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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 21:31

 

 

La Centrafrique mine de rien, regorge de cadres de haut niveau qui s’ignorent. Certains cadres, patriotes se dévouent corps et âme pour le bien-être du peuple centrafricain tandis que beaucoup d’autres, de parcours universitaires souvent très relatifs ne cessent de penser et de croire qu’ils ne sont nés que pour n’occuper que des hauts postes  de responsabilités, mais pas n’importe lesquels, loin de là ! Ceux que tous décrivent comme « juteux ». Cette chasse effrénée et nauséabonde aux postes de responsabilités dits juteux, amène certains à brader leur honneur et leur personnalité et compose régulièrement avec le diable. Ces cadres techniques comme politiques se mettent systématiquement du côté du plus fort pour mieux becqueter en pleine mangeoire. Ils sont malheureusement légion !

 

            Mais le cas d’espèce qui mérite qu’on en parle, et qui défraie en ce moment la chronique à Bangui, est assurément celui de Charles Massi qui vient une fois de plus, de nous offrir  la preuve irréfutable de sa volonté constante d’être présent partout et à tout prix là où il y a des grains à picorer. En goupillant dans le plus grand secret sa « désignation » comme « coordonnateur » de l’UFDR, Charles Massi a apporté de l’eau au moulin des ceux qui, toujours plus nombreux en Centrafrique, jugent sévèrement les hommes politiques centrafricains en les qualifiant sans appel de « prostitués. Et il faut croire qu’il incarne cette forme odieuse de prostitution. Suivons un peu son parcours atypique.

 

En 1993, Ange Félix Patassé, soutenu par la redoutable machine électorale qu’est le MLPC, fut élu au second tour face à Abel Nguéndé Goumba de la Coordination des Forces Démocratiques (CFD). Aussitôt l’investiture passée, débarqua précipitamment M. Massi qui, par une assiduité stoïque, assiégeait la fameuse « Résidence Adrienne » dont Patassé venait de faire son bureau provisoire en attendant que Kolingba quittât le Palais de la Renaissance. Personne ne le connaissait sauf les chasseurs de postes descendus massivement de France et d’un peu partout. On apprenait par ces derniers qu’il aurait été à la tête d’une association à Bordeaux qui aurait « soutenu » Patassé. Tout le monde savait que le scrutin de France avait été purement et simplement annulé et que le vote des centrafricains de France n’avait aucune incidence sue la victoire de Patassé. Cela n’avait en rien entamé sa détermination qui finit par payer. Il décrocha le ministère très juteux des mines, poste qu’il occupa sans discontinuer jusqu’à la 2ème mutinerie qui avait abouti à la désignation de Jean Paul Ngoupandé et la formation du gouvernement dit d’union nationale.

 

Les partis de l’opposition, tapis derrière les mutins, ravirent la plupart des postes ministériels les plus convoités dont celui des Mines qui revint au RDC. Le nouveau Premier Ministre ne voulut pas de Massi dans son équipe, mais Patassé s’imposa. Le Président de la République, très affaibli par cette dure épreuve ne disposait que de quelques Ministères considérés comme moins juteux, sauf ceux dits de « Souveraineté ». Dans le lot, il y avait un « fretin » : le ministère de la jeunesse et des sports. Patassé qui tenait à maintenir Massi au gouvernement histoire de faire comprendre à Ngoupandé qu’il était encore le Chef de l’Etat, crut devoir lui proposer le maroquin de la jeunesse et sports. Tel le héron de La Fontaine, M. Massi opposa une fin de non recevoir, estimant que s’il devait rester au gouvernement en raison de sa « compétence », il ne voyait pas pourquoi il devait quitter les mines pour un « strapontin » comme le ministère de la jeunesse et sports ! Il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans ce département aussi aride. Et il refusa tout net. Patassé ne pouvait que ruminer son dépit.

