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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 00:56




Question pertinente, ô ! Sûrement combien sensible et dérangeante qu’il fallait presque  retourner sept fois sa langue avant de l’évoquer en susurrant. Cette question naguère taboue et traumatisante pour le peuple africain est devenue en l’espace de quelques années  la question qui ne laisse plus personne insensible. Il y a si peu, le fait de poser cette question constitue en elle-même un délit passible d’une mise en quarantaine par la communauté dite « internationale »  sinon un acte politiquement incorrect  jusqu’en 2001 où la proposition de la loi sur la traite négrière de la députée guyanaise Christine Taubira soit votée.

 Désormais « l’esclavage » dans le pays des droits de l’homme et de la révolution de 1789 est qualifié de crime  contre l‘humanité  et ce, deux cent ans après son abolition. Ccependant  le texte de la dite loi ne fait pas référence à une éventuelle réparation. Si elle divise parce qu’elle demande des réponses  nettes et tranchantes qui heurtent la sensibilité et autre susceptibilité des uns et des autres,  elle marque une véritable scission entre deux camps depuis que  le président du conseil italien Silvio Berlusconi a décidé d’indemniser les petits fils  des  colonisés libyens à hauteur de cinq milliards de  dollars au titre de la « dette coloniale.

Contre toute attente  et contre l’avis de la France,  du Portugal et de la grande Bretagne qui sont les principales puissances coloniales en Afrique et qui privilégient plutôt une coopération tournée vers l’avenir parce que disent-ils en écho, «  la page est tournée » le président du Conseil italien a accepté de débourser deux cents millions de dollars par an pendant vingt-cinq ans à la Libye, au titre de réparation de colonialisme.

Ainsi donc la boite de pandore vient d’être ouverte par Berlusconi et les Africains ne tarderont certainement pas à  s’y engouffrer en réclamant  leur  part , tant l’histoire de la traite négrière et du colonialisme qui  a marqué à jamais le peuple africain et afro-descendant dans leur subconscient  collectif au point que l’on peut retrouver, contrairement à ceux qui évoquent  et suggèrent  inconsidérément  de tourner la page,  les traces de  ce traumatisme dans les contes et récits racontés aux enfants  africains de génération en génération.  A-t-on déjà demandé de tourner la page du génocide arménien ? Ou encore du pogrom juif ?... Pourquoi veut-on alors tourner nécessairement la page de la traite négrière et du colonialisme pourtant  antérieure et plus importante en nombre  d’années et de  victimes ?  Ne dit-on pas qu’un peuple qui ne maîtrise pas son histoire est un peuple qui meurt ?

C’est pourquoi  la question mérite d’être posée et des réponses appropriées doivent êtres apportées. La question de l’esclavage tout comme celui du colonialisme demeurent des questions cruciales  et  humainement insupportables pour la simple raison que des hommes ont vendu ou se sont servi et utilisé d’autres hommes  aux motifs que ces derniers étaient des sous-hommes et qu’il fallait coûte que coûte les civilisés. La traite négrière et le colonialisme  ne participent-ils pas de la même logique qui est celle de la dépersonnalisation et de l’avilissement de l’homme, ce qu’Aimé Césaire appelle la « chosification ». Il est vrai que les formes ont varié en ce sens que la période coloniale n’a été que le prolongement de la traite négrière  qui a débouché  sur l’impérialisme pour se poursuivre  aujourd’hui avec la mondialisation.

 Rien ne peut réparer  cet affront  contre nature, cet horrible commerce  que des arabes ont commencé par pratiquer pour le cas de la République centrafricaine avec des razzias dans le nord et nord-est du pays,  puis  des hommes  blancs ont  théorisé et industrialisé la pratique avec la complicité de quelques chefs noirs  cupides à l’encontre d’autres hommes. Le fait de mettre en avant la responsabilité de ces quelques chefs noirs pour justifier l’injustifiable est inacceptable. En France, pendant l’occupation allemande, n’y avait-il pas des responsables français qui étaient des collaborateurs ?  Cela n’a pas empêché l’Allemagne vaincue  d’indemniser plus tard  les pays alliés et la France. Dans le cas présent, aussi curieux que cela puisse paraitre, c’est Kadhafi dont les aïeux ont commis  les premiers des razzias sur les noirs africains qui demande à l’Italie de l’indemniser et ainsi ouvrir le bal des indemnisations.

 Par ailleurs, ce ne sont pas les cinq milliards de dollars de Berlusconi qui suffiront  à  alléger le fardeau de l’homme blanc, car la personne humaine n’a pas de prix. Et s’il fallait demander un remboursement quelconque, ni la France, ni le Portugal, ni la grande Bretagne n’auront assez de richesses pour le faire car l’ampleur et l’amplitude des effets sont énormes et indéchiffrables. Le monde occidental a bâti  son essor économique en grande partie sur la traite des noirs et sur la colonisation. Une juste reconnaissance des faits et des excuses officielles  de la part des pays qui ont pratiqué la traite négrière et le colonialisme suffiraient avec une date inscrite officiellement dans la constitution respective de ces pays pour célébrer la traite négrière et le colonialisme afin que les générations futures s’en souviennent et s’en préservent. 

Malheureusement  le processus de déshumanisation et de chosification des populations des ex-pays colonisés continue  encore aujourd’hui de manière plus subtile et plus sournoise que jamais, avec la stratégie de la  « guerre révolutionnaire » ou la « guerre subversive », soutien aux coup d’états contre les régimes élus démocratiquement pour les déstabiliser, soutien aux dictateurs pour garantir la spoliation, le bradage et la captation des minerais stratégiques, immuabilité des accords pour assurer la pérennité du processus, dons pour asservir les africains, les ONG pour casser la dynamique d’entreprendre des africains, expérimentations anarchiques des médicaments  et des armes pour les affaiblir et les anéantir…  

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion