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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 23:40




 

LE MONDE | 16.06.09 | 16h06  •  Mis à jour le 16.06.09 | 16h06

Libreville. Envoyé spécial Philippe Bernard


Abonné aux réélections triomphales mais contestées, Omar Bongo n'hésitait pas à employer un slogan de campagne d'une cynique ironie : "Bongo, c'est gagné d'avance !", proclamaient ses affiches en 2005. Le scrutin qui désignera prochainement le successeur du président décédé offre un tout autre visage.

Son fils aîné, Ali Ben Bongo, ministre de la défense et vice-président du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), a de nombreuses cartes en main pour l'emporter. Observant le silence pour cause de deuil, il devait néanmoins, selon toute vraisemblance, se mettre en avant, mardi 16 juin, à Libreville, en tant que représentant de la vaste famille Bongo, en prononçant devant une quinzaine de chefs d'Etat étrangers, dont Nicolas Sarkozy, l'oraison funèbre de son père.

Pourtant, de multiples incertitudes pèsent sur le processus électoral. Alors que la Constitution prévoit l'organisation du scrutin dans les quarante-cinq jours suivant la vacance du pouvoir, de nombreuses voix s'expriment pour juger ce délai intenable. "Quatre à cinq mois sont nécessaires pour bien faire les choses", a déclaré, lundi, au Monde, le ministre de l'intérieur, André Mba Obame. Pour lui, "l'idéal serait de commencer l'année 2010 avec un nouveau président bien élu".

L'impossibilité de procéder rapidement à la révision des listes électorales contestées et d'organiser matériellement le scrutin est le premier argument avancé. La référence à un "cas de force majeure", prévu par la Constitution pour retarder l'échéance, permettrait de respecter formellement la loi fondamentale à laquelle tous les acteurs du jeu politique jurent leur attachement. Au lendemain de l'inhumation du défunt président, prévue jeudi 18 juin, dans son village natal de Bongoville, le gouvernement devrait examiner une proposition de calendrier qui ferait ensuite l'objet de discussions avec l'ensemble des partis.

MULTIPLICATION DES CANDIDATS

La révision des listes électorales devrait permettre de supprimer les nombreuses doubles inscriptions dont le pouvoir a fait jusqu'à présent, selon les opposants, un usage immodéré. Elle devrait aussi donner l'occasion aux nombreux Gabonais, surtout les jeunes, qui ne s'inscrivaient pas - estimant que le résultat était connu d'avance sous Omar Bongo -, d'être associés au processus électoral.

Si le parti gabonais dominant, le PDG, semble également réclamer davantage de temps, c'est pour tenter de gérer la cacophonie provoquée par le décès de son président fondateur et arbitre suprême. Certains observateurs dénombrent, en effet, une dizaine de candidats potentiels au sein du PDG, à laquelle s'ajoute une demi-douzaine d'ex-opposants ralliés à la "majorité présidentielle". Mais ces derniers pourraient profiter de la mort du président pour reprendre leur liberté. La société civile devrait aussi présenter un candidat.

Les négociations préalables aux candidatures apparaissent d'autant plus cruciales que l'élection présidentielle se joue sur un seul tour et que les responsabilités politiques ont donné, jusqu'à présent, accès à des ressources financières considérables. La multiplication des candidatures, réactivant les clivages ethniques gommés par le clientélisme d'Omar Bongo, peut donc réserver des surprises. "Ici, les élections ne se gagnent pas sur des discours mais sur la capacité à distribuer des positions et de l'argent", constate un député.

Plusieurs acteurs politiques insistent aussi sur les immenses attentes de la population en matière de démocratisation, et donc sur les risques de violence consécutifs à d'éventuelles frustrations. "La France a intérêt à favoriser l'émergence d'une réelle démocratie sinon la population la tiendra pour responsable", affirme un ministre, candidat potentiel, en rappelant que le Gabon compte quelque 10 000 résidents français.

  Article paru dans l'édition du 17.06.09

 

La lutte pour la succession a commencé

Tanguy Berthemet Envoyé spécial Le Figaro 18 juin 2009 

De nombreux prétendants s'affrontent tant à l'intérieur du clan familial que dans l'opposition.

