Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 14:53



  François Bozizé Yangouvonda



Le mystérieux M. Singaye

Jeune Afrique n° 2518 du 12 au 18 avril 2009

Actuel conseiller spécial du président centrafricain François Bozizé, le Rwandais Fabien Singaye (50 ans) est sur la sellette. Si l’on en croît le quotidien belge Le Soir, il aurait servi d’interprète au juge français Jean-Louis Bruguière lors d’interrogatoires de témoins rwandais à charge dans le cadre de son enquête sur l’attentat contre l’ancien président Habyarimana en avril 1994. Un traducteur pour le moins engagé, au vu de documents dont Jeune Afrique a obtenu copie et qui démontrent que Singaye – deuxième secrétaire à l’ambassade du Rwanda en Suisse au début des années 1990 – entretenait une correspondance suivie avec le colonel Elie Sagatwa, secrétaire particulier de Juvénal Habyarimana, qu’il alimentait en informations de toutes sortes sur l’opposition tutsie en exil.

Toujours selon ses propres dires, Singaye entreprenait une relation de travail suivie avec le capitaine Paul Barril (alias « Bravo »), lequel deviendra par la suite un proche de la famille Habyarimana et l’un des enquêteurs utilisés par le juge Bruguière. Gendre de Félicien Kabuga, l’un des principaux financiers du génocide (recherché par la justice internationale, ce dernier se cacherait au Kenya), et fils d’un homme d’affaires influent de Gisenyi réfugié en Belgique, puis en France, Fabien Singaye, qui n’est pas retourné au Rwanda depuis 1994, a connu François Bozizé alors que ce dernier, depuis son exil, préparait le renversement d’Ange Félix Patassé. Il est titulaire d’un passeport diplomatique centrafricain.


NLDR : Comme le montre l'article ci-dessous de Survie, c'est depuis 2004 que Centrafrique-Presse avait déniché Fabien Singaye, ce conseiller bien spécial du président centrafricain et commencé à parler de lui.


Françafrique centrafricaine

Billet d’Afrique

Survie N° 122 - Février 2004 p. 2

La Françafrique est en train de déployer ce qu’elle a de moins reluisant auprès du président centrafricain François Bozizé, un putschiste que l’on avait pu croire un temps converti aux intérêts de son pays. Elle ne se contente pas d’y assurer une gestion néocoloniale de la sécurité nationale sous la houlette du général Jean- Pierre Perez, avec l’appui des troupes du Gabonais Bongo et des bandes du Tchadien Déby. Elle pousse, dans le pays des diamants, de l’ivoire, de l’uranium, du bois tropical et bientôt du pétrole, quelques chevaux de retour peu recommandables.

Jean-François Hénin d’abord, un des spéculateurs-naufrageurs du Crédit Lyonnais, reconverti en aventurier de l’Afrique profonde, grand amateur d’or vert et noir. Après s’être positionné sur le bois centrafricain, ce proche de l’Opus Dei s’intéresse pieusement aux prolongements centrafricains des gisements pétroliers tchadiens.

Toute une équipe d’anciens agents des services français et d’ex-super gendarmes du GIGN (à l’instar de Paul Barril) entoure à Bangui un intermédiaire « richissime et beau parleur », Médard Bemba, porteur des « ambitions de plusieurs groupes pétroliers et de banques d'affaires ». (La Lettre du Continent, 22/01).

Éminence françafricaine, ancien chef du service Action de la DGSE, le général Pierre Costedoat conseille le groupe LCF Rothschild et sa filiale néo mercenaire Sécurité sans frontières. « On prête l'intention aux dirigeants de LCF Rotschild de venir le mois prochain à Bangui proposer au général-président [Bozizé] un savant montage financier.

Gagé sur des concessions de diamants ? » (idem).

Un autre « conseiller spécial » s’agite auprès de Bozizé, le sulfureux Fabien Singaye (idem et Centrafrique-Presse, 18/01). Il a travaillé jadis pour le couple présidentiel rwandais Habyarimana, protégé de la Françafrique. Selon La Tribune de Genève (20/08/1994), Singaye dirigeait depuis l’ambassade du Rwanda à Berne « un réseau d'espionnage contre les opposants de l'ex régime». Il est par ailleurs le beau-fils du principal financier du génocide des Tutsi, Félicien Kabuga, en fuite depuis 1994, qu’il aurait un temps hébergé à Berne, selon La Tribune.

Aujourd’hui, d’après Centrafrique-Presse, il serait chargé par Bozizé de « trouver des financements contre des permis miniers. Il partage son temps entre Bangui et Paris. » Paris, où son ex-patronne, Agathe Habyarimana, exhibe son impunité.


Le carnet de Colette Braeckman

Le Soir 6 avril 2009

Depuis 2006, la délivrance de mandats d’arrêts par le juge Bruguière à l’encontre de neuf hauts dirigeants rwandais a provoqué la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Or aujourd’hui, l’examen du « dossier Bruguière » s’avère plus compromettante pour le pouvoir judiciaire français que pour le Rwanda lui-même. En effet, non seulement les principaux témoins à charge cités par le juge se sont rétractés, dont le major Ruzibiza qui avait déclaré avoir participé lui-même à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, mais des éléments neufs pourraient être invoqués pour invalider l’ensemble du dossier.
 
