul à prospérer et à faciliter la compromission des dirigeants français dans des aventures ambiguës en Afrique. « Si nous partons, les Américains et les Chinois nous remplaceront », entend-on de manière récurrente à Paris, y compris dans des milieux éclairés. Comme si l'idée de pays africains indépendants, commerçant comme ils veulent et avec qui ils veulent, était totalement extravagante… Ce serait donc au nom d'un intérêt national d'autant plus facile à faire accepter en période de crise mondiale et de crainte de déclassement que « certaines choses » continueraient à avoir cours.

« Ces pays sont indépendants depuis cinquante ans mais ne cessent de nous accuser de leurs malheurs », affirme-t-on ça et là sur les bords de la Seine. Mais l'indépendance du Gabon et celle du Ghana, ancienne colonie britannique se ressemblent-elles ? Le bilan d'Omar Bongo, qui laisse à son fils un « émirat pétrolier » où les infrastructures routières et sanitaires de base laissent à désirer peut-il être dissocié de celui d'une certaine continuité de la colonisation française ? La question mériterait d'être posée au chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, qui a longtemps arrondi ses fins de mois en livrant à Bongo des « études » et des « conseils » grassement rémunérées sans résultat évident sur le terrain…

Le Gabon, un des derniers coffres-forts à la disposition des politiques français

La vérité est que le Gabon reste un des derniers coffres-forts à la disposition d'une classe politique française échaudée par les scandales politico-judiciaires des quinze dernières années, mais qui continue de manier quotidiennement de l'argent liquide à provenance douteuse. La liberté de parole de Robert Bourgi, sorte de « nouveau Foccart » encombrant mais indéboulonnable ne s'explique-t-elle pas par sa capacité à lever, en Afrique, d'importants « fonds politiques » ? Et si les « idées reçues » du commun des Français étaient en réalité au service d'intérêts privés, voire mafieux, d'un certain nombre de « réseaux » ?

Le désamour d'une grande partie de la jeunesse d'Afrique francophone envers une France qui n'a pourtant jamais été aussi proche au point de vue linguistique et culturel, notamment en raison des migrations, doit être pris au sérieux. Si les éruptions de violence se sont vite calmées jusqu'ici, la profonde amertume qui en est la base demeure pendant des années, voire des décennies.

Les Africains qui, aujourd'hui, scandent des slogans anti-Français sur des barricades ou sur Internet, sont les plus jeunes et parfois les plus éduqués. D'une manière ou d'une autre, ils « prendront le pouvoir » bientôt dans leurs pays. Les désespérer aujourd'hui, c'est faire de la politique à la petite semaine, à mille lieux des vrais intérêts de la France à long terme.

 

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