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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 02:10




 

 par Franck SARAGBA

Contre toute attente, le très décrié fond monétaire international (FMI) et la très souveraine Banque mondiale viennent de déclarer « urbi et orbi » que la République centrafricaine a atteint le point d’achèvement de l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés. Selon ces augustes institutions, le régime du général Bozizé aurait accompli des progrès suffisants. Mais, de quels progrès s’agiraient-ils ? S’amusent et s’interrogent en forme de boutade la majorité des centrafricains que nous avions rencontré. Franchement en toute impartialité et en toute objectivité, nous n’en voyons pas, chuchotent certains compatriotes avant de se raviser à chercher. Mais, où sont donc ces fameux progrès accomplis par le régime dont on nous parle tant ? Ajoutent les plus fouineurs d’entres-eux. Ceux à quoi, les obligés du pouvoir répondent  que les salaires sont payés et qu’il n’y a pas de retard de salaires, par conséquent tout va pour le meilleur des mondes en république centrafricaine. Pour ces derniers, le reste ne découlent que de l’imagination  fertile et de la malhonnêteté intellectuelle de ces compatriotes aigris et jaloux contre la nation centrafricaine. Pourtant des interrogations  inquiétantes qui sont par ailleurs fondées et qui cependant corroborent avec la triste réalité que vive les centrafricains au quotidien sont formulées.

 ETATS DES LIEUX D’UNE GOUVERNANCE  PAS COMME LES AUTRES

Gouverner, c’est prévoir dit-on. C’est pourquoi, le comble de la mal gouvernance est celui de parvenir malencontreusement au pouvoir sans y être préparé et de n’avoir élaboré  au préalable aucun projet de société.

 Le régime du général Bozizé vit au dépend de cette vérité et souffre de cet handicap. Un handicap notamment en matière de ressources humaines, de compétences qui malheureusement fait le bonheur de quelques théoriciens du « clanisme bézambéen » et autres opportunistes sans foi ni loi. Néanmoins, le général a compris qu’il a besoin de plus en plus d’argents et du soutien des institutions internationales pour consolider son régime. A vrai dire, un régime honni en Centrafrique. Un pays dans lequel les consciences sont monnayables y compris celles des chefs rebelles, des intellectuels et autres élites. Par conséquent s’il voulait empocher la mise, il devrait nécessairement accomplir au minima certaines obligations que les institutions internationales comme le FMI ou la banque mondiale le lui recommandent.

C’est ainsi que des opérations de charmes ont été lancé vaille que vaille  par le régime pour abuser et séduire ces institutions. Les luttes contre les faux diplômes et celle contre  la corruption font partie de cet exercice de charme. Des luttes qui malheureusement ne sont pas allées jusqu’au bout de leur logique dès l’instant que les parents ou les princes du pouvoir qui sont concernés ont été outrageusement  épargné. Ne serait-il pas intéressant de poursuivre le contrôle des diplômes au niveau d’abord des diplômes supérieurs et des gouvernants aussi bien au niveau de l’administration  publique civile que militaire. En même temps mener une lutte contre la corruption qui commencerait en premier lieu par les princes du régime, les parents et haut cadres de la fonction publique  ne fut-ce que pour donner le bon exemple car se sont eux qui occupent avec des faux diplômes les véritables postes budgétivores de l’état. Cela aurait permis non seulement au régime de payer les salaires à terme comme c’est le cas mais également de dégager de l’argent en plus qui pourrait être destiné à augmenter les salaires qui sont les plus bas de la CEMAC. N’en déplaise aux opposants et aux autres régimes qui ont échoué par le passé dans ce domaine, le régime du général Bozizé détient sans doute le record de toutes les tares mais pas celui d’accumuler les arriérés de salaires.

Une autre exigence de la banque mondiale  auquel le régime de Bangui  à cru bon de l’annoncer en grande pompe  pour plaire et dont la réalisation tarde à venir concerne le chantier  de l’eau et de l’assainissement du territoire. Et même dans ces secteurs qui font parties désormais de l’évaluation du développement  humain, le résultat escompté  à la date d’aujourd’hui est égale à zéro. Les dernières inondations  qui ont fait de nombreuses victimes à Bangui est révélateur de la situation, au point que le gouvernement est obligé de solliciter de l’aide à plusieurs pays amis. A croire que le régime confond les effets d’annonces et la réalisation effective sur le terrain.

