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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 22:03


(Le Courrier.ch 27/05/2008)

A quoi sert la Cour pénale internationale (CPI)? La question commençait à tarauder les esprits tant les résultats étaient minces au regard des espoirs suscités par l'inauguration du tribunal en 2003. Avec l'arrestation samedi de Jean-Pierre Bemba, les juges de La Haye tiennent enfin un accusé de poids.

En 2006, ce chef de guerre converti à la démocratie avait failli parvenir à la tête de la dévastée mais scandaleusement riche République démocratique du Congo (RDC).
Il s'était ensuite exilé, non sans avoir tenté un sanglant baroud d'honneur en pleine capitale. Reste une évidence: s'il l'avait emporté dans les urnes, Jean-Pierre Bemba ne dormirait pas cette nuit derrière les barreaux.

Jusqu'à nouvel ordre, la justice internationale demeure celle des vainqueurs. Apparue sur les décombres du IIIe Reich, la qualification de crimes de guerre et contre l'humanité aurait pu s'appliquer aussi bien au bombardement sur Dresde qu'à ceux sur Hiroshima ou Nagasaki.

Préfigurant la CPI, la notion de «compétence universelle» – qui permet à n'importe quel juge d'engager des poursuites contre un tortionnaire de passage – est elle aussi à géométrie variable. On n'a jamais vu un magistrat africain tenter quoi que ce soit contre un visiteur occidental.

Depuis son entrée en fonction, le procureur général de la CPI a ouvert quatre enquêtes – sur la RDC, le Darfour, l'Ouganda et la Centrafrique – et arrêté une poignée de suspects, tous africains.

A croire qu'il n'y a de forfaits internationaux que sur le continent noir. Le pragmatique Luis Moreno-Ocampo a toujours rétorqué qu'il fallait bien commencer quelque part. A condition de ne pas s'arrêter en chemin.

Pour le reste, il faut bien admettre que les crimes de Jean-Pierre Bemba méritent incontestablement d'être poursuivis, comme tant d'autres exactions perpétrées pendant les guerres congolaises.

Pourtant, étrangement, les actes qui lui sont reprochés par la CPI n'ont pas été perpétrés en RDC mais sur le territoire de la république centrafricaine voisine. Les miliciens de Bemba y avaient prêté main forte à leur allié d'alors, violant et rançonnant sur leur passage.

La volonté de ne pas ouvrir le dossier congolais dans son entier, et le fait que l'accusé Bemba s'apprêtait à revenir au pays pour diriger l'opposition, jettent une ombre sur l'indépendance de la CPI.

Alors qu'à Kinshasa on s'interroge sur la justice de La Haye, hier, en Ethiopie, des magistrats aux ordres ont condamné à mort l'ex-dictateur Mengistu. Accusé de génocide, le «Négus rouge», aujourd'hui réfugié au Zimbabwe, avait déjà écopé de la perpétuité.

Quant au sort de Hissène Habré, il est toujours suspendu aux délibérations du Sénégal, qui a promis de juger le Tchadien sur sol africain afin d'éviter une extradition en Belgique, jugée humiliante pour l'Afrique. La CPI n'a pas grand-chose à envier à ces deux procédures judiciaires.


SIMON PETITE


© Copyright Le Courrier.ch

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