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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 20:32

Le 13 Aout 1960-13 Aout 2008, 48 ans d'indépendance de votre pays la République Centrafricaine, Quel bilan faites-vous ?





Bonjour monsieur Vianney ! Et permettez-moi de vous remercier une fois de plus de m'avoir donné l'occasion de passer dans votre excellente émission. Mais avant de tirer un bilan quelconque de ces quarante-huit années « d'indépendance », permettez-moi que je revienne sur le mot indépendance qui est à mon sens une usurpation de mot car nous n'avons jamais obtenu une indépendance dans le vrai sens du terme. C'est donc une indépendance biaisée que l'on peut qualifié de purement et simplement formelle. Convenez avec moi monsieur Vianney que pour être indépendant faut-il encore disposer d'une certaine souveraineté du moins d'une certaine autonomie en matière de choix économiques et politiques. Or notre pays, la république centrafricaine fonctionne encore avec des accords et des conventions surannées dont l'immuabilité des termes depuis 1960 posent aujourd'hui des problèmes. Par exemple l'immixtion outrageuse de l'ex pays colonisatrice ou les diktats des institutions internationales comme la banque mondiale ou la FMI avec les fameux plans d'ajustements structurels des années 80 sont des éléments qu'il ne faudrait pas perdre de vue pour établir ce bilan combien sombre et désastreux. Ce qui n'exclue pas non plus la non moins grande responsabilité de la génération de ceux qui nous ont gouvernés et qui nous gouvernent aujourd'hui.

Monsieur Vianney, je ne vous apprends rien si je vous dis que le bilan de ces 48 années « d'indépendance » est terne et pas du tout satisfaisant. Tous les signaux sont au rouge malgré de réelles potentialités aussi bien humaines, végétales que minérales. Que de gâchis ! Quel gâchis ! L'on peut parler sans se tromper d'un pays en faillite dans tous les sens du terme. Faillite économique, Faillite en matière de système de santé et d'éducation, politisation de l'armée, démission des intellectuels, corruption, insécurité, irresponsabilité des gouvernants. En fait, la république centrafricaine est aujourd'hui un pays qui n'existe que de nom.

2-Vous aviez donner comme nom à votre Blog: Fini Kodé, que signifie ce terme.



Fini kodé veut dire littéralement en sango, langue nationale parlée sur tout le territoire de la république centrafricaine, convenez avec moi monsieur Vianney que c'est une chose rare en Afrique. Fini kodé veut dire tout simplement « la nouvelle manière ». Elle s'oppose à « m'gbèrè kodé », l'ancienne manière. Autrement dit, c'est une nouvelle manière de faire et de pratiquer la politique. Elle est en rupture radicale avec les m'gbèrè kodé. L'opposition entre Fini kodé et m'gbèrè kodé ne se conçoit pas en terme de génération mais en terme d'état d'esprit. Il y'a des personnes âgées qui ont un esprit fini kodé parce qu'elles ont une vision moderne de notre pays et des jeunes personnes qui sont des m'gbèrès kodé parce que celles-ci ont une vision rétrograde et aliénante.

 
3-Pour mieux éclairer nos Auditeurs, dites-nous, le projet de loi de Division Nationale, c'est quoi?

Mon article fait suite au récent projet de loi portant notamment pour le premier ; une amnistie sur des infractions liées aux évènements ayant provoqué le changement du 15 mars 2003. Pour le deuxième ; portant amnistie des infractions d'atteintes à la sûreté de l'état et à la défense nationale. Enfin pour le troisième ; portant amnistie des infractions commises par les éléments des forces armées centrafricaines à l'occasion des opérations de maintien de l'ordre et de la défense du territoire.


Ce projet de loi que j'ai qualifié de division nationale porte en effet des germes de provocations et de division que certains compatriotes n'hésitent à qualifier de loi scélérate. Alors que les centrafricains sont fatigués et on en marre des multiples conflits qui ont endeuillés le pays au point de réclamer unanimement un dialogue politique inclusif qui verrait la participation de tous les acteurs politique de notre pays, le pouvoir en place s'est appliqué hélas ! à mettre en place un projet de loi unilatérale et discriminatoire dans le seul but est de s'autoamnistier d'abord malgré sa grande part de responsabilité dans le déclin de notre pays et en exclure quelques acteurs importants de la vie politique de notre pays. Telle n'était pas la volonté manifeste des centrafricains.


Monsieur Vianney, les Centrafricains veulent aujourd'hui un dialogue politique inclusif qui aboutisse à une véritable paix durable et le font savoir. Le processus menant à ce dialogue doit passer nécessairement par une amnistie générale de tous les acteurs et non par une amnistie partiale et parcellaire comme le planifie le général Bozizé pour diviser et opposer indéfiniment nos compatriotes dans le seul but est de satisfaire sa soif de pouvoir.

4-En parcourant votre Blog et plusieurs sites et sources, nous avions constaté une méfiance des Centrafricains par rapports à ce projet de loi, pour certain c'est inacceptable, pourquoi selon-vous?

En effet, unanimement et en dehors de quelques caciques du pouvoir même les partisans du régime sont divisés et n'hésitent plus à prendre position contre ce projet. C'est vous dire combien les centrafricains ont trouvé inacceptable ce projet de loi et ne sont pas prêt à suivre Bozizé sur le chemin de la division. Pour la première fois dans notre pays un projet de loi n'a autant fait l'unanimité contre elle. Les centrafricains ont compris les manœuvres politiciennes de Bozizé pour ne pas aller au dialogue politique inclusif.


