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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 15:41



 « "Point zéro", Km 5, PK12, PK13, à Bangui, les lieux sont nommés en fonction de leur distance kilométrique par rapport au centre de la capitale, une coutume réductrice héritée du passé militaire de la ville. 


« Le PK12, point kilométrique 12, marque la sortie nord de Bangui, la "frontière" du pays. D’un côté, la piste s’enfonce dans la brousse, de l’autre c’est la ville et le marché bondé de Bégoua. »


 

Titre : PK12. Voyages en Centrafrique, de Bangui aux Pygmées Aka, entre mutineries et coups d’Etat.

Pagination : 90 pages (broché)

Auteur : Beb-Deum

Format : 180 x 230 x 8 mm

Editions : Editions du Rouergue

ISBN 13 : 978-2841564736

Sortie : mai 2003

Prix : 15 euros


 

Beb-Deum, graphiste, illustrateur, auteur et dessinateur de bande dessinée, est parti par deux fois en Républicaine Centrafricaine : en janvier 2000 et mars/avril 2001. Dans un aller-retour constant de l’un à l’autre, il en résulte un carnet de voyage dans lequel il retranscrit images et récits.

L’ouvrage s’ouvre sur une carte et une chronologie débutant l’année de la proclamation de la République Centrafricaine en 1958, manière de dévoiler l’histoire d’un pays, ponctuée d’évènements politiques et militaires violents, entre coups d’Etat, mutineries, représailles, exactions et autoproclamation.

 
L’auteur nous immerge dans la capitale, Bangui, mais assez vite, il délaisse la ville pour s’engouffrer plus loin dans le pays, à la rencontre des populations Pygmées Aka. De campement provisoire en habitation sédentaire, il nous décrit ses rencontres. Avec Joséphine Bangombe et Bernard Lundi, avec Antoine Botambi, avec Pierre Bobo. Beb-Deum raconte la façon de chasser des habitants de Mossokpo et retranscrit la danse rituelle limbo dzangui, ainsi que le tournoiement du masque Ezengui, « l’Esprit de la forêt ».


De retour à Bangui, il croise le chemin de « godobés », gamins des rues : « "Cinq kilos ! Cinq kilos !", "Miskine ! Miskine !" »

 
« Du point zéro (la place de la République), les "godobé" se chargent pour 25 francs CFA de héler les clients en direction du Km 5 (Cinq kilo) ou du quartier Miskine ; le taxi ne partira pas avant d’être rempli à bloc, soit quatre derrière et deux devant, plus le chauffeur. »

Beb-Deum croque les portraits des gens rencontrés. Malé, compositeur, musicien, danseur, libertin, guide des jours et des nuits de Bangui. Gaby Samba, gardien de nuit dans un immeuble. Valia speakerine, Eugénie, masseuse, Mandela, vendeuse de viande sauvage. Des artistes aussi : Samuel Fosso, photographe, qui a exposé en Europe, ou Ernest Weangaï, qui travaille « à partir de souches de ficus et de lianes entrelacées ».


L’auteur réalise des visages, la plupart de profil, de manière très naturaliste, dans un style quasi photographique. Le rendu des volumes de même que celui de l’épiderme ou des matières est impressionnant. De ces portraits se dégagent un sentiment étrange qui, allié au texte, donne l’impression de rencontrer réellement les personnages de ce voyage.

Il use d’un tout autre style, nettement plus enlevé, plus nerveux, dans le rendu des scènes du quotidien. Quelques coups de crayon suffisent à suggérer l’horizon tel qu’il est visible sur l’Oubangui. Il s’amuse à esquisser les petits commerces de la rue : le vendeur de médicaments, celui de sachets d’eau ou celui de viande boucanée ; et d’autre scènes, ubuesques, comme ces « femmes de police [qui] détournent avec autorité des mastodontes du centre ville ».

Beb-Deum nous fait part de cette incertitude qui guette le voyageur/dessinateur, entre gêne, voyeurisme, maladresse parfois, mais aussi bonheur de la rencontre du modèle et de la personne. De son périple, on retient l’ouverture : sur une terre, qui est celle du Centrafrique et surtout de son peuple, qu’ils soient Pygmées, Bantous, Peuls… Mais c’est aussi, pour Beb-Deum, un moyen de se redécouvrir.

« Le voyage solitaire permet ceci. Se réinventer, se refaire une identité, ou plutôt être soi-même, enfin – débarrassé des étiquettes, de l’image que vous vous êtes échiné à renvoyer aux autres et qu’ils vous renvoient à leur tour, un masque qui, sur une terre neutre et inconnue, face aux regards neutres et inconnus, tombe, pour votre salut. »

Anne Liénard

 

 

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