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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 17:32





UNIVERSITE DE FRANCHE-COMTE


Des vestiges métallurgiques trouvés en Afrique, et l’apparition de la sidérurgie recule de deux siècles


Article publié dans le numéro 224 de Mai 2009


Non seulement la métallurgie du fer est plus ancienne que ce que l'on pensait, mais il semblerait aussi qu'elle ait émergé à différents endroits de la planète


La découverte, en Centrafrique, du plus ancien site de sidérurgie par l'équipe du Laboratoire métallurgies et cultures de l'UTBM (UMR 5060 du CNRS) remet en question les chronologies du fer, ses lieux d'apparition, mais aussi la théorie du diffusionnisme. La multidisciplinarité de cette unité mixte de recherche n'est pas étrangère à la qualité de ses travaux.

Cités dans un article de Science en janvier 2009, les travaux de l'équipe du LMC — Laboratoire métallurgies et cultures — de l'UTBM, menés entre 2001 et 2008 à Ôboui en Centrafrique, en collaboration avec Étienne Zangato (chercheur africain associé au laboratoire) ont remué le microcosme des spécialistes de la métallurgie. En effet, ce site sidérurgique constitue une découverte majeure. « Nos collègues spécialistes ont réalisé des datations au carbone 14 sur du charbon de bois prélevé en situation dans des scories de réduction du fer, c'est donc parfaitement fiable », assure Philippe Fluzin, directeur du LMC. « Non seulement nous prouvons l'existence d'une chaîne complète, mais nous apportons une datation, celle de 1 800 avant J.-C., soit il y a 3 800 ans ».

 
Une plate-forme microanalytique commune à Sevenans et Saclay


Docteur en sciences des matériaux, Philippe Fluzin a créé le Laboratoire métallurgies et cultures en janvier 1991, parce que l'histoire fortement métallurgique de la région franc-comtoise l'y incitait. Il inaugurait ainsi une nouvelle forme de recherche, un maillage alliant pragmatisme (les compétences restant sur place mais étant interconnectées) et mutualisation. « On rationalisait ainsi notre fonctionnement à l'UTBM. Mais on a très vite vu que l'on aurait du mal à avoir, à Sevenans, les grands moyens d'étude de la matière ». La solution a été trouvée en 2002, avec la création d'un laboratoire commun à l'UTBM, au CNRS, au CEA Saclay. Cette plate-forme microanalytique allait se concentrer sur le domaine du « petit », de l'ordre de 10 microns. « Ici, à Sevenans, nous étudions tout ce qui est supérieur à 10 microns et pour les dimensions inférieures nous avons mutualisé le personnel technique et les équipements à Saclay. Cette politique de plate-forme présente l'avantage d'être très efficace dans la couverture nationale et internationale et de bénéficier d'équipements lourds qu'aucun, seul, n'aurait pu se payer (synchrotron SOLEIL) ». Dès lors, cette unité mixte de recherche allait s'associer à de nombreux partenaires (treize universités, seize laboratoires, vingt-deux institutions ou universités étrangères) et bénéficier de laboratoires permanents en Égypte, à Jérusalem, ou encore dans certains pays d'Afrique de l'Ouest. Elle regroupe aujourd'hui une centaine de chercheurs (en France), dont cinquante et un permanents, parmi lesquels vingt-deux dépendent du LMC de l'UTBM. Sans compter les thésards…

 

Publiés fin 2008 dans un ouvrage intitulé Les Ateliers d'Ôboui, les travaux de l'équipe de Philippe Fluzin et d'Étienne Zangato remettent en question rien de moins que l'âge d'apparition de la métallurgie du fer, que l'on estimait jusque-là à 1 600 avant J.-C., en Anatolie (Turquie). « Cette découverte ne nous étonne pas en soi, cela nous semble même assez naturel puisque le fer est le quatrième élément de la croûte terrestre. Il y a vingt ans, j'avais déjà évoqué l'idée qu'il devait forcément exister des centres autonomes de métallurgie du fer. Certes, on bouleverse la chronologie établie — comme on l'a déjà fait sur la fonte, avec un bond de 600 ans — mais on lui fait également faire un bond géographique », explique le directeur du LMC. 

