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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 01:07



LE MONDE | 25.03.09 | 15h13  •  Mis à jour le 25.03.09 | 15h13


En apparence, "l'Afrique de Papa" a eu raison de Nicolas Sarkozy. Trois ans après le discours de Cotonou (Bénin), où le candidat à l'Elysée avait promis l'avènement d'"une relation nouvelle (...), équilibrée, débarrassée des scories du passé", le président, qui s'envole jeudi 26 mars pour son quatrième voyage en Afrique noire, n'agite plus la bannière de la "rupture" avec la tradition d'opacité des relations africaines de la France postcoloniale.


Dès juillet 2007, le Gabon, dont le chef de l'Etat a été installé par le général de Gaulle en 1967, avait eu le privilège de son premier déplacement. Aujourd'hui, le Congo de Denis Sassou Nguesso, autre président contesté mais ami de la France, s'apprête à recevoir l'onction élyséenne à quelques semaines de l'élection présidentielle. Et l'uranium sera au coeur de l'escale prévue, vendredi, au Niger, où le groupe Areva vient de signer un contrat important.

Symbole de ce renoncement à l'aggiornamento annoncé, Robert Bourgi, l'héritier des réseaux gaullistes de Jacques Foccart, a mis son entregent au service de M. Sarkozy et de la préservation des amitiés et des secrets les moins avouables de la vieille Françafrique.


Amitiés ? Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, assume : "Nous n'avons pas vocation à nous brouiller avec ceux qui sont historiquement nos amis et nous ont rendus de grands services." Les pièces maîtresses de la présence française en Afrique - les présidents Omar Bongo du Gabon, Paul Biya du Cameroun, Blaise Compaoré du Burkina-Faso ou Denis Sassou Nguesso du Congo - peuvent donc toujours compter sur le soutien de Paris.

La manière dont la France a volé au secours du président tchadien Idriss Déby, menacé par des rebelles en février 2008, sans exiger la moindre démocratisation de son régime, illustre la même logique. De même que le silence de Paris sur la répression sanglante des émeutes qui, au même moment, enflammaient la jeunesse camerounaise révoltée par l'instauration de fait d'une présidence à vie par Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.


Depuis les indépendances, le marché n'a guère changé : le soutien presque aveugle de la France, en échange du maintien d'une influence économique, politique et diplomatique, en particulier à l'ONU.

Fil rouge de la politique africaine de Nicolas Sarkozy, la "diplomatie de la réconciliation" est pourtant loin de se réduire aux manoeuvres florentines de M. Bourgi. Tandis que celui-ci rassure les maîtres de l'ancien "pré carré" français, la cellule diplomatique de l'Elysée représente, quant à elle, la tendance moderniste, favorable à une "refondation" de la politique africaine.


C'est la cellule élyséenne qui est chargée de déminer les dossiers lourds, tels que les contentieux judiciaires avec le Rwanda et l'Angola ou le dégel avec la Côte d'Ivoire. "Pour peser, la France doit parler avec tout le monde, et elle le peut, plus que d'autres pays", plaide Claude Guéant.

Ce sont aussi les diplomates de la cellule qui inspirèrent le discours prononcé par M. Sarkozy en février 2008 au Cap (Afrique du Sud) annonçant la renégociation de tous les accords de défense. Tournée vers l'avenir, cette parole était destinée à compenser les dégâts causés par le discours de Dakar (Sénégal), en juillet 2007, où M. Sarkozy, inspiré par son conseiller spécial, Henri Guaino, avait décrété que "l'homme africain n'(était) pas entré dans l'Histoire".


Quant au discret mais tout-puissant secrétaire général de l'Elysée, il traite de ce qui fait sans doute le coeur de l'intérêt de Nicolas Sarkozy pour l'Afrique : la sécurité de l'approvisionnement énergétique de la France et la recherche de nouveaux débouchés pour l'industrie nucléaire. Les pays concernés (Angola et Nigeria pour le pétrole, Afrique du Sud pour le nucléaire) se trouvent hors des anciennes colonies, ce qui suppose de construire des rapports "décomplexés", débarrassés des vieilles passions postcoloniales.


Cette prise en compte en haut lieu des intérêts économiques, bousculés par l'offensive chinoise et le retour des Etats-Unis, suppose à la fois de banaliser les relations hors de l'Afrique francophone, et de se rappeler au bon souvenir des vieux amis. "Quand on est ami de la France, il faut penser aux entreprises françaises", aurait glissé M. Sarkozy, fin 2007, au président togolais Faure Gnassingbé (élu avec le soutien de la France) qui hésitait à concéder le port de Lomé au groupe Bolloré, selon Le Canard enchaîné. "Avec Sarkozy, on est sorti du paternalisme, se félicite Anthony Bouthelier, le président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN). Les Africains n'ont que faire qu'on leur répète "on vous aime". Ils préfèrent qu'on fasse du business avec eux."