Le cercle des admirateurs s'est restreint. Après sept jours d'hommage populaire, la dépouille du président gabonais est enfin arrivée à Lewaï, où se trouve la maison natale d'Omar Bongo. Dans ce gros village, devenu par la prodigalité présidentielle le très confortable Bongoville, ils n'étaient plus qu'une poignée autour du cercueil. Tous des proches qui se rêvent désormais en héritiers.

Omar Bongo en terre, les ambitions vont se libérer brutalement au grand jour. Le président disparu avait toujours refusé de désigner un favori. «Le Gabon va entrer dans une période très délicate et dangereuse», confirme le député d'opposition Jean-Valentin Leyama. «Le système Bongo consistait à réunir tout le monde autour de lui, par des pressions ou des cadeaux, jusqu'aux opposants. Il en était le pilier. Lui parti, tout va exploser», pronostique un ancien opposant devenu ministre.

Le premier théâtre de cette guerre sourde, c'est le Parti démocratique gabonais (PDG), le mouvement fondé par Bongo. Les prétendants y sont nombreux, à commencer par Ali Bongo, le fils aîné. Ministre de la Défense, peu populaire, il a tenté en vain de se faire adouber du vivant de son père. Mais lors des cérémonies, il s'est placé en chef de la famille, semblant mettre en sourdine les querelles avec sa sœur Pascaline. Cette dernière pourrait néanmoins être tentée de pousser son compagnon, le discret ministre des Affaires étrangères Paul Toungui ou même son ex-mari, le vieux compagnon de route de Bongo, Jean Ping.

«Quel que soit le candidat du PDG, les dissidents seront nombreux», affirme le politologue Jean-François Obiang. La liste des postulants ne s'arrête pas aux proches. À l'enterrement de Bongo, le premier ministre, Jean Eyeghe Ndong a lancé des attaques à peine cachées contre la famille Bongo. Et Idriss Ngari, l'ancien numéro un de l'armée gabonaise, se place déjà comme acteur incontournable en cas de passage en force. La solution de compromis peut s'esquisser autour du ministre des Mines, Casimir Oyé Mba. Sa réputation d'efficacité joue en sa faveur, comme son appartenance à l'ethnie fang.

Sondages interdits

La lutte pour l'électorat fang, environ 30 % de la population, sera rude. Les opposants y travaillent, comme Paul Mba Abessole. Lui, qui avait sans doute gagné dans les urnes la présidentielle de 1993 rumine sa vengeance même s'il lui faudra faire oublier son ralliement au gouvernement. «Je voulais être vigilant de l'intérieur. Et si Bongo m'a offert deux maisons, moi je n'avais rien demandé», explique-t-il. Paul Mba Abessole devra aussi prendre le dessus sur Zacharie Myboto, ex-baron PDG, rival de Bongo depuis 2001. Pierre Mamboundou, opposant modéré, s'appuie, lui, sur le vote des Punus et se jure hostile au système. «Pierre Mamboundou a parlé avec Bongo, mais il n'a jamais franchi le Rubicon. Il n'est jamais allé au gouvernement», dit-il, employant la troisième personne.

«Il est difficile de lire l'avenir car il n'y a jamais eu de vraies élections pour faire référence, et les sondages sont de facto interdits», remarque Michel Ongoundou, le directeur de l'hebdomadaire Gri-Gri international. À ces difficultés s'en ajoute une autre : l'élection présidentielle au Gabon se tient depuis 2003 en un tour. Avec la pléthore de candidats annoncés, le prochain chef d'État gabonais pourrait être fort mal élu. Le seul moyen d'atténuer ce «vrai risque», selon un diplomate, est d'avoir un scrutin propre et une liste électorale incontestable. Or pour l'heure, elle compte presque plus de votants que d'habitants. Pour le pouvoir gabonais par intérim, la préparation de cette liste sera le premier test de sa bonne volonté.

 

La France restera neutre lors de l’élection présidentielle au Gabon, assure Nicolas Sarkozy

LE MONDE | 17.06.09 | 15h21

LIBREVILLE ENVOYÉ SPÉCIAL Philippe Bernard

Jamais sans doute Nicolas Sarkozy ne s'était heurté si abruptement aux ambiguïtés de la "Françafrique". "La France, on n'en veut plus. Partez ! Laissez le Gabon tranquille !", hurlait une quarantaine de jeunes manifestants à son arrivée aux obsèques d'Omar Bongo, mardi 16 juin.

