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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 18:42


 

NDLR : Voici quelques pertinents extraits du discours prononcé par M. Jean Claude ESMIEU, Délégué de la Commission de l’Union Européenne à Bangui arrivé en fin de mandat, lors de la journée de l’Europe samedi 9 mai dernier. Ce sont probablement ces passages du discours où l’auteur relève quelques tares et caractéristiques du pouvoir de Bozizé qui l’ont beaucoup choqué pendant son séjour dans le pays, qui ont vraisemblablement été jugés scandaleux par les ministres Cyriaque GONDA, Simplice ZINGAS et Gaston MACKOUZANGBA et entraîné ipso facto leur départ de la cérémonie créant ainsi publiquement un incident diplomatique, et abandonnant sur les lieux leur Premier Ministre Faustin TOUADERA, relégué au rôle de véritable larbin.

 

« Donc c’est en principe aujourd’hui ma dernière intervention pour la fête de l’Europe en RCA. »


 
En fait, je suis triste et heureux à la fois.


« Triste, car il est toujours difficile de quitter un pays et des gens qu’on a aimés, triste aussi de l’ouvrage inachevé avec ces Pôles de Développement qui sont aujourd’hui les vôtres dont je ne verrais pas la naissance officielle, ni même celle de la route Bouar - Fambélé qui, pour des raisons totalement indépendantes de la partie centrafricaine, a des difficultés à naître. Je regrette de ne pas participer à l’inauguration des ces deux importants programmes alors que de nombreuses occasions d’inauguration nous ont si souvent réunis. C’est la preuve que notre coopération est toujours restée active. »


 

« La Démocratie centrafricaine est telle une adolescente enthousiaste qui n’écoute ni ses parents, ni sa famille, ni ses amis. Elle est sûre d’elle, n’acceptant que sa propre expérience. C’est sa vie et comme toute adolescente elle deviendra sage, j’en suis certain, et mon institution sera toujours à ses côtés, non pas comme tuteur ou comme grande sœur, mais comme une compagne de route. »…


« D’abord c’est un beau pays et on ne le dira jamais assez. Sa vastitude, ses différents climats, sa végétation tantôt semi désertique, sa flore et sa faune sauvage rares au XXème siècle, ses cours d’eaux sur l’ensemble du territoire permettant un élevage conséquent (mais malheureusement pas toujours national), ses richesses agricoles et minières, bref votre pays géographiquement est potentiellement très riche pour sa population. Cependant, la géographie ne fait pas tout. La RCA est éloignée des bases et des chemins traditionnels des touristes et seuls les plus fortunés peuvent venir en profiter. Pour cela il leur faut des conditions d’accueil particulières, haut de gamme, ce qui signifie des conditions d’hébergement confortables pour voir ou chasser cette magnifique faune sauvage. Cela implique aussi des mesures de sauvegarde de ladite faune (à cet égard je vous rappelle qu’il y a plus de quinze années que la Commission soutient financièrement avec des montants considérables des zones de chasse villageoises (les ZCV) que le gouvernement refuse de légaliser au risque de perdre définitivement notre soutien et un code d’investissement souple, attractif et surtout respecté

par une admiration notamment des impôts souvent trop entreprenante sous couvert d’être efficace. »…


« Il faut en finir Monsieur le Premier ministre avec cette Justice qui, par exemple, condamne une ONG internationale (qui n’a pas de but lucratif je le rappelle) à payer sur un projet humanitaire la totalité de nombreuses motos non livrées par une entreprise centrafricaine à qui en plus elle doit payer des dommages et intérêts exorbitants, car elle a osé réclamer lesdites motos. Il faut en finir avec ces barrages routiers qu’on me dit légaux et qui font des actes illégaux rendant ainsi la République Centrafricaine comme le pays le plus cher du monde en termes d’obstacles au commerce interne. Il faut en finir avec cet harassement des services des impôts sur les rares entreprises légales qui restent en RCA. Il faut en finir avec ces promesses permanentes d’amélioration de gestion publique et ce secteur commercial informel qui profite de l’argent centrafricain sans en apporter de contreparties. »


« Dans mon souvenir j’emporterais donc l’image d’un pays beau, d’une population laborieuse, d’un pays potentiellement riche, mais aussi d’un pays malade, médicalement malade. En effet, la RCA, Monsieur le Premier ministre, est attaquée par des maladies répandues sur la terre entière et qui font des ravages considérables dans l’humanité et chez vous aussi. La RCA a si peu de médecins modernes sur son territoire et tant de médecins traditionnels dont l’unique action (à de très rares exceptions près) se résume plus à invoquer le « Talimbis » pour accuser un voisin/une voisine d’être à l’origine de la maladie ou de la mort du patient alors que c’est le SIDA, le paludisme, le cancer et bien d’autres maladies bien connues mais ce n’est certainement pas le voisin ou la voisine. Excellence, je dois vous l’avouer aujourd’hui, au crépuscule de mon séjour en terre centrafricaine : ce qui m’a le plus affligé, et je ne pense pas être le seul, c’est la propension africaine d’accuser les autres de leur propre misère ou désarroi ou maladie. Elles le font par crédulité ou par ignorance, cela dépend des cas. C’est certainement le souvenir le plus triste de mon séjour dans votre pays. C’est tragique. Même la Commission des Droits de l’Homme à Genève a interpellé récemment votre Gouvernement de manière publique et internationale sur ce terrible phénomène de la sorcellerie que je ne pouvais passer sous silence aujourd’hui. Des solutions acceptables par tous existent. D’aucuns y travaillent et la Commission européenne soutiendra toute action en ce sens. »…

« Mais je suis également heureux, car arrivé tôt en janvier 2005, j’ai vu évoluer votre jeune démocratie. Certes avec des hauts et des bats comme toutes les démocraties, avec des résistances, des enthousiasmes, des déchirements, des attentes, des déceptions et des regrets… Bref une démocratie naissante. J’ai vu des élections dans lesquelles personne, sauf les centrafricains, ne croyait en 2005. J’ai assisté à des débats houleux, longs, fastidieux mais fructueux par la magie centrafricaine sur les sujets les plus divers (Justice, élections, systèmes de sécurité, Dialogue Inclusif). J’ai vu des décisions courageuses mais j’ai aussi vu des positions et actions peu conformes avec la morale internationale ou aux aspirations et principes de l’Union européenne. »…
 

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