Cette stratégie passe également coûte que coûte pour le régime par des accords de paie avec les différents chefs rebelles qui se feront à n’en pas douter encore avoir par le général Bozizé lorsque  ceux-ci auront regagné Bangui pour lui permettre d’amasser ou d’emprunter l’argent promis par les institutions internationales. En la matière, le général qui a déjà beaucoup promis en parole  aux centrafricains et n’a rien tenue dans les actes sait comment faire. Il sait par expérience que l’opposition centrafricaine est la plus versatile du monde, prête à aller à la soupe. Il suffit juste de leur promettre quelques miettes et aux oubliettes les véritables revendications, aux oubliettes le pays. Ils sont toujours prêts à saborder l’intérêt général pour des intérêts égoïstes et personnels dans une vision à très court terme.

Toutes ces mises en scène grotesque soit-elle ont permis cependant au régime de fournir des statistiques avec des  chiffres erronés à l’appui pour faire croire que des actes ont été posés et que ces actes ont influé d’une manière positive sur la croissance dit-on à …deux chiffres.

 PRIME  ET CAUTION MORALE  A  LA  MAUVAISE  GOUVERNANCE

Autrement dit, pour la première fois notre pays pourra bénéficier d’une mesure salvatrice d’aussi grande ampleur  rien que par le seul génie de ces gouvernants. C’est dire combien le régime du général Bozizé est meilleur que tous les autres réunis depuis une trentaine d’année. Un exploit qui laisse perplexe et sème le doute même dans la tête des gouvernants bien qu’elle soit une décision combien heureuse et salutaire pour le pays tout entier. Elle est tellement inattendue au regard des critères objectifs de la bonne gouvernance que l’on du mal à manifester sa joie. Cette décision, aussi surprenante soit-elle, au-delà de l’étonnement provoqué et des interrogations suscitées ici et là n’a-t-elle pas donnée une prime et une caution morale à la mauvaise gouvernance ?

Profitant de cette prime et de cette caution morale donnée à la mauvaise gouvernance, radio Centrafrique « radio propagande » a aussitôt pris le relais pour diffuser à longueur de journée des satisfécits et autres louanges des courtisans aussi avilissants et aliénants les uns que les autres adressés à un régime honni par les centrafricains mais visiblement apprécier du FMI et de la Banque mondiale. Ces conditionnalités pourtant intransigeantes, toujours les mêmes à moins qu’elles aient changé à notre insu et qui sont jusqu’alors imposées strictement aux autres régimes, toujours au nom de la bonne gouvernance et pour le bonheur des peuples paraissent subitement flexibles. Pourquoi alors une telle mansuétude pour ce régime là ? En sachant que tous les centrafricains s’accordent à reconnaitre aujourd’hui le caractère prédateur, clanique et corrompu ainsi que les limites d’un régime qui a fini par faire l’unanimité contre lui. 

S’Il est vrai que cette décision qui permettra à notre pays de desserrer l’étau scandaleux des dettes qui l’asphyxie depuis  les indépendances et ainsi permettre à notre laborieuse population de vivre  un peu mieux par les effets engendrés , il n’en demeure pas moins que pour les princes du pouvoir , cette décision est synonyme de pouvoir s’endetter encore pour que la fête continue. Un enthousiasme que certains ont du mal à tempérer et clament tout haut que bientôt l’argent coulera à flots et tant pis pour ceux qui sont de l’autre bord. Autrement dit, ceux qui s’entêtent à s’opposer et qui ne sont plus d’ailleurs nombreux contre le régime, puisque tous les va-t-en guerre et autres opposants situationnistes se sont ralliés sans condition. Comme si la république centrafricaine est un grand gâteau qu’il faudra de connivence en compromission se partager les parts dans un grand bal de fossoyeurs de la république dont les invités ne sont autres que les ex-mutins, des ex- putschistes,  des chefs rebelles d’un nouveau genre prêts à lâcher leurs hommes sans avoir  au préalable négocier  d’une manière certaine leur reconversion  et de l’état du pays, tous reconvertis en politiciens de la vingt cinquième heure mais aussi des politiciens versatiles qui ont survécu et qui se sont adaptés à tous les régimes, des intellectuels conformistes. Tout cela au grand désarroi des patriotes qui espèrent un jour voir comparaitre devant le tribunal du peuple tous ces fossoyeurs de la république qui reconnaitront et diront  « Oui, nous avons été de piètres politiciens. Oui, nous avions volé de l’argent dans la caisse de l’état, organisé la fuite des capitaux pour renflouer nos comptes ainsi que ceux de nos parents et amis. Oui, nous avions fait exécuter sommairement nos compatriotes et nos adversaires politiques. Oui, nous avions  incendié des villages entiers pour faire fuir les paisibles paysans. Oui, nous avions manigancé et comploté avec l’étranger pour faire du mal au pays.  Oui, nous avions participé à un régime qui n’en valait pas la peine, pourtant nous n’avions rien dit ou fait. Nous n’avons pas porté secours par lâcheté ni à la veuve ni à l’orphelin.  Oui, avec l’argent public, nous avions acheté des résidences à l’étranger. Nous n’avions construit ni hôpitaux ni universités, ni routes. Oui, nous sommes co-responsables de la mauvaise gouvernance dans notre pays parce que nous étions avec le régime, pour le régime en lui donnant notre caution morale. Oui, nous avons trahi et nous nous sommes désolidarisés de l’ancien régime  pour nous reconvertir au nouveau régime. Oui, nous avions contribué à faire de notre armée une armée politisée et clanique. Oui, nous n’avions pas su être des hommes politiques, par conséquent nous avons décidé de nous retirer de la vie publique afin de ne plus faire souffrir notre peuple » 

