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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 16:10

 

Libération QUOTIDIEN : lundi 9 juin 2008

Depuis le 3 février, Ibni Oumar Mahamat Saleh a disparu au Tchad. Porte-parole de l’opposition politique civile, il a été arrêté comme d’autres opposants ce jour-là, dans la soirée, à son domicile, à N’Djaména, vraisemblablement par des éléments de la garde rapprochée du président Idriss Déby.

Les mouvements de rébellion armée, qui, la veille, avaient encerclé le palais présidentiel, étaient encore aux portes de la ville et ces arrestations n’ont pas pu échapper à l’attention des militaires français qui encadrent la garde présidentielle. Pourtant, les autorités françaises, notamment l’ambassadeur à N’Djaména ou le ministre de la Défense, ont préféré les qualifier de rumeur et une demande officielle de «clarification sans délai» sur le sort des disparus n’a été faite que le 11 février.

Depuis quatre mois, aucune nouvelle d’Ibni Oumar. C’est le silence le plus opaque. Suite au passage éclair du président Nicolas Sarkozy dans la capitale tchadienne, le 27 février, une commission d’enquête a été mise en place. Elle a tout juste commencé à fonctionner. Les autres opposants arrêtés le 3 février, notamment l’ancien chef d’Etat Lol Mahamat Choua ou le député fédéraliste Ngarlejy Yorongar, ont réapparu dans des circonstances mystérieuses, multipliant des versions contradictoires sur ce qui s’est passé dans les heures qui ont suivi ces arrestations politiques ciblées.

Rien de bien nouveau sous le ciel de la Françafrique avec une livraison d’armes par Paris, via la Libye, à un président tchadien en déroute et l’appui décisif des services de renseignements français sur place pour repousser la rébellion armée. L’attaché de défense de la France, dont Idriss Déby a exigé le maintien au Tchad, joue le rôle de véritable conseiller spécial auprès du chef de l’Etat tchadien. L’ambassadeur de France est visiblement dépassé et manipulé par des militaires français qui ont toujours dicté aux civils la politique à suivre au Tchad. Bien sûr, la France, par les voix de son Président et de son très humanitaire ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a réaffirmé les antiennes convenues de la démocratie universelle : soutien au président élu et ferme condamnation de toute rébellion armée. Monsieur Ibni Oumar, universitaire et ancien recteur, homme d’Etat qui fut ministre pendant sept ans, secrétaire général du Parti des libertés et du développement, ancien candidat à l’élection présidentielle en 2001, porte-parole de la Coordination pour la défense de la Constitution (CPDC), rejetant toute opposition armée, a fait le choix d’une action politique démocratique. Paris sait parfaitement cela.

Malgré la nomination en avril d’un Premier ministre, Youssouf Saleh Abbas, le scénario de sortie de crise au Tchad n’existe pas encore tant que le mystère planant sur le cas d’Ibni Oumar n’est pas levé. L’Elysée, le Quai d’Orsay s’agitent, recevant à plusieurs reprises les fils de l’opposant tchadien dont ils disent ne rien savoir. Comment croire vraiment à la sincérité de ces démarches ? Comment imaginer que le chef d’Etat français, chef des armées, ne sait rien du sort du disparu quand certains militaires français sont au cœur du dispositif politico-militaire du président tchadien ?

Entre-temps, le prix du sauvetage par la France d’Idriss Déby a été la grâce des aventuriers de l’Arche de Zoé. Au drame du Darfour ont succédé le Tibet, la Birmanie dans les manchettes de l’actualité internationale. Le Tchad ne fait plus la une et la situation d’Ibni Oumar, intellectuel engagé au service des citoyens de son pays, se fond dans l’oubli. Seuls des mathématiciens, des proches, de tous horizons, lui restent fidèles.

Président Sarkozy, vous ne pouvez être plus longtemps complice du silence d’un président tchadien qui, évoquant, le 5 février, le sort des opposants disparus, a dit ne pas «s’occuper de ces détails». Après votre escale à N’Djaména, commençant à tirer sans doute les leçons de l’enlisement chiraquien en Côte-d’Ivoire et des soutiens coupables au Tchad, en Centrafrique et ailleurs, vous avez annoncé, en Afrique du Sud, vouloir repenser le dispositif militaire français en Afrique. Alors, en ne taisant plus la vérité sur ce qui se passe au Tchad entre la République française et le régime d’Idriss Déby, saisissez l’occasion «d’entrer dans l’Histoire» ! Les démocrates d’Afrique et de tous les continents vous y invitent.

Guy Labertit, conseiller Afrique du président de la Fondation Jean-Jaurès

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