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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 19:03

 

Source: Comité d'Aide Médicale  24 Jun 2008


Au nord de la République Centrafricaine depuis plus de deux ans, les populations sont victimes du conflit entre le gouvernement et les différentes forces rebelles.

Au nord de la République Centrafricaine depuis plus de deux ans, les populations sont victimes du conflit entre le gouvernement et les différentes forces rebelles. Au Nord est de la RCA, la province de Vakaga a été attaquée par l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) à deux reprises en Octobre 2006 puis en Mars 2007. Restées longtemps loin des préoccupations internationales, les populations locales vivent dans un climat d’insécurité ponctué de périodes d’extrêmes violences.

 

Bien que la situation soit aujourd’hui moins catastrophique et que certaines villes comme Birao se peuplent à nouveau, nombreux sont ceux qui ont fui vers le Cameroun ou le Chad. Le retour est souvent difficile, les maisons ont été pillées ou brûlées, tout est à reconstruire. Le climat reste instable et les souffrances endurées sont aussi bien physiques que psychologiques. Ils sont nombreux à avoir perdu un proche dans le conflit et à avoir subi des violences physiques et sexuelles.

 

Depuis Juillet 2007 le Comité d’Aide Médicale a mis en œuvre à Birao dans la province de Vakaga un programme psychosocial qui soutient les personnes traumatisées par le conflit. Des groupes de discussions adressés aux femmes sont organisés par l’équipe du CAM pour leur permettre de prendre la parole et s’exprimer librement sur les souffrances et violences subies pendant ces années de conflits grâce à un financement de l’Emergency Response Funds (ERFs) des Nation Unies. C’est lors de ces groupes de discussions que les témoignages suivants ont été recueillis. A travers des mots simples, ces femmes évoquent les souffrances endurées suite à la perte de proches lors du conflit, les conditions précaires et difficiles dans lesquelles elles doivent élever leurs enfants, souvent seules, les conséquences du conflit sur leur vie de famille et les angoisses ressenties face à un avenir incertain.

 

Ces témoignages ont été recueillis par Sophie Wodon, coordinatrice psychosociale du CAM.

1. « Je me rappelle... Ma première fille je l’ai mise au monde à 14 ans. Il n’y a personne pour surveiller ma fille. Si je pars en brousse chercher du fagot, le bébé de sept mois va me suivre. Je la porte sur mon dos. Aujourd’hui ma fille a 7 ans. Elle va à l’école et m’aide au marché. »

 

2. « Dans le conflit, je suis en train d’accoucher.

Je prends ma fille sur mon dos jusqu’à Am Dafock à pied... j’arrive à Am Dafock de nuit. Le matin j’ai accouché... un enfant de sexe masculin. Mon mari est parti de l’autre coté, moi, j’ai amené les enfants de mon petit frère qui est décédé. Ils sont trois garçons. La mère de ces enfants est repartie chez ses parents. »

 

3. « Quant à moi avec la vie...

je crois que la vie c’est toujours nuit. »

 

4. « Quand j’étais petite, je vivais chez mes parents, je n’ai jamais connu la souffrance.

Je me suis mariée, je n’ai pas connu la souffrance. Mon mari est décédé... la souffrance, je l’ai trouvée. »

5. « J’étais bien avec mon père et ma mère.

 

Je me sui mariée à l’âge de 18 ans, je suis dans la maison de mon mari... il n’y a pas de difficulté, il n’y a pas de souffrance. Mais avec le conflit, il y a eu beaucoup de difficultés. J’ai trois enfants. Le premier a cinq ans, le deuxième a quatre ans, le dernier a deux ans et je suis en grossesse. Dans l’attaque mon mari a fuit lui seul, il m’a laissé avec les enfants. Je suis en train de pleurer, je prends le dernier enfant, je le porte sur le dos, le deuxième, merci à ma grand-mère... elle le porte. A notre retour, on n’a plus rien dans la maison, les malfaiteurs ont tout volé, le matériel, la nourriture, les habits... Pour regagner notre place d’avant, c’est un peu difficile. Mon mari est rentré de Bria avec une machine à coudre. Merci, grâce à Dieu. »

6. « Depuis ma naissance, chez mes parents, il n’y a pas de souffrance.

 

On cultive les champs, les champs nous font vivre. Je me suis mariée, depuis deux ans... il y a de la souffrance. Maintenant il n’y a pas de souffrance... on mange avec mes enfants. Merci au bon Dieu. »

 

7. « Quand j’étais petite avec mon père et ma mère j’étais bien.

 

Au moment que mon père est décédé nous avons eu beaucoup de souffrance. Nous les enfants, nous sommes huit. Personne ne s’occupe de nous... on va couper du paille, cultiver les champs les autres jours pour gagner l’argent et pour chercher de quoi manger. Je suis la première enfant de mon genre et lorsque mon père est décédé je me suis découragée parce que c’est lui qui m’habille, qui me donne toutes les choses... J’ai couru des copains et j’ai trouvé cinq enfants. C’est moi qui m’occupe des enfants...ils n’ont pas de père. A cause du conflit on a quitté Birao, nous sommes à Bangui. Je suis revenue pour voir ma famille. »

 

8. « Première chose, je dis merci à Dieu qui nous amène la Paix dans la ville de Birao après le conflit. J’ai mis au monde un enfant dans ma vie, je n’ai plus eu d’enfant après. L’enfant que j’ai accouché est décédé à l’hôpital préfectoral et moi je suis restée presque deux mois à l’hôpital. J’ai souffert beaucoup. ‘Grace,’ au docteur qui m’a sauvé. A présent je n’ai pas d’enfant et à mon âge de 53 ans, je ne peux plus avoir des enfants dans la vie. Si tu n’as pas d’enfant ta vie sera dans la difficulté. Je suis seule. Pour manger il faut aller couper de la paille pour gagner de l’argent et se débrouiller. Merci, je suis en train de parler de ce qui s’est passé même si je risque de pleurer, merci. »

 

9. « Dans les évènements, avec mes trois enfants...

je prends qui ? Je vais ou ? Je vais comment ? ‘Grace,’ à mes voisins... Je prends moi-même un enfant sur le dos et un enfant dans les bras. Mon voisin prend un enfant. Je prends de quoi manger, avec des habits. Dans la tête, des choses comme la peur. Cela ne peut pas s’oublier mais on va quand-même oublier. La souffrance pour les femmes, cela ne peut pas finir... »

 

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