 MENSONGE D’ETAT ET TRISTE REALITE

Les récents assassinats politiques  et l’impunité dont bénéficient toujours les coupables qui continuent à narguer les familles des victimes, les tous derniers règlements de compte au marché à bétails, le combat des rebelles contre les forces armées centrafricaine dans l’arrières pays et les milliers de paysans qui désertent leur village pour fuir les combats et se refugiés dans la forêt ou au Tchad, les incessantes délestages de courant qui plongent le pays dans une insécurité totale et offre le pays aux braqueurs , le clanisme érigé en mode de gouvernement,  les multiples affaires politico financières et politico judiciaires  mettant en cause directement les gouvernants, une diplomatie de « gros bras » qui entretient le conflit avec des partenaires objectifs et influents, les manquements à la constitution et autres errements du régime, le non application des recommandations du dialogue politique inclusif sont bottés en touche.

Ce ne sont pas là que les fruits de l’imagination fertile des gens mal intentionnés, des ennemis du peuple et qui veulent du mal à notre pays ? Ces gens qui ne veulent pas que l’on nous aide. Mais l’histoire est têtue et nous rappelle sans cesse que ce sont, ceux-là mêmes qui sont à la commande aujourd’hui qui ont été à l’origine de la descente en enfers et de la gestion catastrophique de notre pays. Peut-on apporter le véritable  changement dont notre pays à tant besoin en faisant confiance aux mêmes hommes qui ont contribué à l’endetter, en le confiant à ceux qui hier l’ont cassé et pillé ?  Qui ont déjà eu l’opportunité de le gouverner par le passé ? A ceux qui de notoriété publique ont une moralité douteuse, porteurs de plusieurs « casseroles » et de surcroit incompétents.

 Le FMI et la Banque mondiale pourront alléger les dettes de la Centrafrique  et remettre les compteurs à zéro, si besoin déverser des milliards et des milliards sur le compte de l’état centrafricain mais rien n’y fera. Tout simplement parce que les hommes qui sont là au pouvoir ont une toute autre approche de la gestion de la chose publique et du respect de la vie humaine. Il y’a trop d’immoralité entretenue , trop d’impunité à préserver, trop de haine gardée, trop de coupable trahison , trop de rancune encore ressassée, trop de passion nourrie, en fait trop de linges sales à laver entre tous ses hommes qui nous gouvernent et ceux qui sont dans l’opposition , prêts à se venger pour que les différents accords de paix qu’ils ont signé soient sincères. Tant que chacun ne fasse pas d’une manière sincère et désintéressé son examen de conscience et publiquement son mea-culpa sinon le pire reste à venir.

 Alors que le bal des fossoyeurs de la république vient d’être ouvert sous le signe de « je t’aime, moi non plus » en attendant les alliances contre nature qui se profilent à l’horizon 2010, élection présidentielle oblige. La question combien dérangeante que l’on peut se poser  est celle de savoir si l’on peut changer de système en maintenant les mêmes hommes par conséquent les mêmes pratiques ?

 

Franck SARAGBA

« Fini Kodé »

 

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