Ainsi se dessine un partage des rôles au sein de l'exécutif qui fait coexister la préservation des vestiges du "pré carré" francophone, avec la recherche, hors de ce champ, de relations au service de la paix et de l'économie française. A sa manière, Alain Joyandet, voyageur de commerce de la Françafrique sarkozienne, vend la mèche en reconnaissant un double langage : "Celui qui n'aurait pas deux fers au feu dans le monde où nous vivons serait bien imprudent."

 

Philippe Bernard


Article paru dans l'édition du 26.03.09

 

Robert Bourgi, l'héritier des secrets de la Françafrique


LE MONDE | 25.03.09 | 15h13  •  Mis à jour le 25.03.09 | 15h13


Le retour du refoulé françafricain sous la présidence de Nicolas Sarkozy s'est opéré en deux actes : à Paris, puis à Libreville (Gabon). Le premier a le charme discret des réunions de famille. Le palais de l'Elysée sert de cadre. Le 27 septembre 2007 au soir, en présence de plusieurs ambassadeurs africains, de la fille du président gabonais Omar Bongo et du fils de son homologue sénégalais Abdoulaye Wade, Nicolas Sarkozy fait Robert Bourgi chevalier de la Légion d'honneur.

 

Avocat né à Dakar voici 63 ans, il sert de missi dominici officieux tant aux présidents africains que français depuis des décennies. Il est le dernier héritier direct de Jacques Foccart, le patron historique des réseaux gaullistes en Afrique. Celui auquel le président donne du "cher Robert" incarne à s'y méprendre, selon une source anonyme, les "réseaux d'un autre temps" et les "émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent" dont le candidat Sarkozy avait, en 2006, annoncé la fin à Cotonou.


Quinze mois plus tard, le chef de l'Etat encense le "grand connaisseur de l'âme africaine" et l'ami "de vingt-quatre ans". Il engage le récipiendaire à "participer à la politique étrangère de la France avec efficacité et discrétion". "Il n'est pas dans mes intentions de rompre avec la tradition d'accueil et de coopération qui lie nos différents pays", insiste M. Sarkozy devant les représentants de régimes africains parmi les plus contestés.


"Le signal a été reçu 5 sur 5 par les Africains,
décrypte un diplomate. Intronisé au plus haut niveau, l'émissaire Bourgi entrait dans le dispositif officiel." Depuis, Robert Bourgi a rendu mille services. Il a organisé la première rencontre entre le président français et son homologue ivoirien Laurent Gbagbo, à New York en septembre 2007. Il s'est entremis avec l'Angola. Ses multiples ambassades accréditent la pratique d'une diplomatie en double commande et agacent profondément les diplomates. Robert Bourgi ? "C'est le Chat botté au service du marquis de Carabas, ironise l'un d'eux sous couvert d'anonymat. C'est un entremetteur mondain mais sur les affaires sérieuses comme le Darfour ou les Grands Lacs, il est largué."


UNE SEULE DIPLOMATIE


L'intéressé, que nous avons sollicité en vain, est retourné à son habituelle discrétion après avoir réussi un coup de maître : la mise en scène télévisée de la "reddition" de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, devant le président gabonais Omar Bongo. Ce second acte du grand retour de la Françafrique se passe le 10 avril 2008, moins d'un mois après l'éviction de Jean-Marie Bockel, le secrétaire d'Etat à la coopération coupable d'avoir prétendu "signer l'acte de décès de la Françafrique". A son arrivée au palais de Libreville, M. Guéant, flanqué d'Alain Joyandet, le successeur de M. Bockel, est accueilli par une équipe de Canal+ invitée par Robert Bourgi qui conseille M. Bongo. Les officiels français sont venus apaiser la colère du vieux président.


Ce dernier, devant la caméra, adresse une menace subliminale à M. Sarkozy. Faisant allusion à sa légendaire prodigalité à l'égard des partis politiques français, Omar Bongo évoque le "risque" qu'a pris M. Bockel en le mettant en cause. Il lance : "Il y a des choses entre les chefs d'Etat qui ne doivent être dites qu'entre chefs d'Etat."


Aujourd'hui, Claude Guéant tempère : "Robert Bourgi n'est pas l'envoyé du président. C'est quelqu'un qui a la confiance de responsables africains. Mais nous n'avons qu'une seule diplomatie, avec laquelle il est d'ailleurs en contact." A propos de son équipée à Libreville, M. Guéant assure qu'elle traduisait seulement "une décision de renouer des relations confiantes après une période de froid".

 

Philippe Bernard

Article paru dans l'édition du 26.03.09

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