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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 03:40



 

LE MONDE | 22.05.08 | 15h34  •  Mis à jour le 22.05.08 | 15h46

 

LIBONGO (Cameroun) ENVOYÉE SPÉCIALE

 

Pour atteindre Libongo, l'avion a survolé longtemps la forêt avant de se poser sur la piste de terre rouge, dessinant une longue traînée dans cet océan végétal. Ici, aux confins orientaux du Cameroun, à la frontière de la République centrafricaine, commence le fief de la Société d'exploitations forestières et agricoles du Cameroun (Sefac). Douala est à deux journées de pistes cabossées. La concession de 400 000 hectares appartient aux Dajelli, une famille italienne dont le fils, Roberto, raconte que son père a découvert l'endroit lors d'un voyage en pirogue. C'était à la fin des années 1960. Depuis, l'histoire des Dajelli et de Libongo sont indissociables et le village vit au gré de la demande mondiale pour les essences tropicales.

 

La Sefac fait partie des rares concessions à avoir choisi de faire certifier son bois par le label FSC (Forest Stewardship Council). Caution pour les acheteurs européens que la forêt est exploitée de façon durable et que l'entreprise traite ses salariés avec un minimum d'égards. Au total, moins de 1 % des surfaces sont certifiées au Cameroun. Un confetti parmi les 6,5 millions d'hectares confiés à des entreprises, pour la plupart européennes et depuis peu chinoises. "Dans des pays où le trafic de bois est monnaie courante, la certification garantit que la forêt n'est pas pillée", explique Jean Bakouma de l'organisation de protection de la nature WWF (World Wild Foundation) qui encourage cette démarche dans le bassin du Congo. Sur le terrain, l'ONG a dépêché une équipe pour aider l'entreprise à atteindre les standards du FSC. Le travail a duré quatre ans.

 

Les forêts d'Afrique centrale forment le deuxième massif tropical au monde. Leur préservation est un enjeu majeur pour l'avenir de la biodiversité. Jusqu'à présent, la déforestation y a été mieux contenue qu'en Amérique du Sud mais les besoins de la Chine exercent une pression croissante.

 

La Sefac n'a pas toujours été la concession modèle qu'elle veut incarner aujourd'hui. Au début de la décennie, Greenpeace a dénoncé à plusieurs reprises des opérations de coupes illégales. Pourquoi cette conversion ? "A l'avenir, seuls ceux qui fourniront du bois propre pourront continuer d'exploiter", pronostique Roberto Dajelli. A ce jour, le marché n'est pas au rendez-vous. Seuls les Pays-Bas exigent du bois certifié pour la réalisation de leurs chantiers publics. Mais ce n'est pas la seule raison. La luxuriance des jungles tropicales gravées dans les mémoires semble ici déjà un lointain souvenir. "On repasse depuis trente ans sur les mêmes parcelles", raconte un vieil ouvrier. Les troncs de très grand diamètre se font rares et le ciel ne disparaît jamais très longtemps lorsqu'on s'aventure sous les cimes

 

Au début de l'exploitation, seul était coupé le sapeli, un bois rouge et cher, capable d'amortir les 1 200 kilomètres à parcourir pour atteindre les bateaux qui emportent la marchandise vers l'Europe. Puis s'est ajouté l'ayous, un bois blanc de moindre valeur mais abondant. Il est désormais question de piocher dans d'autres essences comme le fraké ou le tali. Mesure de précaution.

 

"Nous devons préserver les ressources", insiste Oumar Abakar, l'ingénieur chargé de l'aménagement. Il montre une pile de rapports : protocole de Kyoto sur le climat, convention sur la biodiversité, conférence de Rio sur le développement durable... "Je lis tout", raconte-t-il fièrement. Avec le processus de certification, il a été formé pendant six mois à la gestion durable. Inventaire des parcelles, suivi des essences, mise en défense des zones sensibles comme l'abord des rivières guident la nouvelle politique d'exploitation. Le nombre d'arbres coupés est passé de 8 000 par an à environ 6 000. Le label contraint à un suivi écologique plus exigeant que la loi camerounaise. Même si, déplore Jean Bakouma, "c'est la forêt entière qu'il faut protéger et pas seulement le bois commercialisable".

 

La certification a ses limites. Séraphin Ngoumbé en sait quelque chose. Le sociologue est chargé d'améliorer la politique sociale de l'entreprise. Le résultat reste relatif. Les 6 000 habitants de Libongo et de ses alentours ont gagné d'avoir enfin un médecin à demeure. Ce ne sera pas trop pour traiter la quarantaine de malades que reçoit chaque jour l'infirmerie du village. Paludisme, fièvre typhoïde, sida... Libongo connaît tous les maux de l'Afrique. Auxquels s'ajoute ici la pneumoconiose, la maladie des coupeurs de bois, dont les poumons sont emplis de sciure.

 

"L'entreprise nous a demandé des efforts pour obtenir son label, nous n'avons rien reçu en retour et nous avons peur que l'arrivée de nouvelles machines fasse partir des hommes", se plaint Roger, un mécanicien. Du lundi au samedi, les ouvriers chargés de la coupe continuent de dormir en forêt sous des tentes de fortune, au milieu des moustiques et de l'humidité. Pour des salaires misérables, même si, dit-on, ici on paie un peu mieux qu'ailleurs.

 

Mais le véritable crève-coeur de Séraphin Ngoumbé, ce sont les Pygmées de la tribu baka, échoués à la périphérie de Libongo. Expulsés de la forêt qui est toute leur histoire. Dans tout le bassin du Congo, le sort des peuples autochtones est la face la plus douloureuse de l'exploitation forestière. Sur le papier, la loi camerounaise leur accorde un droit d'usage de la forêt. Sur le terrain, celui-ci est rarement respecté. "Nous avons établi avec les Bakas les cartes des espaces auxquels ils doivent garder accès pour se nourrir", se défend le sociologue sans contester qu'il faudrait beaucoup plus pour sauver ces populations en péril.

 

Laurence Caramel

 

Chiffres

 

CRÉÉ EN 1993, le Forest Stewardship Council (FSC) ou Conseil de bonne gestion forestière est un organisme indépendant composé d'ONG et de forestiers. Son objectif est de promouvoir une exploitation "environnementalement responsable, socialement bénéfique et économiquement viable".

 

10 PRINCIPES environnementaux et sociaux doivent être respectés pour obtenir le label FSC, qui est considéré comme le label le plus exigeant.

 

7 % DES SUPERFICIES forestières dédiées à la production sont certifiés FSC dans le monde. Cela représente 103 millions d'hectares. La moitié sont des forêts boréales et 12 % sont tropicales. Les surfaces certifiées, encore très minoritaires, sont néanmoins en forte progression.

 

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Economie