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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 15:58

 

17-04-2009 Gabriel Ngoulaka (Syfia Centrafrique) Dans le nord de la Centrafrique, les populations déplacées à cause de la guerre commencent à sortir de la brousse et rentrent dans leurs villages. Mais une fois de retour, la désillusion est grande : cases et écoles incendiées, dispensaires pillés, greniers détruits…

À la radio nationale, la campagne de sensibilisation lancée par le gouvernement centrafricain pour le retour des déplacés bat son plein. Dans le Nord, le mouvement de retour s'amplifie de jour en jour depuis le début d'année. Comme à Bédamara VI, un village de Paoua dans la région de l’Ouham-Pendé, à 500 km au nord de Bangui, où les déplacés arrivent massivement. Alors qu'en brousse où ils s'étaient réfugiés – certains depuis le début de la guerre, en 2002, – ils recevaient quelques vivres du Programme alimentaire mondial (PAM) et des soins de santé de Médecins sans frontière (MSF), ici, ils sont livrés à eux-mêmes : l'État ne leur a apporté que peu d'aide pour se réinstaller.


En cette fin de saison sèche, une jeune femme à peine rentrée accouche d’un garçon, sous un hangar de fortune. Pierrette Nodjidoum, l'accoucheuse traditionnelle du coin, défait son pagne pour couvrir le nouveau-né. "Il n’y a pas d’alcool, ni sparadrap, ni layette, rien. J’utilise mes propres effets pour aider les femmes qui accouchent", fait-elle remarquer. Dans cette région où est né l'ex-président centrafricain Ange Félix Patassé, théâtre depuis 2002 d'affrontements entre les rebelles et l'armée régulière, les dispensaires ont été réduits en cendre par les belligérants. Les déplacés ont trouvé à leur retour leurs cases détruites, les plantations saccagées, les greniers pillés.

 Tout est à reconstruire
 

Depuis qu'ils sont sortis de la brousse, les villageois dorment à la belle étoile. Le jour, ils s'activent, les uns à rebâtir leurs maisons en terre aux toits de chaume, les autres à construire une case de fortune en bois. Les femmes vont chercher de la paille pour couvrir les toits, les hommes couper du bois et des lianes. A l'instar de Philippe M’bério, visiblement épuisé : il n'a pas connu de repos depuis qu'il a regagné le village : "Mon épouse et moi, nous nous battons pour rebâtir les trois cases familiales que nous avions laissées, avant de ramener nos six enfants restés dans la brousse". Ceux-ci y vivent grâce à l'aide alimentaire du PAM. En attendant d'avoir un abri et de recommencer à cultiver, les paysans se nourrissent des vivres ramenés de la brousse (reçus du PAM ou récoltés dans les plantations qu'ils y avaient créées). "Combien de temps continuerons-nous à vivre ce calvaire ?", demande Jean-Claude Baïne, un habitant du village.

À Bégatara, l'école est envahie par de hautes herbes. Les portes ont été défoncées et emportées, les salles de classe vidées. "Les tables-bancs ont été arrachées pour servir à la fabrication de cercueils et de meubles", témoigne un humanitaire qui requiert l’anonymat. Plus loin, une épaisse couche de cendre recouvre le sol là où, avant, se dressaient des écoles en bois. Toutes les localités du nord du pays qui ont connu la guerre vivent la même misère et la même désolation. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Bangui, 85 000 personnes déplacées seraient rentrées chez elles en 2008, sur un total de 193 000 contraintes par la violence de quitter leurs domiciles au cours de la dernière décennie.

Manque d'enseignants
 

Le calvaire des populations du Nord a commencé en 2002, avec la rébellion dirigée par l’actuel chef de l’État, François Bozizé, contre le régime d'Ange Félix Patassé. Après le changement de pouvoir en 2003, la rébellion a simplement changé de camp et les civils ont continué à faire les frais de ces combats. Les offensives de l’Armée populaire pour la restauration de la République et la démocratie (APRD), rébellion proche du président déchu Patassé, et les ripostes des Forces armées centrafricaines (FACA) ont accentué le climat d’insécurité dans l’Ouham-Pendé. La présence de bandits armés, les fameux coupeurs de route, centrafricains, mais aussi tchadiens voire soudanais a fait empirer la situation.

Fuyant les exactions, les villageois se sont réfugiés en brousse, laissant derrière eux des cases incendiées ou pillées par des hommes armés. Selon des chiffres officiels, depuis le premier trimestre 2006, un tiers des 120 000 habitants de l’Ouham-Péndé auraient fui en brousse où ils bénéficient jusqu'à maintenant de l’assistance humanitaire étrangère. Ils y ont développé une agriculture de subsistance, se soignant avec des racines et des feuilles sauvages. S'abritant sous de huttes, ils sont à la merci des serpents et des intempéries, et tombent régulièrement malades. Des conditions qui, malgré l'aide de MSF et du PAM, les poussent à rentrer chez eux.

L'État a rouvert le lycée de Paoua, capitale de la région, pour accueillir les élèves de retour. Les uns avaient suivi leurs parents en brousse, les autres avaient été enrôlés dans les rébellions. "J’encourage les parents à venir ici réinscrire tous leurs enfants, même ceux qui ont dépassé l’âge de fréquenter le lycée", lance Pierre Yotiga, proviseur de cet établissement. En l’espace d’un an, le nombre d’élèves a plus que triplé, atteignant 2 500 pour 35 000 habitants. Mais les enseignants ne sont pas assez nombreux : beaucoup refusent de travailler dans cette région où l'insécurité persiste.

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