En effet, des documents inédits découverts en Suisse et dont nous avons pu prendre connaissance établissent que le traducteur rwandais, Fabien Singaye, qui assista Bruguière dans l’interrogatoire de ses témoins était tout sauf neutre : beau-fils de Félicien Kabuga, l’un des financiers du génocide, toujours recherché par Interpol, il était lié au clan présidentiel et en particulier au colonel Sagatwa. En 1992, alors qu’il vivait en Suisse et opérait comme agent de renseignements pour le régime, il avait travaillé avec Paul Barril, le sulfureux « gendarme de l’Elysée » qui, en 1994 avait été chargé de plusieurs missions pour la famille Habyarimana. Avec un traducteur aussi « engagé » que Fabien Singaye, rien d’étonnant à ce que des témoins comme Emmanuel Ruzindana (qui ne parle pas le français) aient déclaré par la suite n’avoir rien reconnu des propos qu’ils avaient réellement tenus lors de leur comparution devant le juge.

Alors que le dossier Bruguière se vide peu à peu de sa substance, les relations entre la France et le Rwanda sont à un tournant : le 14 mars dernier, en marge d’une mission officielle sur l’éducation numérique, l’ancien ministre français Alain Madelin (qui, à son retour a reçu la Légion d’honneur…) s’est entretenu durant une heure et demie avec le président Kagame, en compagnie de deux « messieurs Afrique », Philippe Bohn et Jean-Philippe Gouyet. En plus de l’informatisation du système d’enseignement au Rwanda, il a surtout été question du contentieux judiciaire entre les deux pays. En effet, en réponse aux mandats d’arrêt du juge Bruguière, Kigali avait à son menacé d’inculper de hauts responsables français accusés de complicité de génocide (étaient ainsi cités les noms d’Edouard Balladur, d’Hubert Vedrine, de François Léotard, des généraux Lafourcade et Huchon, de Dominique de Villepin…) S’il est trop tôt pour préjuger de l’attitude rwandaise ( le rapport établi par Kigali sur l’attentat contre l’avion d’Habyarimana est toujours entre les mains de Kagame) en revanche la « bombe française » ressemble de plus en plus à un pétard mouillé.

Cette semaine en effet, Mme Rose Kabuye, directeur de protocole du président, a été autorisée non seulement à regagner le Rwanda, mais à reprendre toutes ses activités. Tout au plus est-elle invitée à coopérer à l’avenir avec la justice française, le mandat n’étant pas encore formellement levé. Les charges qui pesaient sur elle n’étaient cependant pas minces : le dossier du juge Bruguière la désignait comme « planificateur et commanditaire du massacre des Hutus, organisatrice des massacres des Hutus encerclés par le FPR à Kigali. » Mme Kabuye était également désignée comme l’organisatrice du massacre des évêques à Kabgayi et elle « était accusée d’avoir créé dans le Bugesera des camps de concentration et d’exécution. » Rien de moins…

Le fait que Mme Kabuye ait décidé de se livrer à la justice française en novembre a permis aux avocats de la défense d’avoir enfin accès au dossier. Mme Lev Forster et Bernard Maingain ont alors pu mesurer la légèreté avec laquelle avait été menée cette instruction très politique, conduite uniquement à décharge. Il apparaît en effet que le magistrat français ne s’est pas rendu sur le terrain, n’a pas confronté des témoignages contradictoires ni recoupé les faits. Mais surtout, il s’est fié à des témoins qui lui avaient été amenés « sur un plateau », et dont les propos étaient traduits par Fabien Singaye. Les auditions du juge avaient été préparées par un homme dont le nom est plus beau qu’un pseudonyme, le commandant Pierre Payebien, qui avait promis aux témoins à charge visa et permis de séjour en échange d’informations. Depuis lors, Emmanuel Ruzidana, réfugié en Suède, a déclaré qu’il avait du se contenter de signer une déclaration déjà rédigée d’avance. Quant à Abdul Ruzibiza, le principal témoin à charge, il s’est rétracté à l’occasion de nombreuses interviews, assurant qu’en 2001 alors qu’il était réfugié à Kampala des contacts français lui avaient promis un visa à condition qu’il parle à un juge. ( à cette époque nous l’avions nous même rencontré en Ouganda et jugé peu crédible cet ancien aide soignant qui n’avait certainement pas pu avoir accès aux secrets militaires du FPR…)

S’il s’est longuement attardé sur les dépositions de témoins peu crédibles, le juge Bruguière par contre n’a guère poussé très avant l’interrogatoires de témoins français de premier plan, comme le commandant Grégoire de Saint Quentin, qui, dans la soirée du 6 avril, fut le premier à se rendre auprès de l’épave de l’avion ou, surtout, le commandant Paul Barril qui déclare que « dans les années 90, j’ai été chargé, sur ordre de de Grossouvre (collaborateur du président Mitterrand) du président Habyarimana, d’infiltrer les structures militaires et politiques de la rébellion rwandaise. » Le 6 avril 1994, le commandant Barril était présent à Kigali et il retournera plusieurs fois au Rwanda par la suite, assurant entre autres qu’il aurait découvert des étuis de lance missiles ou même la boîte noire de l’avion, éléments qui furent infirmés par la suite. Alors que Barril se trouve visiblement au cœur d’un dispositif parallèle, Bruguière ne lui pose que quelques questions banales. A l’avenir, les successeurs du juge anti-terroriste pourraient bien pousser les investigations beaucoup plus loin…

 

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Politique