L'accueil houleux réservé au chef de l'Etat français semble avoir reçu la bénédiction des autorités gabonaises : l'incident a eu lieu dans l'enceinte filtrée du palais présidentiel et en présence de nombreux représentants des forces de l'ordre. Ironie, certains protestataires portaient un badge du service du protocole.

La scène donne un aperçu de la manière dont le sentiment anti-français, latent et ambivalent, pourrait être instrumentalisé dans un pays saisi par la crainte du vide politique après quarante et un ans de "système Bongo".

Le président français a commencé par susciter l'agacement lorsque sa voiture, au lieu de le déposer au début du tapis rouge déroulé devant le palais, l'a conduit jusqu'aux portes du bâtiment. Privées du spectacle, des femmes ont commencé à l'invectiver. Lorsque Jacques Chirac est sorti de la même limousine, il a été brièvement applaudi. Puis les jeunes ont pris à parti son successeur.

"Sarkozy a saboté les relations France-Gabon, voilà pourquoi il est crié (sic) ici", expliquait l'un d'eux, faisant allusion à l'annonce de la mort d'Omar Bongo par les médias français dimanche 7 juin (le Gabon affirme qu'elle n'est survenue que le lendemain) et à la mise en cause du président gabonais à Paris dans l'affaire des "biens mal acquis". "Ici, on vous donne tout ; chez vous, on ne nous donne rien !, criait un autre. Nous n'avons pas besoin de la France pour décider de l'avenir de notre pays."

Le message était subtil : il mêlait la rhétorique du régime Bongo présentant la mise en cause de la fortune du président gabonais devant la justice comme une agression française avec le thème, omniprésent dans la jeunesse gabonaise, du refus de toute tutelle de l'ancien colonisateur.

EPOQUE RÉVOLUE

Cette entrée en matière hostile n'a pas empêché MM. Sarkozy et Chirac de déposer ensemble une gerbe devant le cercueil du défunt "ami de la France", mettant en scène le spectacle de leurs retrouvailles. Cette fois, les applaudissements ont fusé des rangs de la quinzaine de chefs d'Etat africains présents aux côtés du vice-premier ministre de la Chine, un pays très implanté au Gabon, et du directeur général de Total.

L'entourage du président s'est employé ensuite à minimiser l'incident et à présenter les quolibets comme visant non pas M. Sarkozy mais les médias français, jugés coupables d'avoir décrit Omar Bongo et son pays sous un jour inamical. "Je suis heureux de payer votre addition", a grincé M. Sarkozy à l'adresse des journalistes français, seuls invités à le rencontrer.

Se défendant de toute ingérence, le président a affirmé : "La France ne soutiendra aucun candidat. C'est une époque révolue." Il a reconnu cependant qu'il avait "vu Ali Bongo (le fils aîné d'Omar Bongo, candidat probable à sa succession) à trois reprises" et "Pascaline Bongo (la fille du défunt, dont le compagnon est un autre candidat possible) à sept ou huit reprises" depuis 2002. M. Sarkozy a ajouté qu'il n'allait pas profiter de sa présence aux obsèques pour rencontrer les opposants, "parce que je serais alors en plein mélange des genres".

S'inquiétant des risques de dérapages, le président a affirmé qu'il fallait "préserver la culture du consensus et de l'unité, acquis du président Bongo". En référence aux événements sanglants de Côte d'Ivoire en 2004, il a affirmé que "les forces françaises ne sont pas là pour servir de substitut à des processus électoraux défaillants". A Libreville, l'armée française dispose d'une base de 800 hommes.

Les oraisons funèbres prononcées dans l'après-midi n'ont fait que confirmer la confusion qui règne au sein du Parti démocratique gabonais (PDG), de feu Omar Bongo. Son fils Ali, le ministre de la défense, s'est engagé à "garder allumée la flamme sacrée de l'harmonie familiale et de la concorde républicaine". L'exhortation pourrait relever de la méthode Coué, tant la mort du "Vieux" attise les ambitions.

