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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 21:58





Défi gabonais

Editorial LE MONDE | 19.06.09 | 14h27  •  Mis à jour le 19.06.09 | 14h27

La mort du président gabonais Omar Bongo, pivot de l'influence française sur le continent africain, met Paris au défi : l'ancienne puissance coloniale sera-t-elle capable de se tenir à la bonne distance dans la bataille pour la succession du "doyen de l'Afrique" ? De la réponse à cette question dépend la crédibilité de la France, mais aussi la paix civile au Gabon.
 

L'affaire n'est pas aisée, tant ce pays apparaît comme une caricature de ces liens incestueux et de cette fausse indépendance de la "Françafrique". Pendant les décennies de règne d'Omar Bongo, la France a soutenu un régime autoritaire et prédateur, sans pitié pour les opposants, dont les barons ont capté les dividendes du pétrole, arrosé les partis politiques français, massivement investi dans l'immobilier de luxe à Paris et laissé le peuple dans la misère. Sortir de cette complicité ne sera pas simple non plus, tant sont ambivalentes les attentes à l'égard de la France, dont les Gabonais attendent la protection et l'aide, tout en refusant l'ingérence.


Nicolas Sarkozy, en affirmant à Libreville que "la France n'a pas de candidat" pour l'après-Bongo, a prononcé de justes paroles. La mort du vieux potentat a ouvert d'immenses espoirs au sein d'une population qui, satellite et Internet aidant, sait parfaitement qu'elle vit en dehors des normes de la démocratie.

Mais la promesse de neutralité du président français masque des réalités plus inquiétantes. M. Sarkozy entretient des relations avec deux des enfants d'Omar Bongo, dont Ali, candidat à la succession, qu'il a reçu à l'Elysée en décembre, alors que chacun connaissait déjà la dégradation de l'état de santé de son père. Le président de la République utilise aussi les services de Robert Bourgi, dernier héritier des réseaux gaullistes de Jacques Foccart, qui se présente volontiers comme faiseur de roi. Or celui à qui M. Sarkozy donne du "cher Robert" a mis son entregent au service d'Ali Bongo.


Cette réalité, s'ajoutant à d'autres épisodes, renvoie au rayon des illusions perdues nombre de promesses parisiennes de rompre avec les mauvaises habitudes de la France dans ses ex-colonies. Mais elle est surtout porteuse de violences potentielles, car la population gabonaise n'a nullement l'intention de se laisser imposer - par Paris ou qui que ce soit d'autre - une succession héréditaire de type monarchique. Que la France poursuive ce double langage, et le Gabon risque de s'ajouter à la Côte d'Ivoire ou au Togo sur la liste des dérapages africains sanglants. Le défi est, précisément, de l'éviter.

 

Article paru dans l'édition du 20.06.09

 





                Paul Mba Abessole



Pierre Mamboundou


Les Gabonais se prennent à rêver à une élection présidentielle enfin libre

LE MONDE | 19.06.09 | 14h27  •  Mis à jour le 19.06.09 | 14h27

LIBREVILLE ENVOYÉ SPÉCIAL

Une folle espérance s'est emparée des Gabonais depuis l'annonce de la mort d'Omar Bongo : choisir librement leur prochain président. Pareil rêve ne s'est jamais concrétisé dans ce pays, indépendant depuis 1960. Sur les écrans géants dont la ville est parsemée, "Yaya Bongo" ("grand frère Bongo" en langue téké) reste omniprésent. Mais la rue de Libreville, comme libérée, bourdonne de cet espoir.

"On veut une élection libre, comme chez vous !", lancent d'emblée les nombreuses personnes interrogées. "Une élection où le meilleur gagne", insiste Rigobert, 28 ans. "Un résultat qui sorte des urnes et non des calculettes de la présidence", précise Roseline, une ménagère de 42 ans qui pleure "Papa", mais aspire au "changement".

L'inhumation, jeudi 18 juin à Franceville, du défunt potentat, en marquant la fin des cérémonies d'obsèques, va donner un caractère public à la querelle de succession qui, en coulisses, fait déjà rage. Une dizaine de responsables du parti d'Omar Bongo, le Parti démocratique gabonais (PDG), nourrissent des ambitions présidentielles.

