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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 00:03





Le diplomate, délégué de l’Union européenne en Centrafrique qui a failli être expulsé de Bangui par le régime de Bozizé pour avoir dit certaines vérités qui ont déplu à certains dignitaires le 9 mai dernier lors de la journée de l’Europe, M. Jean Claude Esmieu vient de quitter ses fonctions après près de cinq ans à Bangui. Il dresse l'état des lieux de la RCA qui, selon lui, est toujours confrontée à de graves problèmes de mal-gouvernance. Il remet une couche cette fois-ci sur les antennes de Radio France Internationale où il est l’invité Afrique de ce jour au micro d’Olivier Rogez. 



Interview intégrale de M Jean-Claude ESMIEU sur RFI le 17 juillet 2009

RFI (Olivier Rogez) : Jean Claude Esmieu, vous étiez durant quatre ans et demi le représentant de l’Union Européenne à Bangui et vous avez failli être expulsé pour avoir dit certaines vérités. Alors quelles sont ces vérités qui ont déplu ?

JCE : J’ai failli être expulsé oui mais c’est surtout parce qu’on a pas dit la vérité au chef de l’Etat sur ce qui s’est passé le fameux 9 mai à Bangui. Comment voulez-vous que le président Bozizé, si on ne lui dit pas la vérité, qu’il puisse prendre des décisions adéquates.

RFI : Qu’est ce qui s’est passé ce fameux neuf mai ?

JCE : J’ai fait une allocution pour dénoncer la mal gouvernance et puis après, au moment des hymnes nationaux, pour l’hymne européen, on a passé des vues magnifiques des bâtiments de chacun des pays européens et pour l’hymne centrafricain, il n’y a pas de grands immeubles à Bangui et on a passé le gorille des plaines qui, dès qu’il est apparu sur l’écran, cela a été considéré par le ministre de la culture et celui de la réconciliation nationale comme un outrage.

RFI : Revenons sur cette mal gouvernance que vous avez dénoncée. Qu’est ce que ça signifie, la mal gouvernance en Centrafrique ?

Mal gouvernance en Centrafrique, c’est de ne pas respecter sa propre parole. Il y a des décrets qui sont mis en place mais qui ne sont pas respectés. Il y a des conventions internationales qui sont signées mais dont les conditions ne sont pas remplies. Des promesses qui sont faites mais rien n’arrive. En soi ce n’est pas grave. Mais ce qui est davantage grave à mon sens, c’est qu’en République centrafricaine, on vous oblige vous à respecter tout ce que vous avez signé, c’est à dire cela marche dans un sens mais pas dans l’autre. Je vais vous donner deux petits cas concrets.

1°)  Il est question que la Commission européenne finance la route Bouar-Garoua Mboulai. Une des conditions, c’est que le pays mette un système d’entretien routier moderne qu’on appelle de deuxième génération mais pour l’instant rien n’arrive.

2° Second exemple ; nous avons projeté de faire un appui budgétaire pour payer la dette de l’Etat vis à vis des coton-culteurs. Mais il y a eu une condition et dans ces conditions, il y avait d’avoir la remise des comptes d’une ancienne société d’Etat dont la faillite a d’ailleurs certainement été profitable à pas mal d’individualités. Nous attendons toujours ces comptes alors que nous avons, dores et déjà déboursé l’aide budgétaire.

RFI : Et justement, l’erreur ne vient-elle pas de vous puisque vous posez des conditions et vous déboursez sans attendre qu’elles soient remplies ?

JCE : C’est un petit peu la délicatesse de la mission de développement des institutions internationales et notamment de la Commission européenne. Elle hésite toujours entre aider un pays qui est parmi les plus pauvres du monde et en même temps, essayer d’obliger ce pays à avoir une rigueur de gestion interne. C’est pourquoi je parle toujours de mal gouvernance. Il y a une dichotomie entre le politique et l'économique de la part d'un bailleur de fonds qui est assez compliquée à gérer

RFI : Me Goungaye, l’ancien président de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme affirmait, c’était sa formule, que les dirigeants actuels prenaient le Centrafrique comme on prend un butin de guerre. Est-ce que cette comparaison vous paraît juste ?

Elle est audacieuse et politique. Effectivement, si vous voulez, en Centrafrique, on fait la politique quand on est proche des sources de revenus. Mais je peux vous dire qu’en Centrafrique où j’ai eu l’occasion de voyager énormément, la population est fatiguée par cette nomenklatura de Bangui qui monopolise les très faibles moyens que cette république a dans son budget. Elle en est totalement exclue et cela se ressent ; les gens dans la rue,; quand vous allez dans n’importe quel petit village sont déstabilisés. Une pauvre femme qui a quelques kilos de bananes ; elle prend l’autocar ; elle est arrêtée et obligée d’en céder la moitié. C’est inacceptable.

Sur la route de Bouar, l’axe Cameroun Bangui par exemple, la Commission européenne a financé une étude où elle montre que c’est la route où il y a le plus de barrages au monde. Tant qu’on aura pas résolu ce problème, il y a de grandes chances que toute possibilité de développement tombe à l’eau.

RFI : Sur le plan politique, le dialogue de l’an dernier n’a pas débouché sur une ouverture envers l’opposition armée et non armée. Est ce qu’il ne faut pas craindre, alors que se profile l’élection de 2010, une nouvelle crispation politique en Centrafrique ?

JCE : Il y a quelques mois, les résultats des élections de 2010, pour les observateurs étrangers dont je fais partie, ne faisaient aucun doute. La RCA à l’heure actuelle, est dans une fenêtre d’opportunité financière et politique qu’elle n’a jamais eue depuis son indépendance. C’est absolument extraordinaire. Le parti en place ne peut que bénéficier de tout cela. Mais cependant, il semblerait qu’aujourd’hui les choses pourraient s’orienter de manière différente. Et évidemment, cela rend très nerveux les caciques du régime. C’est peut-être d’ailleurs une des explications de la tentative d’expulsion dont j’ai été l’objet. Tout ce qui semble critiquer la situation  actuelle est considéré comme subversif par le cercle restreint autour du président Bozizé.

RFI : Jean Claude Esmieu, l’armée centrafricaine s’illustre par des violences récurrentes au Nord contre les villageois. Comment expliquez-vous que le président Bozizé n’arrive pas à imposer à ses militaires le respect des populations civiles ?

JCE : Le président Bozizé, on ne lui raconte pas tout et comme on ne lui raconte pas tout, il ne croît que ses proches. Et ses proches sont souvent des militaires. Et alors, à partir de ce moment là, il croît ce qu’il veut bien croire. Maintenant nous quand on vient en tant que politique, en tant qu’ambassadeur, on vient lui dire attention, vos troupes ont fait ça, j’ai entendu le président Bozizé me dire que « vous avez plus d’information que moi » !

RFI : Il ne sait pas ou il ne veut pas savoir ?

JCE : Ah ! Je vais vous faire une réponse de Normand. Je suis désolé. Vous savez, c’est compliqué. Je crois que le président a une qualité énorme. C’est un monsieur fidèle. Et en politique quand on est fidèle, ça peut être dangereux. Quand on est fidèle à des amis qui ne sont plus tout à fait des amis, ça peut être dangereux. Je crois que le président Bozizé devrait revoir l’ensemble des personnes et notamment les militaires sur lesquels il s’appuie parce que c’est en train de ternir son image.

RFI : Merci Jean Claude Esmieu

Retranscription de la rédaction de Centrafrique-Presse

 

 

 

 

 

 

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