 

            Tout allait de pire en pire entre Patassé et  M. Ngoupandé qui se comportait de plus en plus comme un Chef d’Etat (dans son adresse à la nation le lendemain du déclanchement de la 3è mutinerie, un samedi 16 Novembre 1996, n’avait-il pas dit en direction du peuple centrafricain : « vous m’avez fait confiance », comme s’il avait été lui-même élu ?) alors que son fauteuil ne tenait qu’à la plume de Patassé. Ce qui devait arriver arriva et Patassé le débarqua sans ménagement. Une fois de plus, Patassé  demanda à M. Massi d’entrer dans le nouveau Gouvernement de défense de la Démocratie (GADD) de Michel Gbézéra Bria et lui proposa le ministère de développement rural, entendre de Agriculture et Elevage. Il  s’empressa de l’accepter. C’est tout de même un département qui a du jus ! Mais les rapports entre le Président et Massi allaient de plus en plus mal. Ce dernier rédigeait dans le plus grand secret les statuts et règlement intérieur de son association, qui ressemblaient à s’y méprendre,  à ceux d’un parti politique. Des explications lui avaient été demandées devant le Bureau Exécutif du MLPC au grand complet lors d’une séance de conciliation entre lui et M. Faustin Montsoki, député de Bouar 1. Massi se cabra et Patassé le chassa du Gouvernement.

 

En réponse au geste présidentiel, il transforma au pas de charge et dans la foulée, son association en parti politique, le forum « Démocratique »pour la « Modernité » (FODEM). Ici commença sa longue carrière de farouche opposant à Patassé, multipliant des invectives des plus sordides contre Patassé et cherchant vainement à s’imposer comme figure incontournable de l’opposition. Il oublie qu’il y avait Ngoupandé et le patriarche Nguéndé Goumba qui avaient les mêmes ambitions qui couvaient. Il soutenait en désordre les complots et autres tentatives de coups d’Etat ourdis contre le régime de Patassé qui fut, soit dit en passant, également le sien.

 

En 1999, alors qu’il était parfaitement conscient que sont poids politique sur l’échiquier politique national, quasi nul, ne lui permettait pas de briguer la magistrature suprême, il se présenta à l’élection présidentielle, non sans avoir fait du tapage. La volonté d’attirer sur lui toute l’attention était plus forte que lui. Il prit une petite gamelle qui le rendit d’avantage plus furieux. Décidé comme d’habitude à avoir la peau du « Barbu », il soutint le coup d’Etat manqué de Kolingba en 2001 et s’exila en France.

 

Le général François Bozizé entra en rébellion contre Patassé sous le prétexte de son  imminente arrestation prévue par la justice. Sa tentative échoua et installa sa base au Tchad et s’exila à son tour en France.  M. Massi sera vu aux côtés de Bozizé et serait l’un des plus actifs des putschistes qui oeuvraient dans l’ombre au renversement de Patassé. Après l’échec de la 2ème tentative de Bozizé du 25 Octobre, Patassé, trahi par ses plus proches collaborateurs politiques et militaires, fut renversé et Bozizé entra triomphalement dans Bangui avec dans son sillage, tous les activistes putschistes de France. M. Massi se trouva une fois de plus au cœur de la mêlée, occupant par-ci par-là  des postes tant dans les instances de la transition qu’au Gouvernement. Il fut par exemple vice-président du Conseil national de transition puis ensuite ministre d’Etat. Ensuite il intégra « l’Union des forces vives de la nation » et se présenta à l’élection présidentielle de 2005 contre Bozizé ? Une nouvelle gamelle électorale  et hop, il soutint Bozizé au 2ème tour, sûr qu’il était, de la « victoire » de Bozizé en plaquant les naïfs de l’UFVN ! On connaît la suite…

 

Econduit du Gouvernement par Bozizé, Massi tenta vainement de revenir à l’assemblée nationale pour y reprendre son siège alors qu’une décision imbécile empêchait, contre les dispositions constitutionnelles, les députés  devenus ministres de retrouver leur siège après avoir quitté le Gouvernement. Ce bras de fer entre lui et le fumeux président de l’Assemblée Nationale (PAN) l’Honorable Célestin Leroy Gaombalet est des plus cocasses. Massi téléphona au PAN pour lui dire qu’il viendrait quand même siéger en dépit de son refus et le PAN de lui conseiller de ne pas le contraindre à requérir à la force publique pour l’expulser de l’hémicycle. Le soutien actif qu’il avait apporté à Bozizé n’aura servi à rien, mieux, il est source d’ennui au point de lui barrer la route à son entrée au comité préparatoire du Dialogue Politique Inclusif (CPDPI). Tel Saint Dominique, il reprit son bâton de pèlerin et regagna la France.