Mardi, le premier ministre, Jean Eyéghé Ndong, a accusé Ali Bongo, fils du président disparu, de conduire le parti à l'échec en voulant imposer sa candidature. Pour bien se faire comprendre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, assis en face de lui, il a évoqué l'échec de Jacques Chaban-Delmas à l'élection présidentielle française de 1974, après la mort de Georges Pompidou.

Cette situation inédite alliant vide politique, aspiration au changement et confusion au palais nourrit les espoirs des deux opposants historiques. Paul Mba Abessolé, 69 ans, et Pierre Mamboundou, 63 ans, ont en commun d'avoir longtemps combattu Omar Bongo, d'avoir même dû s'exiler, avant de s'en rapprocher ; le premier en siégeant au gouvernement depuis 2002, le second en négociant avec le pouvoir des subventions pour la ville dont il fut le maire (Ndendé). L'un comme l'autre aurait pu parvenir au pouvoir si les scrutins de 1993, 1998 et 2005 n'avaient tourné à la mascarade.

Le Père Mba Abessolé, actuel ministre de la culture, revendique "un nouveau départ" pour le Gabon. Sa campagne tournera autour d'un triptyque simple : "Ecole : cadeau. Hôpital : cadeau. Travail pour tous". Accusé d'être "allé à la soupe", il affirme avoir repris sa liberté et met en avant l'expérience acquise comme maire de Libreville, puis comme ministre.

COUP D'ETAT ÉVITÉ

Pierre Mamboundou, lui, fait de la refonte des listes électorales un préalable absolu à une élection propre. Il milite pour l'établissement de cartes d'électeur biométriques qui empêcherait la fraude fréquente via les doubles inscriptions. Six mois sont nécessaires, selon lui, pour organiser le scrutin, et non les quarante-cinq jours prévus par la Constitution. Les héritiers du président Bongo semblent partisans d'une révision plus légère des listes.

Le financement des élections est l'autre enjeu majeur. "C'était Omar Bongo, président du PDG, qui distribuait l'argent de l'Etat", rappelle M. Mamboundou. Personne ne sait aujourd'hui comment vont se reconstituer les circuits de financement. "Le PDG disposait d'un budget trente fois supérieur au nôtre", affirme M. Mba Abessolé. Tous deux estiment que la presse française accorde une importance démesurée à Ali Bongo. "Il est impossible qu'il soit élu si les élections sont libres, assène M. Mba Abessolé. Les Gabonais n'accepteront jamais une succession monarchique. Cela mettrait le feu au pays."

Aucun des deux opposants ne met spontanément en avant le thème de la transparence financière. Mais, interrogés sur ce thème, M. Mamboundou confirme que les plaintes déposées à Paris visant les "biens mal acquis" "intéressent les Africains". "Ceux qui y voient des manoeuvres anti-gabonaises sont ceux qui ont profité du vol, ajoute-t-il. Mais il n'est pas acceptable que ce soient des étrangers qui dénoncent de tels faits."

Les deux probables candidats font assaut d'amabilités envers la France et réprouvent les huées essuyées, mardi à Libreville, par M. Sarkozy. L'un rappelle que, contraint à l'exil, il a trouvé refuge en France pendant treize ans. L'autre salue "la volonté de M. Sarkozy d'instaurer des relations non paternalistes avec l'Afrique". Aucun ne demandera le démantèlement de la base militaire française. "C'est un mal nécessaire, déclare M. Mamboundou. C'est grâce à cette présence dissuasive que nous avons évité un coup d'Etat."

 

Philippe Bernard

Nicolas Sarkozy tance le président ivoirien, Laurent Gbagbo

Alors que l'Afrique a été secouée par plusieurs coups d'Etat et que la situation gabonaise pose à nouveau la question des successions politiques, Nicolas Sarkozy doute de la sincérité du processus électoral conduit par le président Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire. "Je ne crois plus dans les promesses de prochaines élections, qui s'avèrent fallacieuses", a-t-il dit, mardi 16 juin à Libreville, où il assistait aux obsèques d'Omar Bongo. M. Gbagbo se maintient au pouvoir alors que son mandat a expiré depuis la fin 2005. Après de nombreux reports, une date a été fixée au 29 novembre pour le scrutin présidentiel.

Le 28 mai, M. Gbagbo avait rendu hommage au président français : "Depuis que Chirac est parti, je dors d'un sommeil profond (...) sans penser que la nuit on peut attiser des militaires à droite et à gauche."

 

Article paru dans l'édition du 20.06.09

 

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