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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 21:37



Hier connu pour son autoproclamé et mégalomane empereur Jean Bedel BOKASSA, la Centrafrique encore dénommée République Centrafricaine, appartient aujourd’hui à la catégorie des pays les plus pauvres de la planète. Actuellement, tous les indicateurs de développement sont à la baisse en raison principalement d’un contexte politique intérieur tendu et conflictuel… Pour Claire-Marie Lacourt, jeune professeur des écoles, appelée comme conseillère pédagogique, ce contexte difficile fut une source de motivation supplémentaire durant ses deux années de coopé.

DCC
04/09/2008

J’ai rejoint N’Gaoundaye, petite sous-préfecture du « bout d’un monde » situé à 700 km de la capitale aux frontières du Tchad et du Cameroun, dans un secteur classé « à risques ». J’y ai été accueillie par les Sœurs de la mission catholique Sainte Catherine dont j’ai eu la chance de partager le quotidien au service de la population.

Je travaillais avec les enseignants des écoles élémentaires catholiques. Les sœurs m’avaient fixé deux axes de travail : former les professeurs en Français et en pédagogie. Ce souci de formation répond en effet à des besoins réels et à une situation particulièrement fragile de l’enseignement et de l’éducation en République Centrafricaine. Là où l’Etat a aujourd’hui de grandes difficultés à assurer ce droit fondamental, les missionnaires ont depuis des années pris le relais avec beaucoup de courage et de patience. Le délitement des cadres du système éducatif public a pour conséquence la baisse du niveau général mais aussi le développement d’une pseudo-corruption lors de tout examen.

 Le droit à l’éducation vaut aussi pour les filles.

Les sœurs de la mission ont toujours mis l’accent sur l’éducation des filles, notamment des orphelines, et des femmes. Les filles sont nombreuses dans les familles où le taux d’enfants par femme demeure très élevé. Les parents préfèrent envoyer les garçons à l’école, tandis que les filles aident la maman aux taches quotidiennes… il faut bien aller chercher l’eau, le bois pour le feu de cuisson, ou nettoyer la concession (la maison).

Certaines entrent en classe pour la première fois à l’âge de 12 ans. Elles ne resteront peut être que deux ou trois ans à l’école, avant d’être mariée par leur famille. Mais l’école leur aura au moins permis d’apprendre le sango, langue nationale du pays et quelques rudiments de français, d’avoir un contact avec des livres, et de développer leur esprit en portant un regard sur leur environnement.

Travailler ensemble.

 Afin d’adapter les conseils et les interventions pédagogiques tant au niveau du soutien en français que du suivi quotidien, j’ai essayé de comprendre la logiques des manuels et aussi des enseignants.

La coopération apprend la patience vis-à-vis de l’Autre et de soi. Elle nous aide ainsi à accepter de ne pas tout comprendre et maîtriser, et nous oblige à essayer de tracer un autre chemin que celui imaginé avant de venir. Comment aider et apporter ses compétences quand on n’a pas les mêmes logiques de pensées, la même notion de temps, les mêmes priorités…
Ainsi travailler et vivre ensemble a pris tout son sens. Plutôt que de répéter une belle théorie, j’ai choisi d’adopter un comportement conforme à mes convictions : cela a permis de susciter les questions des professeurs. Concernant le français et les animations pédagogiques, nous avons mis l’accent sur l’enseignement de la lecture et le questionnement : lire c’est comprendre. Consciente que je n’arriverai pas à changer leur méthode en si peu de temps, j’ai essayé de leur donner le goût de se poser des questions sur leur pratique, ambition encore plus élevée peut être.

Apprendre dans un climat d’insécurité.

Malheureusement le contexte politique intérieur, tendu et conflictuel, vient redonner le sens des priorités. Ainsi l’envoi d’une coopérante, prévue et désignée dès le mois d’avril 2007 pour prendre la suite du poste, a dû être suspendu et reporté, suite à la détérioration des conditions de sécurité dans la région.

Le Nord-Ouest du Centrafrique est confronté depuis plusieurs mois à des luttes intestines mettant à mal la sécurité des personnes. Début juin 2007, suite à l’assassinat du sous-préfet et à la mort accidentelle d’une jeune volontaire française, les forces armées présidentielles ont en répression, brûlé de nombreuses maisons dans les environs, pour punir les habitants. Pendant deux semaines, tous les gens ont fui au Tchad et au Cameroun. Les familles ont été séparées.
Trois semaines après le retour, j’ai repris mon poste d’enseignante en Dordogne. S’il m’est encore difficile de qualifier la portée de cette expérience, je suis convaincue de sa richesse, inestimable et inoubliable.

Source : inXL6 Portail de l’église catholique en France

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