 

Il est fort à parier que le DPI risque de se dérouler sans Massi, ce qui constituerait une « première » pour cet homme qui affectionne les projecteurs et  surtout, adore les assises de ce type. Son absence à ces assises signifierait pour lui une mort politique certaine. Donc, il faut réagir, mais comment ? C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre et replacer l’acte opportuniste qu’il vient de poser en négociant, à coup de milliers d’euros ( ?) sa « désignation » comme « coordonnateur » de l’UFDR qu’il n’avait connue qu’à travers la propagande du gouvernement auquel il appartenait. Cette manigance « massilienne », même si elle nous fait sourire, pose néanmoins le redoutable problème de cette espèce d’hommes politiques qui ne vivent que pour des postes et des rôles de premier plan. Ils peuvent ainsi vendre leur âme au diable pour être toujours aux premières loges. Pour eux, la politique, au lieu de servir la cause du peuple, n’est rien d’autre qu’un fond de commerce.

 

La prétendue « désignation » de Massi est moralement inacceptable et fort condamnable à plus d’un titre. D’abord, l’ex-Président du FODEM a été l’un des principaux artisans des crimes économiques et de sang commis par Bozizé dans les cinq (5) Préfectures du Nord-Ouest, notamment dans l’Ouham-Péndé. Il fut l’un des piliers de la rébellion la plus dévastatrice que la Centrafrique ait connue et qui eut raison du régime de Patassé. Il a servi ce régime putschiste sans désemparer jusqu’à son limogeage lors de la dernière composition du gouvernement. Après sa gamelle à l’élection présidentielle de 2005, il conclut un pacte avec Bozizé au 2ème tour pour s’assurer sa pérennisation autour de la mangeoire et son ex-Parti fait toujours partie du conglomérat des partis satellitaires qui soutiennent Bozizé.

 

Ensuite, il y a lieu de souligner que lorsque Bozizé faisait la sourde oreille aux tambourinages et autres tintamarres de M. Massi pour entrer au sein du CPDPI, celui-ci a accordé une interview au quotidien « Le Confident » du 26 Mars 2008 où il a déblatéré contre Bozizé qu’il accusait de préférer traiter qu’avec ceux qui ne connaissent que les armes comme  moyens de débat politique au détriment de ceux (comme lui) qui empruntent les voies légales et démocratiques pour leur combat politique. Si ça ne tenait qu’à lui, il serait hors de question de traiter avec la rébellion et que le DPI ne se passerait  qu’entre les partis et associations « démocratiques » !! Moins de deux mois après cette vitupération contre Bozizé et ses déclarations très « démocratiques » Massi le démocrate, singulièrement opposé à tout langage des armes, opéra brutalement une mue. Le voilà rebelle, propulsé au sommet d’une organisation qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Pourquoi ? Eh bien pour les mêmes objectifs : être toujours là, présent ! Mais mal lui en a pris. L’UFDR est dans le maquis du nord est du pays et non à Cotonou.

 

Cette OPA de Massi a de quoi choquer par son côté rocambolesque et truculent, manquant un peu d’intelligence, et surtout de quoi perpétuer l’idée, largement partagée, selon laquelle les politicien seraient des « prostitué ». M. Massi est tout de même un homme intelligent et cultivé. Il n’a pas besoin de l’UFDR pour attirer l’attention sur lui, ni pour être sûr de participer au Dialogue Politique Inclusif ; son Parti occupe une bonne place au sein du Pouvoir. A vouloir tout gagner, il a certainement tout perdu. Ce n’est la faute à personne !!

 

 

Paris le 28 mai 2008

 

 

Djim-Arem MAÏTART « La voix qui crie dans le désert »

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