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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 15:01



 


(Le Pays 11/06/2009)

Omar Bongo Ondimba était incontestablement le dernier pilier de la Françafrique. Depuis qu’il a pris les clés du palais du bord de la mer en 1967 jusqu’à sa mort officiellement déclarée le lundi 8 juin 2009, le patriarche politique de Libreville a servi tous les chefs d’Etat français et, en retour, a toujours été servi par eux tous.


Fin connaisseur des arcanes de la vie politique française, il a même financé plusieurs campagnes électorales en France. A ce titre, il bénéficie du soutien indéfectible de Paris qu’il a également aidé à s’extirper de bien des guêpiers en Afrique. La solide implantation de la France au Gabon par le biais de sa base militaire et l’exploitation du pétrole gabonais par Elf puis Total, est une preuve supplémentaire de la solide amitié séculaire entre l’Elysée et celui qui était considéré comme le doyen des chefs d’Etat africains.


Les intérêts géostratégiques et économiques de la France au Gabon, ajoutés à la gentillesse sans limite de Bongo à l’endroit des politiques français, ont renforcé les liens entre le patriarche et l’ancienne puissance colonisatrice. Même l’homme de la rupture n’a pas pu s’attaquer au roc. La Françafrique, qui s’y frotte s’y pique ! Le téméraire Jean Marie Bockel, alors ministre de la Coopération en a fait les frais pour avoir trop compris la rupture. Certes, le privilège de la première visite d’un chef d’Etat africain à l’Elysée après l’arrivée de Sarkozy n’a pas été réservé à Bongo.

 
Certes, l’affaire des "biens mal acquis" révélée par des associations et la presse françaises, a sonné à Libreville comme un crime de lèse Majesté. Mais la Françafrique même ébranlée, demeure une réalité tenace. Elle survivra à " Papa Ondimba". Car, tant que les chefs d’Etat africains auront besoin de la France pour veiller sur leurs fauteuils et qu’en retour, la France devra s’appuyer sur eux pour prolonger son système néocolonialiste sous le pudique manteau de la coopération, la Françafrique vivra. Tant que les dirigeants africains pourront exercer leur pouvoir à vie, faisant fi de l’alternance et de la démocratie, pourtant exportées sous nos tropiques par la France, la Françafrique s’enracinera toujours davantage.

 
Tant que la Françafrique pourra continuer à rimer avec pillage et soutien à des présidents africains abonnés à la mal gouvernance et à l’impunité, elle survivra. Et tant qu’il y aura des chefs d’Etat comme le Congolais Sassou Nguesso, le Tchadien Idriss Deby et le Camerounais Paul Biya, sur lesquels la Françafrique peut s’appuyer, elle a encore des jours heureux devant elle. Toutefois, avec la naissance et le développement d’une opinion publique de plus en plus critique, la Françafrique pourrait revêtir de nouveaux habits.

 
Et ce relookage sera sans doute plus profitable aux peuples africains qu’à leurs seuls dirigeants obnubilés par les richesses et le pouvoir à vie. "La France sans l’Afrique était une mendiante larmoyante" comme l’a dit le célèbre apposant burkinabè, Laurent Bado. Avec la Françafrique, c’est la garantie, pour la France de perpétuer le pillage systématique des richesses des pays africains. Une fois de plus, le Gabon, malgré son pétrole abondamment exploité par Elf et plus tard par Total, n’a jamais pu décoller économiquement.

Ce pays a même été contraint de demander à accéder au statut de PPTE (pays pauvre très endetté). Voilà pourquoi la Françafrique survivra et aura toujours la latitude de placer et de protéger les hommes et les femmes qui seront aptes à la perpétuer. Une fois de plus, la France prépare activement la succession de Bongo père, qui pourrait bien revenir à Bongo fils (Ali Ben) ou à Bongo fille (Pascaline). En attendant, fait heureux, la transition se déroule dans le calme au Gabon dont Ali Bongo, tout-puissant ministre de la Défense et candidat potentiel au fauteuil présidentiel, avait tout de même pris la précaution de fermer les frontières.


La tâche pourrait être rude par la suite pour Rose Francine Rogombé, la présidente du Sénat qui a pris ses fonctions dans le strict respect de la Constitution et doit organiser dans les 45 jours au plus tard, une élection présidentielle. Pour l’instant, elle s’occupe d’organiser des obsèques digne
s du père de la nation. Pendant ce temps, tous ceux qui lorgnent le Palais du bord de mer attendent sagement que le corps d’Omar Bongo soit porté en terre avant de sortir leurs longs couteaux.



"Le Pays"

 

 Copyright Le Pays



NDLR : La disparition d'Omar Bongo est à n'en pas douter, synonyme du tarissement du puits financier dans lequel plusieurs personnalités tant françaises qu'africaines et aussi centrafricaines, avaient l'habitude d'aller étancher leur inextinguible  soif d'argent. Le désarroi d'un Bozizé par exemple depuis l'annonce de la mort du président gabonais, en est une parfaite illustration. Réellement pris de panique et en dépit du fait qu'il n'y était pas attendu, il s'est déjà rendu hier à Libreville pour l'arrivée du corps de l'illustre disparu mais ne sachant plus quoi faire après, il est revenu aujourd'hui à Bangui pour repartir lundi prochain attendre les obsèques officielles réservées aux délégations étrangères prévues mardi. Cela en fait trop pour un chef d'Etat mais donne une exacte idée de la désespérance du président centrafricain après le vide sidéral laissé par Omar Bongo Ondimba. On sera bien curieux de voir qui, parmi les hommes politiques centrafricains qui ont eu à bénéficier des largesses de Bongo, ceux qui iront de leur poche, s'incliner sur sa dépouille.   

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