Dans la foule qui, en bord de mer, s'est ensuite massée sur le passage du cercueil présidentiel, la crainte d'une perpétuation du régime par une énième élection truquée amenant "le fils" Bongo au pouvoir est largement exprimée. Ali Bongo est perçu comme "le candidat de la France" et de "la succession monarchique". Deux motifs cumulatifs de rejet.

 

Article paru dans l'édition du 18.06.09

 

Bongo bon gars du Gabon ?

18/06/2009 à 06h52 Libération

par EYOUM NGANGUÈ journaliste camerounais, fondateur de l’association des journalistes africains en exil.

Le président du Gabon est mort. Autour de ce décès, on assiste à une indulgence quasi obscène des médias occidentaux (à quelques exceptions dont Libération NDLR) et un chapelet d’indécentes éloges de la part de la classe politique français (en dehors du propos très critique d’Eva Joly sur le bilan des années Bongo), de ses amis, proches ou lointains, sans aucun égard pour le peuple gabonais qu’il a martyrisé quarante-deux ans. Si l’on cite un à un les attributs que ses thuriféraires lui accolent au lendemain de sa mort, on peut légitimement se demander de qui l’on se moque.

«Le sage». Cet autocrate a manqué de sagesse lorsqu’il s’est agi de gérer la manne pétrolière de son pays. Dans les années 60, le Gabon était membre de l’Opep mais si on le compare à Dubaï, c’est un vaste bidonville où le peuple croupit dans la misère et regarde les 10 000 à 15 000 profiteurs du régime (acheté par le génie corrupteur de cet autocrate) se gaver de l’argent du pétrole et du bois et regardant de loin l’étalage des propriétés privées de la famille Bongo, au Gabon, au Maroc et en Europe.

«Le doyen». Pour sa longévité aux affaires. Dans ce cas, Fidel Castro serait encore plus «doyen» que lui. Par ailleurs, aurait-on qualifié Georges Pompidou (devenu président français en 1969, soit deux ans après l’accession à la présidence gabonaise d’Omar Bongo) de doyen s’il s’était accroché au pouvoir jusqu’en 2009 ? Imagine-t-on un seul instant Helmut Schmidt, Margaret Thatcher ou un autre chef de gouvernement européen ainsi s’éterniser au pouvoir ? Les aurait-on qualifiés de doyen ? Seul le regard condescendant que les hommes politiques européens portent sur l’Afrique permet de justifier qu’un autocrate comme Bongo quitte la scène sous un tel cortège de louanges.

«L’ami de la France» était l’ennemi de son propre pays qu’il a maintenu dans la pauvreté, au point de ne pouvoir y construire un hôpital décent (sa femme étant décédée le 14 mars dans un hôpital marocain et lui-même dans un établissement hospitalier espagnol deux mois plus tard). Combien de Gabonais qui vivent dans les matitis (favelas de Libreville) peuvent se payer des soins à l’étranger ?

«Le facilitateur de la paix dans de nombreux conflits en Afrique». Encore une flibusterie, quand on sait que Bongo et son régime ont soutenu les sécessionnistes du Biafra au début des années 60 (bilan, entre un et trois millions de morts) ou les attaques de Bob Denard contre le régime de Mathieu Kérékou au Bénin quelques années plus tard. Bongo a aussi permis la déstabilisation de plusieurs autres régimes africains. Il a géré de main de maître la transmission monarchique entre Eyadema et son fils Faure Gnassingbé au Togo. Dans son pays, il a muselé la presse, détruit des stations de radio au bulldozer, éliminé physiquement des opposants.

Aujourd’hui, on veut nous présenter Bongo comme un héros. On minimise désormais le fait qu’il a pillé son pays, que sa défunte femme possédait 50 comptes à l’étranger, on appelle à une transition en douceur pour que se perpétuent les souffrances du peuple gabonais. Tout se passe comme si, même la mort ne pouvait pas arrêter le système Bongo.

Pourtant, sa disparition physique devrait constituer une vraie bouffée d’oxygène pour les centaines de milliers de Gabonais qui n’ont jamais pu bénéficier de la nature généreuse de leur pauvre petit pays riche pris en otage par Bongo et ses amis. Ces milliers de personnes à qui on impose la paix des pauvres.

Non, au Gabon, Bongo n’était pas un bon gars.

 

 

 

 

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