  La matière : un livre d'histoire


« On montre aussi qu'il n'y a pas un foyer unique en termes d'émergence d'innovations technologiques. Les pays d'Afrique de l'Ouest sont très satisfaits de montrer ça au monde, mais les enjeux politiques ne nous concernent pas. Nous nous contentons de livrer des vérités sur la matière telles qu'on les  « lit  ». Cela nous permet aussi d'avoir des échantillons en fer plus anciens, et ce n'est que du bonheur. Remettre en question les grands ordres établis ou les théories bien ancrées dans les manuels, cela constitue une partie de notre plaisir de découverte », confie Philippe Fluzin. Son métier de base  ? « Lire » la matière, quel que soit son âge, même si bien souvent il manque des éléments. « Notre travail consiste certes à donner des informations aux historiens et archéologues sur les procédés utilisés pour la réalisation d'objets. Mais notre intérêt, c'est aussi de voir comment des objets manufacturés s'altèrent dans le temps, nous regardons donc également la façon dont la matière se détériore ».
 

Cette découverte africaine majeure n'est pas fortuite. La force de l'équipe du CNRS que dirige Philippe Fluzin réside dans sa belle multidisciplinarité. Métallurgistes, physiciens de la matière, géologues, archéologues, historiens, ethnologues ou même sociologues confrontent leurs découvertes et leurs savoirs et, ensemble, font avancer la connaissance de l'histoire de la métallurgie. « Notre activité, globalement, est de montrer qu'il y a un lien permanent entre passé, présent et avenir. L'endommagement résulte bien souvent d'une synergie de facteurs qui auront pour conséquence la détérioration de l'objet ou de la structure ; il ne s'agit pas d'une simple additivité. Nous sommes ainsi capables de comparer le vieillissement naturel et accéléré ».
 

Cette science des matériaux a des applications immédiates comme l'étude de la conservation du patrimoine, bâti ou non, enterré ou non. Les objets en métal deviennent alors des éprouvettes scientifiques, qu'il s'agisse de la structure du premier Concorde, de tirants de cathédrales, de l'inertage de déchets hautement toxiques, de gazoducs… ou de très anciens sites sidérurgiques africains.


La revue Science attise la polémique


Dans un article de trois pages, le numéro de janvier 2009 de la très sérieuse revue américaine Science rebondissait sur les travaux menés en Centrafrique par Philippe Fluzin et Étienne Zangato, quelques semaines à peine après la publication des Ateliers d'Ôboui par Étienne Zangato, à la Documentation française. La remise en cause des théories qui prévalaient jusqu'alors — la première trace de sidérurgie du fer en Anatolie, il y a 3 600  ans, et le « diffusionnisme  » qui s'en serait suivi — déclenche une polémique de la part de certains scientifiques américains, qui mettent en cause la fiabilité des travaux. « Nos procédures sont on ne peut plus rigoureuses », rétorque Philippe Fluzin. « Ces critiques montrent une certaine méconnaissance de l'actualité scientifique des travaux européens. Leurs auteurs n'ont aucune pratique de la multidisciplinarité, et c'est bien ça qui fait la richesse de l'innovation, c'est cette mise en commun de nos cultures scientifiques. Cette polémique est déjà ancienne, mais cette fois, on a une légitimité, et on apporte presque le coup de grâce à la théorie d'un centre unique d'apparition de la métallurgie du fer ».

 

Contact : Philippe Fluzin

Laboratoire métallurgies et cultures 

UTBM

Tél. (0033/0) 3 84 58 30 29

 

 

 

 

 

 

   

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