A se demander de quoi le régime de Bozizé a-t-il peur ? Pourtant, il s'agit tout simplement de se retrouver entre filles et fils du pays et de se parler parce que rien ne va plus. Nous ne pouvons continuer à nous haïr indéfiniment ! Car le pays nous appartient tous.

5-Quel impact un projet de loi comme celui-là risque d'avoir si impact il y a l'or des Élections qui auront lieu en 2010, en RCA.


Ce projet de loi a eu le mérite de faire l'unanimité contre lui par conséquent a permis pour la première fois depuis fort longtemps, aux différentes entités de l'opposition de dénoncer la même chose. Aussi bien l'opposition dite armée que l'opposition démocratique mais également diverses associations ont dénoncé ce stratagème. Bozizé a donné l'occasion aux multiples entités opposées à son régime qui jusque là faisaient route seules et qui ont plus ou moins de consistance, de se reconnaitre dans une même lutte par conséquent à légitimé une cause désormais commune. Cette reconnaissance à travers la lutte contre le même adversaire ne risque t-il pas de se transformer en une sorte d'alliance en 2010 ? Je ne serai pas très étonné qu'une démarche puisse se faire dans les prochains jours à juste raison par une sorte de front uni contre le régime de Bozizé.

 
6-Le 03 juillet dernier JP Bemba a été transféré à la Haye, ou il est accusé de Crimes commis dans votre pays par la CPI, pour vous et les Centrafricains en général que représente cette arrestation ?


L'arrestation de Jean-Pierre Bemba, inculpé pour crimes de guerre et exactions commises par ses troupes en Centrafrique a suscité émois pour les uns et satisfactions pour d'autres, elle a eu cependant au-delà des faits qui lui sont reprochés le mérite de poser clairement le problème de la raison d'être de la cour pénale internationale.


Monsieur Vianney, Il faut se poser la question de savoir si la cour pénale internationale est-elle uniquement un tribunal pour les ressortissants des pays pauvres et les sans grades, un tribunal politique ? Ou tout simplement un tribunal pour les vaincus ? Qu'en est-il alors de ceux qui hier encore étaient à l'origine de la déstabilisation de leur pays respectif et qui aujourd'hui sont au pouvoir par la grâce des armes après avoir tout cassé, tout saccagé, ont violé et tué également.


Et ce, avec la complicité directe, le silence coupable des institutions régionales, internationales ou carrément avec l'aide de certains états dont nous tairons ici les noms par simple pudeur tant ces états sont parés d'oripeaux démocratiques ou se réclament de la patrie des droits de l'homme.


Que réserve alors la cour pénale internationale aux auteurs de coup d'état souvent aux conséquences graves contre les régimes élus ? Le pouvoir au bout du canon a-t-il la bénédiction de la dite cour ? Qu'en penses l'union africaine ? Et les nations-unis ? Et la France ? La chaine de responsabilité ne doit-elle s'arrêter qu'aux vaincus et aux plus faibles ? C'est-à-dire se limiter seulement aux conséquences. Mais alors, qu'en est-il des véritables raisons ? Voilà qui soulève la question des limites de la démocratie dans les pays pauvres face aux coups d'états financer et soutenu souvent par d'autres pays.


7- En terminant Bemba est-il seul dans cette affaire d'après vous ? Qu'attendent les Centrafricains de la Justice Internationale ?


Ne serait-il pas plus juste et plus cohérent en dehors de toutes considérations partisanes et de toute passion de se poser les questions suivantes pour la manifestation de la vérité et établir une chaine des responsabilités. Les centrafricains dans leur majorité ne demandent qu'à comprendre, à connaitre la vérité. Comme toujours les véritables questions ne sont pas posées, comme toujours, on essaie de tromper la vigilance de notre bon peuple en jouant avec leur fibre affective pour dédouaner les véritables coupables.


Il est vrai que nos mères et nos sœurs ont été violées, nos pères, nos frères ont été battus, humiliés pour finir par être tués par les troupes de Bemba et cela est, je le répète condamnable à plusieurs égards


Mais à vouloir trop mettre l'accent sur le problème des viols de femmes et autres exactions des éléments du MLC durant leurs contre offensive, on en n'oublie même le principal motif de leur venue. Pourquoi et comment se fait-il que les autorités du défunt régime sont aculées au point de faire appel plutôt aux troupes du MLC qu'à des troupes conventionnelles, le rôle réellement joué par les uns et les autres.

 
Monsieur Vianney, à présent que le processus est amorcé par la cour pénale internationale, il faudrait que la cour pénale internationale aille jusqu'au bout de la logique et que d'une part les différentes chaines de responsabilité concernant aussi bien tous ceux qui ont occupé une fonction décisionnelle quelconque que les auteurs de coups d'états soient établi définitivement pour la manifestation de la vérité vraie pour qu'enfin la population de la république centrafricaine le sache et se réconcilie définitivement avec elle-même.


D'autre part, au-delà du procès Bemba, c'est aussi le procès des organisations internationales incapables de se prononcer définitivement et fermement sur les auteurs des coups d'états contre des régimes élus démocratiquement, C'est le procès des accords de défense non respecté, C'est le procès des Etats-Unis d'Amérique et de la France qui ont fait pression sur le régime Patassé pour se séparer des troupes libyennes et n'ont pas proposer une alternative pour garantir la survie du régime et la sécurité des biens et des personnes , C'est le procès d'une armée nationale politisée, c'est le procès de toute la classe politique centrafricaine dans son ensemble qui sont à faire.



Interview réalisée par Jean Marie VIANNEY


Samedi 23 AOUT 2008 à 07 heure 00 am (Ottawa , canada) soit 13 heure 10 à Paris
émission "Afriqueplus"

 
www.chuo.fm ( 89.1 FM)


www.afriqueplus.net

 

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